L’homme du peuple (Andrzej Wajda, 2013)

de le 15/11/2014
 
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Voilà 25 ans que le mur de Berlin est tombé, entraînant dans sa chute la dislocation de l’Union Soviétique. Cette heureuse issue est fêtée en Europe par de nombreux événements, parmi lesquels des sorties de films importants sur nos écrans comme L’Homme du peuple.

L'homme du peupleLe premier atout du film est son affiche, aux lignes graphiques parfaites. Son second atout est le maître d’ouvrage : Andrzej Wajda, 88 ans, réalisateur, scénariste et metteur en scène polonais, détenteur d’un Oscar d’honneur à Hollywood, et d’une Palme d’Or en 1981 pour son film « L’Homme de fer », second volet du triptyque que termine L’Homme du peuple. Pour ce troisième épisode historique, Wajda met finalement en scène le personnage déifié, idéalisé à l’extrême et par la suite controversé de Lech Wałęsa.

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Wajda nous le demande : comment cet ouvrier se vantant librement de n’avoir jamais lu un seul livre de sa vie, a-t-il pu devenir un leader contre-révolutionnaire acclamé, et plus tard un Président ? D’où sont nés des mots si justes, à la portée si universelle, qui ont séduits successivement les ouvriers grévistes et les cadres du Parti ?
La question est directement posée à Lech Wałęsa par la journaliste italienne Oriana Fallaci en 1981 lors d’une interview qui s’est réellement déroulée, et qui constitue la trame du scénario en flash-back de L’Homme du peuple, se racontant lui-même. Ce procédé est complété par des images d’archives, et une bande son particulièrement réussie.

L'homme du peupleAvec une intensité et une cadence peu visibles au cinéma, et encore moins dans les biopics actuels, le film déploie d’une part le déroulé de la grève des chantiers navals de 1980 à Gdańsk, les négociations entre les grévistes et le gouvernement menées par Lech Wałęsa, et d’autre part la sphère privée de Wałęsa qui a du mal à se maintenir au tourbillon politique.

Le cœur de Wałęsa en étau entre sa femme intelligente, ses huit enfants (comique de situation : on ne sait jamais lequel est lequel), et sa lutte pour la démocratie. Comment se protéger de lui-même, alors qu’il est menacé par la police secrète communiste, et qu’il a dû signer contre son gré des actes de participation ? Littéralement habité par sa destinée, incompréhensible mais autoritaire, il s’y soumet toujours. Il laisse à sa femme quand il est arrêté, au seuil de son appartement, son rôle de mari et d’homme normal. Le film est aussi une ode à Danuta Wałęsa, qui prononcera le discours de remise du prix Nobel de la Paix donné à son mari à Oslo en 1983, alors interdit de sortie de territoire.

L'homme du peuple

Le scénariste du film, Janusz Glowacki, était présent à Gdańsk en 1980, et a relaté les faits historiques dans un roman-vérité à l’époque censuré en Pologne. Ainsi, Glowacki et Wajda nous montrent ici leur version commune et personnelle de l’ascension politique de Wałęsa à la tête du syndicat ouvrier Solidarność. En tant que spectateurs critiques, il ne faudra pas être condescendant, avant-gardiste ou trop progressiste envers ce récit : oui, il s’agit bien d’un film formellement classique, mais les idéaux qu’il véhicule sont tout sauf tièdes et la leçon d’Histoire est unique et essentielle pour comprendre notre monde libre.

FICHE FILM
 
Synopsis

Lech Wa łę sa est un travailleur ordinaire, un électricien qui doit composer avec une vie de famille, et sa femme Danuta.
Alors que les manifes tations ouvrières sont durement réprimées par le régime communiste, il est porté par ses camarades à la table des négociations.
Son franc - parler et son charisme le conduisent vite à endosser un rôle national.
Il ne se doute pas encore que sa vie va ba sculer, en même temps que la grande Histoire.