Machete Kills (Robert Rodriguez, 2013)

de le 23/09/2013
 
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Alors que tout portait à croire qu’il s’agissait d’un one shot, Machete se transforme en franchise avec Machete Kills. On prend à peu près les mêmes et on recommence, l’effet de surprise en moins, pour aboutir sur un grand n’importe quoi fait à la va comme je te pousse sans queue ni tête, moche comme cela n’est pas permis, bête, vulgaire et misogyne. L’imposture Rodriguez se révèle ainsi sous son plus mauvais jour, à tel point qu’il n’est même plus possible de passer outre l’incapacité chronique du réalisateur à soigner son cinéma pour profiter d’un divertissement con et régressif. En plus d’être terriblement mal fichu, Machete Kills est chiant comme la mort.

Une fois n’est pas coutume, le passage le plus réussi de Machete Kills est son prologue, fausse bande annonce d’un éventuel prochain « Machete Kills again… in space ». Robert Rodriguez en est tellement conscient qu’il la réutilisera comme conclusion impossible à son récit auquel il est incapable de donner un point final. Un goût pour la répétition qui se retrouvera au sein même de son script avec une séquence de trauma pour le moustachu qu’il réutilisera quatre ou cinq fois comme ponctuation dramatique sans grand intérêt. Une volonté de créer une émotion impossible dans un film qui en est totalement dépourvu, lui préférant le bon vieux concept de la succession de caméos en version longue comme argument massue. Et il faut bien l’avouer, il y a une certain satisfaction à voir se succéder à l’écran Walton Goggins, Cuba Gooding Jr., Antonio Banderas ou même Lady Gaga dans des partitions surréalistes. Le véritable talent de Robert Rodriguez, outre la cuisine mexicaine et la guitare, est celui d’être capable de réunir des castings incroyables, comme des cache-misère de luxe. Machete Kills ne déroge pas à la règle, d’autant plus qu’il est un des rares à oser offrir un rôle au grand Mel Gibson.

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Oui mais voilà, un casting c’est bien mais un film c’est mieux. Et Machete Kills manque tellement de cinéma qu’il s’avère délicat de le qualifier comme tel. Sans Quentin Tarantino dans les parages, celui qui se rêve 100% mexicain peine à masquer sa médiocrité derrière le cool d’apparat. Sa médiocrité mais surtout sa vulgarité et son caractère excessivement beauf qui transpire d’un humour de très mauvais goût. Il a beau titiller l’inconscient geek collectif en citant à tours de bras l’univers de Star Wars et particulièrement L’empire contre-attaque, il n’empêche que son cynisme évident finit par l’emporter. A l’image de cette séquence surréaliste où Machete et Luther Voz se baladent dans l’usine de ce dernier dans une reproduction de landspeeder à roulettes. Difficile de savoir si Robert Rodriguez cherche à rendre hommage ou à se moquer, mais dans tous les cas, à l’écran, c’est toujours grossier. Cette balourdise se traduit également dans des pauvres vannes cherchant à caresser les fans les plus beaufs dans le sens du poil à coups de « Machete don’t tweet » ou de Justin Bieber androïde, les faisant rire aux éclats devant tant de bêtise pour les faire ensuite applaudir à tout rompre quand Lady Gaga apparait à l’écran, suintant la vulgarité par tous les pores. On appelle ça un paradoxe, se moquer du populaire mais l’utiliser quand même car il faut bien vivre avec son temps. C’est qu’il faut bien remplir un récit pantouflard bourré de trous béants et de facilités narratives là aussi grossières, bâti autour d’une structure bâtarde qui hésite entre la succession de séquences faussement parodiques et la volonté de construire quelque chose de plus solide, mais aux fondations branlantes.

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Robert Rodriguez cherche l’iconisation de son mexicain préféré mais passe complètement à côté du sujet en déployant une grammaire cinématographique analphabète faite de plans serrés empêchant toute dynamique, de faux raccords dans tous les sens jusqu’au grotesque, d’un montage mettant en lumière l’incompétence chronique du bonhomme (voir les scènes d’action, tellement incompréhensibles qu’elles en deviennent hilarantes) qui se rêve couteau-suisse (réalisateur, scénariste, monteur, directeur de la photographie et compositeur) mais ne possède aucune des compétences nécessaire pour chaque corps de métier, le tout agrémentés d’effets numériques la plupart du temps dégueulasses. Machete Kills est une démonstration brutale du manque de talent de Robert Rodriguez, bien plus à l’aise pour faire le show que pour faire du cinéma. En résulte un film qui démarre comme une parodie de James Bond, excuse toute trouvée pour multiplier les séquences misogynes, puis prend la voie d’une sorte de Rio Bravo, avant de basculer dans l’absurde et d’oublier toute considération narrative. Crétin, Machete Kills l’est assurément, comme son prédécesseur, sauf que cette fois ses tares ne sont même plus équilibrées par une certaine générosité dans le gore et la folie ou un humour débridé. Le film est simplement l’incarnation d’un ennui profond ponctué de quelques séquences voulues cool mais finalement très banales, avec un manque d’idées flagrant. Dans cette débâcle, Danny Trejo avance à l’aveugle avec son jeu plus que limité au milieu de ce casting quatre étoiles sous-exploité, avec des personnages apparaissant et sortant du récit selon la bonne volonté de Robert Rodriguez mais sans aucune logique au niveau de la narration, fruit d’un découpage délirant tant il part dans tous les sens. A l’arrivée, il y a de quoi être un peu triste devant un tel niveau de médiocrité, et en particulier pour Mel Gibson, cet immense acteur dont plus personne ne veut à Hollywood et qui se retrouve à faire le guignol dans ce nanar pas drôle, d’une laideur absolue et gentiment ennuyeux.

FICHE FILM
 
Synopsis

Le président des Etats-Unis confie une mission suicide à Machete : sauver le pays d'un redoutable chef de cartel mexicain, qui menace d'envoyer un missile nucléaire sur le sol américain.