Live by Night (Ben Affleck, 2016)

de le 18/01/2017
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Quatre années après le sacre d’Argo, Ben Affleck revient à la réalisation avec le moins réussi Live by Night. Contrairement à son habitude, il nous livre une nouvelle adaptation d’un roman de Dennis Dehane après Gone Baby Gone à travers un long-métrage en mode automatique et assez superficiel malgré la richesse des thèmes qu’il aborde. Un film plus faible et moins réussi que ses précédents, certes, mais à considérer plutôt comme un opus mineur d’une carrière en devenir de grand auteur du cinéma américain qui ne demande qu’à s’étoffer.

LIVE BY NIGHTActuellement aux prises avec l’homme chauve-souris, Ben Affleck poursuit néanmoins sa carrière d’auteur-réalisateur en parallèle du monde des super-héros. Bien mal lui en prendrait d’abandonner cette double carrière, surtout après l’adoubement d’Hollywood de son troisième long-métrage sorti en 2012 et auréolé de la statuette dorée du Meilleur film. Mais si Argo  était une nouvelle preuve de son talent de metteur en scène, il s’éloignait de l’une des obsessions premières de son auteur. Décor de ses jeunes années puis de Gone Baby Gone et The Town, la ville de Boston revient sous une autre forme qui reste cohérente avec celle de ses précédents long-métrages. Ben Affleck remonte les époques en adaptant lui-même le roman de Dennis Lehane, après celui de Gone Baby Gone il y a dix ans déjà.

LIVE BY NIGHT

Dans Live by Night, la famille n’est toujours pas une valeur refuge alors que le Boston de l’entre-deux-guerres est en proie à une violente  guerre de gangs. Il est difficile de ne pas penser aux Fantastiques années 20 de Raoul Walsh lorsque la voix off de Ben Affleck nous berce dans les premières  minutes en introduisant le personnage principal qu’il incarne. Ce vétéran de la Première Guerre mondiale reconverti à son retour dans les braquages et autres  larcins n’est pas sans rappeler celui incarné par James Cagney dans le film de Walsh de 1939. Ce dernier suivait l’ascension d’un petit criminel notoire dans l’Amérique de la prohibition, à l’instar du Joe Coughlin de Live by Night. Mais  il est regrettable, comme pour The Town, que le genre, le contexte et toutes ces  beaux thèmes que collectionne Ben Affleck dans son projet ne lui servent qu’à illustrer son propos en surface. Il est difficile de s’impliquer ici. L’usage quelque peu désuet de la voix off parasite notre relation avec les personnages. Le traumatisme de la guerre de Coughlin ne transparaît pas vraiment à l’écran et nous est donné comme quelque chose qu’il nous faut prendre pour acquise à travers deux photos sépia en ouverture sur le ton monocorde de Ben Affleck.

LIVE BY NIGHTL’auteur-producteur-réalisateur-acteur tenait pourtant de quoi épaissir son anti-héros. En particulier son lien complexe avec celui de Brendan Gleeson trop vite évincé du récit. En effet, ce père gradé dans la police lui sauve, malgré sa situation, plusieurs fois la mise face à des gangsters sans foi ni loi et Live by Night ne fait qu’effleurer ce sujet pour se concentrer essentiellement sur l’amourette que le jeune Coughlin entretient secrètement avec Emma, la belle du big boss, interprétée par Sienna Miller. Ben Affleck aurait sans doute mieux fait de se désintéresser de ces intrigues vues et revues dans ce genre balisé par des décennies de cinéma américain, pour privilégier ces thématiques qu’il a déjà travaillées dans ses premiers long-métrages. Son parcours le menant à devenir bootlegger en Floride apporte aussi son lot de sujets survolés. L’accord tacite avec l’autorité que représente Chris Cooper pour préserver la paix sociale locale, le racisme fanatique du sud des États-Unis avec le Khu Klux Klan, la ferveur évangéliste des religieux qui viendront s’opposer aux affaires de Joe Coughlin, tout y est listé sans être réellement approfondi. Y avait-il trop de choses à raconter ? Et si un film de gangsters nécessite également un minimum de suspense, Affleck le tuera à plusieurs reprises dans l’œuf par des choix discutables d’écriture et de montage. Même le titre Live by Night ne correspond plus vraiment au film. Les actions coup de poing ou la vie de malfrat de Coughlin s’opèrent au grand jour.

LIVE BY NIGHT

Ben Affleck s’est-il desservi en étant son propre acteur ? Il est évident que Leonardo Di Caprio qui lui a laissé sa place pour ce rôle l’aurait amené différemment. Toutefois, Affleck semble éteint à l’image, distant, si ce n’est indifférent. L’acteur est loin de ce qu’il avait pu dernièrement démontrer chez Terrence Malick, David Fincher ou même en Bruce Wayne assombri chez un moins subtil Zack Snyder. Live by Night aurait gagné avec un casting de seconds rôles plus coté, bien que Cooper et Gleeson soient les rares à donner un peu de corps à leurs personnages. Seule Elle Fanning explose littéralement le reste du casting dans les quelques minutes d’apparition. La  jeunesse de l’actrice n’enlève rien de son talent à l’image, vampirisant toute  l’attention sur elle par une interprétation sur le fil au milieu d’un ensemble plutôt chaussé de gros sabots. Le déchaînement de violence du dernier acte ne  parviendra pas à raviver une flamme de notre intérêt qui n’a jamais vraiment brûlé. Avec un Robert Richardson à la photographie ou un Harry Gregson-Williams à la musique, comme lui moins inspirés, Ben Affleck, en maître de toute la chaîne, n’arrive pas à insuffler ce qu’il faut de prenant ou de palpitant à son Live by  Night.

FICHE FILM
 
Synopsis

Boston, dans les années 20. Malgré la Prohibition, l'alcool coule à flot dans les bars clandestins tenus par la mafia et il suffit d'un peu d'ambition et d'audace pour se faire une place au soleil. Fils du chef de la police de Boston, Joe Coughlin a rejeté depuis longtemps l'éducation très stricte de son père pour mener une vie de criminel. Pourtant, même chez les voyous, il existe un code d'honneur que Joe n'hésite pas à bafouer : il se met à dos un puissant caïd en lui volant son argent et sa petite amie. Sa liaison passionnelle ne tarde pas à provoquer le chaos. Entre vengeance, trahisons et ambitions contrariées, Joe quittera Boston pour s'imposer au sein de la mafia de Tampa…