Love Hunters (Ben Young, 2016)

de le 11/07/2017
 
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Malin, le jeune réalisateur australien Ben Young est parvenu a éviter la plupart des écueils des premiers films dans le genre. Son quasi huis-clos qu’est Love Hunters nous oppresse surtout par son travail sur la bande sonore et sa volonté de nous mettre dans la tête de ses amants criminels.

Pendant que les américains orientent leur vision de l’horreur et de l’épouvante vers un spectacle granguignolesque pour faire sursauter des ados léthargiques youtubés par intraveineuse, le reste du monde a encore de quoi rassurer les amateurs du genre. Le jeune Ben Young est l’un de ces espoirs, loin des standards de l’exploitation mécanisée à petit budget pour un max de rentabilité. Raison de plus (géographiquement) quand le bonhomme est australien. Bercé de Wake in Freight à Wolf Creek, lui et son pays ont toujours su tirer le meilleur parti de leur environnement coupé en deux, entre les espaces urbains anonymes et les déserts sauvages qui s’étendent à perte de vue. Un univers qui sied parfaitement au développement de ces personnages fascinants et inquiétants que sont les serial killers, chassant leurs proies au fil de rues qui se ressemblent toutes et enterrant leurs victimes au milieu de nulle part.

Et c’est dans cet esprit morbide que nous emporte Ben Young et sa caméra qui ratisse lentement la banlieue de Perth. Le réalisateur nous projette dans l’œil du tueur qui scrute chaque mouvement, chaque geste, chaque grain de la peau de ces jeunes filles qui jouent innocemment sous un soleil de plomb. Bien qu’il situe son histoire à la fin des années 1980, Love Hunters n’est pas la transposition d’une seule et même histoire, même si le film s’inspire de plusieurs faits divers qui se sont déroulés en Australie à cette époque. Certains apparenteront sa mise en scène à celle d’un Nicolas Winding Refn, or son travail visuel et sonore ne sert pas seulement qu’à l’esthétique en surface. Ben Young parvient à faire remonter ce malaise profond chez le spectateur et brouille sciemment les pistes sur lequel des trois personnages principaux l’intrigue se porte vraiment. Car Ashleigh Cummings qui incarne la pauvre kidnappée Vicki fait naturellement office d’héroïne, mais Emma Booth et Stephen Curry qui forment le couple de ses ravisseurs ont aussi droit à leurs propres moments d’intimité et d’exposition contradictoire vis-à-vis de ce qu’ils incarnent.

Selon les situations, les rapports de force changent complètement. D’un plan à l’autre, Ben Young sait jongler avec cette mécanique subtile, tout en maintenant le spectateur aussi impuissant que la victime, sans pour autant le placer de côté des assassins avec un regard complaisant. Le caractère psychologique de son thriller est particulièrement marqué par son absence délibérée de violence graphique. Love Hunters est évidemment ponctué de quelques séquences d’une brutalité insoutenable. Toutefois, le réalisateur repose son impact sur le hors-champ et le travail de son ingénieur du son Ric Curtin pour donner corps à l’irregardable, quand la tendance pour une première œuvre est souvent de vouloir trop démontrer. Cette économie de l’image est salutaire pour Ben Young, alors que le final plus convenu qu’il orchestre sera moins accompli que le reste du film. Cela n’en retire pas moins toute son efficacité à l’ensemble qu’est Love Hunters et devrait ouvrir quelques portes au jeune réalisateur australien.

FICHE FILM
 
Réalisateur
Date De Sortie
Scénariste
Directeur Photo
Compositeur
Distributeur
Nationalité
Synopsis

Australie, été 1987. Un soir, alors que la jeune Vicki Maloney se rend à une soirée, elle est abordée dans la rue par Evelyn et John White, deux trentenaires qui l’invitent chez eux. Sur place, elle comprend qu’elle est tombée dans un piège. Séquestrée, sa seule chance de survie sera d’exploiter les failles du couple…