Les Prédateurs (Tony Scott, 1983)

de le 11/10/2016
 
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Parmi les nombreux films programmés par le Festival Lumière en hommage à Catherine Deneuve figure Les prédateurs de Tony Scott. Une œuvre atypique à la fois maladroite et fascinante, qui marqua les débuts d’un futur grand cinéaste encore mésestimé aujourd’hui.

Hunger, TheEn 1981 Whitley Strieber publie son roman Les prédateurs qui attire l’attention du producteur Richard Shepherd (Diamants sur canapé) de la MGM. Ce dernier charge le scénariste Ivan Davis de l’adaptation avant que Michael Thomas (Ladyhawke, la femme de la nuit) ne peaufine le script. Sur les conseils d’Alan Parker, initialement envisagé à la réalisation, Sheperd jette son dévolu sur Tony Scott. Pour son 1er long métrage, le cinéaste s’entoure du chef opérateur Stephen Goldblatt (Outland… loin de la terre), emprunte à son frère Ridley la monteuse Pamela Power et à Parker son chef décorateur Brian Morris. Dans un 1er temps le débutant Hans Zimmer est envisagé à la musique avant que Denny Jaeger et Michel Rubini ne décrochent le poste. La costumière Milena Canonero (Barry Lyndon) complète l’équipe. En dehors des têtes d’affiche que sont Catherine Deneuve, David Bowie et Susan Sarandon, le cinéaste fait le forcing auprès des producteurs pour imposer Willem Dafoe lors d’une courte apparition. La jeune Sophie Ward (Le secret de la pyramide, Jane Eyre) et l’ancienne star du muet Bessie Love (Intolérance, Le monde perdu) rejoignent la distribution.

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À l’origine Scott envisage de tourner intégralement son film à New York, mais les restrictions budgétaires l’obligeront à se replier sur Londres, filmant la majorité des extérieurs dans la Big Apple en une semaine. Par ailleurs le tournage sera source de conflit entre Bowie et Deneuve qui ne s’apprécient guère. Sarandon suggère au cinéaste de faire de son personnage une bisexuelle, là ou le script la voyait comme une simple manipulée. Le studio modifie la fin initialement prévue en vue d’une suite. Les reshoots sont l’occasion pour Scott d’entamer sa fructueuse collaboration avec Daniel Mindel son futur directeur de la photographie, ici assistant caméra. Dès les premières minutes, Tony Scott parvient à imposer une ambiance singulière à son long métrage, à travers un montage parallèle entre l’assassinat d’un couple et le concert des Bauhaus. Les prédateurs est une relecture moderne du vampire qui emprunte au formalisme clipesque et publicitaire des années 80, pour le meilleur et pour le pire. Découpé en deux parties bien distinctes, le long métrage reste passionnant dans ses 40 premières minutes focalisées sur le parcours de John Blaylock cherchant à empêcher l’accélération de sa déchéance physique. Le jeu tout en sobriété de David Bowie accentue son attitude glaçante comme sa dimension tragique, éclipsant sa partenaire française peu à l’aise avec l’anglais et incapable de susciter la moindre émotion.

Hunger, TheBien que sous influence de son frère Ridley par la mise en avant du moindre détail de la direction artistique, Tony Scott se démarque par une approche moins illustratrice et plus dynamique que l’auteur de Blade Runner, mettant à profit son savoir faire dans le domaine de la publicité : contre jours, fumées, filtres bleus, ralentis esthétisants, longue focale, mise en avant de la supervision musicale… . Cependant le réalisateur tente de donner à ces effets une consistance plus cinématographique en accord avec son sujet. L’approche sensitive optée par le cinéaste s’avère payante lorsque Blaylock vieillit prématurément lors d’une visite à l’hôpital. Chaque détail esthétique : reflets, sound design… colle parfaitement au ressenti du protagoniste doublé des spectaculaires maquillages de Dick Smith (L’exorciste). Par ailleurs le cinéaste appuie le contraste entre la vieillesse de Bowie et la jeunesse de Deneuve grâce à d’astucieux jeux lumières. Une ingéniosité également présente lors du meurtre de la violoniste où Scott utilise à des fins dramatiques la distorsion sonore.

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Autant d’éléments qui prouvent que le futur cinéaste de Man on Fire tentait déjà d’harmoniser des styles à priori incompatibles. Lorsque le récit se focalise sur la relation entre Miriam et le Dr. Sarah Roberts (Susan Sarandon) le film perd progressivement de son intérêt, en débit d’une volonté salutaire de s’inscrire dans les mouvements alternatifs alors en plein essor : LGBT, Post Punk… . Le cinéaste ayant du mal à canaliser ses effets de plus en plus pompeux et de mauvais gout, y compris avec le montage parallèle qui surligne plus que de raison le sens du récit, notamment lors des flashbacks en Egypte. Les prédateurs finit par tomber dans les travers du cinéma esthétisant et boursouflé de son époque, en dépit d’un final impressionnant digne des E.C. Comics, mais incohérent narrativement. Le film marque un tournant dans la représentation du vampire, passant de figure du mal subversive à celui de victime de sa condition. Un traitement qui aseptise le mythe que le long métrage est censé servir. Cependant malgré tous ses défauts qui condamne l’œuvre à n’être qu’une antiquité « kitsch » malgré ses nombreuses fulgurances, le film n’en demeure pas moins attachant par sa volonté de rester humain dans son approche esthétique de l’émotion.

les-predateurs-5La démarche de Tony Scott sur Les prédateurs est à rapprocher de deux autres génies du cinéma d’action que sont Kathryn Bigelow et John McTiernan sur The Loveless et Nomads. Tout comme Scott, les premiers essais des deux cinéastes sont étroitement liés aux mêmes courants alternatifs et esthétiques à ceux dans lequel œuvre le futur cinéaste du Dernier samaritain, lorsqu’il entame son film de vampire « arty ». Sorti le 29 avril 1983 aux États Unis et présenté hors compétition au Festival de Cannes le 10 mai de la même année, Les prédateurs ne rapporta que 4, millions de dollars pour un budget de 10 millions. Son échec public et critique fit perdre à Tony Scott la réalisation de Starman au profit de John Carpenter, ce qui le contraint à retourner dans la publicité pendant deux ans, jusqu’à ce que les producteurs Don Simpson et Jerry Bruckheimer le contacte pour Top Gun. Avec le temps Les prédateurs acquit une réputation de film culte. De nombreux longs métrages comme Nous sommes la nuit, Kiss of the Damned ou même The Neon Demon s’en inspirent.

Si Aux frontières de l’aube de Kathryn Bigelow s’avère plus réussi dans sa transposition moderne du vampire, et le méconnu Revenge plus passionnant comme véritable « oeuvre de naissance » pour Tony Scott, Les prédateurs reste une curiosité intéressante. Le film démontre que le talent du cinéaste attendait juste le bon contexte pour s’épanouir ce que confirmera sa carrière post « Jours de tonnerre ».

FICHE FILM
 
Synopsis

Miriam est une femme-vampire née en Egypte il y a 4000 ans. Elle possède le don de l'immortalité et de la jeunesse. Elle vit,désormais, à New York, avec son compagnon John depuis 300 ans. John est alors frappé d'un processus accéléré de vieillissement. Afin de tenter de le sauver, Miriam rencontre la séduisante Sarah, docteur spécialiste des mécanismes du vieillissement, sur laquelle elle jette son dévolue...