On l’appelle Jeeg Robot (Gabriele Mainetti, 2015)

de le 03/05/2017
 
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Tranquilles, les italiens se lancent dans le film de super-héros avec On l’appelle Jeeg Robot. Pour son premier long-métrage, Gabriele Mainetti signe une jolie petite histoire d’un anti-héros aux pouvoirs extraordinaires emprunte d’un animé japonais. Un résultat dans la plus pure tradition contemporaine du genre, pas exempt de défauts, mais qui n’a pas à rougir de son petit budget face aux rouleaux-compresseurs Marvel et consorts.

Lo chiamavano Jeeg Robot 1Et si nous vous disions qu’à la dernière cérémonie du cinéma italien, celui qui avait fait une razzia sur les prix était un film de genre ? Et pas n’importe quel genre en plus, celui des super-héros. Un thème qui se prête pas nécessairement de façon naturelle en Europe, étant donné le standard onéreux imposé par Hollywood au monde entier depuis plus de vingt ans. Ce n’est donc pas sans une véritable audace que le réalisateur Gabriele Mainetti s’est lancé dans l’aventure de On l’appelle Jeeg Robot, d’autant qu’il s’agit de son premier long-métrage en tant que réalisateur, après avoir accompli plusieurs court-métrages, après une première carrière d’acteur. Sorti début 2016 en Italie en face des grosses productions américaines, le film aura su faire son trou et faire un succès honorable sur son territoire, remboursant plus de deux fois sa mise initiale d’un budget dérisoire d’1,7 millions d’euros.

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En choisissant Claudio Santamaria pour incarner son personnage principal, Mainetti alla surtout chercher un anti-héros. Si l’acteur prête déjà le timbre de sa voix pour doubler en italien celle de Christian Bale dans les Batman de Christopher Nolan, c’est d’abord pour son allure aux antipodes des mensurations classiques et fantasmées d’Hollywood. Nous ne sommes pas ici dans l’impertinence glamour et conformiste à la Deadpool, mais bien avec un futur super-héros à la marge. Enzo est poursuivi par la police dès l’ouverture. Il n’est pas très beau ni très intelligent et le reste de ses journées se résume à avaler des crèmes dessert à la vanille, tout en enchaînant les films porno dans son vieil appartement miteux. On l’appelle Jeeg Robot sait aussi être un bon élève en suivant rigoureusement les étapes de création d’un héros de comic-book. De l’élément transformateur au nemesis qui se dressera pour le grand combat final, le processus est respecté à la lettre par Gabriele Mainetti. Sur ce point, le réalisateur italien ne cherche pas à s’en affranchir et à tenter le hors piste. Une sage décision qui lui permet de faire vivre à côté ses protagonistes. Ces derniers, issus d’un milieu défavorisé, offrent d’autres opportunités que Mainetti saisira au vol et saura exploiter à l’écran.

Lo chiamavano Jeeg Robot 3Parfait outsider, Enzo aura sa vie aussi bien chamboulée par l’intervention de sa belle voisine du dessus. Un lourd secret le lie à Alessia, une jeune femme fragile et perturbée, fan d’un animé japonais avec un super-héros aux poings d’acier et à la force surhumaine. Pas besoin d’être un fin connaisseur pour suivre cette intrigue. On pouvait craindre de retrouver cette tendance actuelle à l’intertextualité poussive lorsque le titre du film nous apparaît en kanji avec des caractères dorés à souhait. Non. Gabriele Mainetti parvient à nous éviter la tonne de références et de clins d’œil lourdingues à l’œuvre nippone qu’il cite dans son film. Le réalisateur est aussi suffisamment malin pour tirer le meilleur de cette alliance hors du commun entre Enzo et Alessia. Les deux s’apprivoisent mutuellement, chacun intimidé par l’autre mais se complètent. Une relation amoureuse chaotique s’installera entre les deux. Une relation qui oscillera entre de tendres instants et un grand moment de malaise. Mais c’est en s’attardant un peu trop sur les sentiments du couple que le rythme du long-métrage sera marqué malgré lui d’un gros ventre mou. Cette partie touchante et plus sérieuse s’avère plus réussie que celle du chemin classique du super-héros qui s’applique à On l’appelle Jeeg Robot.

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La partie la moins réussie est celle du fameux méchant indispensable. Incarné par Luca Marinelli, cet adversaire est d’abord le chef d’une petite bande de malfrats et ancien candidat du Loft italien. Caricatural et bouffon, on a du mal à considérer sérieusement cet ennemi et, plus particulièrement, dans un dernier acte attendu pour le coup. On essaiera d’oublier ce plagiat fort indiscret de la bande (pas très) originale de Man of Steel à Hans Zimmer dans la conclusion de ce On l’appelle Jeeg Robot. Il n’empêche que le travail de metteur en scène de Mainetti est d’une salvatrice honnêteté vis-à-vis de son budget restreint. Difficile de se prononcer sur le futur des films de super-héros en Italie. Il n’a pas encore fait état d’une suite à celui-ci. Mais après Le Garçon invisible de 2014, ce premier long-métrage de Gabriele Mainetti nous offre une belle perspective, pleine d’espoir dans les possibilités qu’a le cinéma de se renouveler et de s’émanciper d’une concurrence américaine féroce. Il ne tiendra qu’aux réalisateurs et producteurs français de s’inspirer de ce bel exemple venu de l’autre côté des Alpes.

FICHE FILM
 
Synopsis

Enzo Ceccotti, un malfrat vivant dans la banlieue de Rome, est affecté par des substances radioactives dans les eaux du Tibre. Il réalise bientôt qu'il possède une force et une capacité de régénération surhumaines qu'il va décider de mettre au service de ses activités criminelles. Du moins jusqu'à ce qu'il porte secours à la fille d'un ancien ami, Alessia, qui voit en lui la personnification de Jeeg Steel, un héros d'anime japonais. Forcé d'affronter une mafia menée par un psychopathe, Enzo deviendra-t-il le sauveur qu'Alessia voit en lui ?