Lovelace (Rob Epstein & Jeffrey Friedman, 2013)

de le 08/01/2014
 
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Le projet de réaliser un biopic sur la vie de l’icône maudite du porno Linda Lovelace n’est ni l’idée du siècle ni une aberration totale, tout comme est plutôt bonne l’idée d’y trouver à la barre deux spécialistes du documentaire. Pourtant le film Lovelace est une immense déception, autant par son manque de matière que par son traitement narratif très approximatif, passant complètement à côté de la complexité de son sujet.

La vie de Linda Lovelace, propulsée star du porno grâce à sa prestation dans le classique 70’s Gorge profonde, connu pour être le « Autant en emporte le vent du porno », et contée dans son livre autobiographique Ordeal, est passionnante. Tout simplement car il s’agit d’une femme au caractère complexe dont la brève et triste aventure dans l’industrie du porno est à mettre en relation avec un contexte bien précis, celui de l’Amérique à la veille des années 70. Elle est le fruit d’une époque qui s’éteint, et l’image d’une autre qui arrive. Symbole de libération sexuelle, femme battue et bafouée, depuis devenue fervente combattante de l’industrie pornographique, elle méritait un biopic à la hauteur de son aura et de sa force. Tout l’inverse de ce Lovelace un peu triste tant il passe à côté de son sujet. Une constante pour les réalisateurs Rob Epstein et Jeffrey Friedman, déjà responsables d’un Howl de triste mémoire au moment d’aborder le personnage d’Allen Ginsberg. Les deux auteurs n’auraient jamais dû quitter leur univers de prédilection, celui du documentaire, tant ils sont à la peine pour passer le cap.

lovelace

Le problème de Howl se reproduit dans Lovelace. Avec un sujet en or entre les mains et devant leur caméra, ils n’en tirent rien de solide et se vautrent dans un biopic arty de très mauvais goût. Les deux bonhommes semblent bien occupés à se donner du mal pour apporter un cachet à leur « film d’auteur indépendant » qui contient tous les clichés du genre, à grands coups d’effets de style ringards et moches (massacrer la qualité de l’image pour faire « vintage », sans doute un cauchemar pour le directeur de la photographie). Ils ne prêtent donc aucune attention à leur sujet qu’ils traitent vulgairement, sans la moindre subtilité. Cette approche grossière est un comble pour des artistes issus du documentaire, média dont la retranscription du réel par l’image représente une forme de graal. Avec Lovelace, ils cherchent à suivre la voie, bien trop vaste pour eux, du Boogie Nights de Paul Thomas Anderson et la comparaison est évidemment très douloureuse. Plutôt qu’une représentation solide des 70’s, il se dégage de Lovelace une sensation de fake permanent. Une sensation tout à fait logique étant donné le peu de considération porté à la personne qu’était Linda Lovelace, réduite à une figure transparente et presque détestable.

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Rob Epstein et Jeffrey Friedman sont incapables d’aller beaucoup plus loin que le biopic banal et moralisateur, faisant de Linda Lovelace un être informe et sans vie, simple éponge aux éclats de colère de son salaud de mari. L’occasion étant sans doute trop belle pour la laisser passer, ils se vautrent dans une dénonciation grossière de l’industrie pornographique. Une dénonciation gratuite et cynique, détestable, sans jamais prendre en compte un quelconque contexte social ou la réalité d’une époque. Celle d’une Amérique qui voit ses fondations s’effondrer. Les deux réalisateurs ruinent leur démonstration, bafouent leur sujet et salissent la mémoire de cette femme bien plus complexe que ce portrait académique et survolé ne le suggère. Une approche pas vraiment aidée par une narration faussement roublarde et sans grand intérêt, qui étale en pleine lumière le peu de matière du scénario d’Andy Bellin. A tel point qu’il a recours à de multiples flashbacks pour continuer des scènes de flashbacks précédentes, dans un procédé répétitif très agaçant. Restent les acteurs, pour la plupart excellents et impliqués malgré la faiblesse de ce projet, avec en tête une Amanda Seyfried surprenante de nuance et de sensibilité.

FICHE FILM
 
Synopsis

A la fin des années 60, Linda étouffe au sein de sa famille que sa mère, aussi rigide que ses principes religieux, dirige d’une main de fer. C’est une belle fille de 20 ans, prête à embrasser la vie avec enthousiasme malgré sa timidité et sa naïveté.
Quand elle rencontre Chuck Traynor, elle ne résiste pas à son charisme viril, quitte le domicile familial pour l’épouser et fait auprès de lui l’apprentissage d’une liberté qu’elle soupçonnait à peine.
Chuck la persuade de ses multiples talents et l’incite à se laisser filmer lors de leurs ébats. Amoureuse et soumise, elle accepte de jouer quelques scènes d’un film pornographique.
Quelques mois plus tard, en juin 1972, la sortie sur les écrans de GORGE PROFONDE fait d’elle du jour au lendemain une star unique.
Vivement encouragée par Chuck, Linda saisit à bras-le-corps sa nouvelle identité de reine de la liberté sexuelle.