Les Guerriers de la nuit (Walter Hill, 1979)

de le 12/10/2016
 
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Dans le cadre de la rétrospective consacrée au cinéaste Walter Hill au Festival Lumière, retour sur le film le plus célèbre de son auteur. Sorti en 1979, Les guerriers de la nuit reste une oeuvre culte qui aura marqué l’imaginaire « Pop » par le biais d’une mythologie personnelle.

les-guerriers-de-la-nuit-1En 1965 le romancier New Yorkais Sol Yurick, militant communiste et anti guerre, publie Les guerriers de la nuit en réaction à la vision romantique des gangs de West Side Story. En 1976 le producteur Lawrence Gordon tombe sur un exemplaire du roman dans une librairie et décide aussitôt d’en acquérir les droits en vue d’une adaptation cinématographique qu’il souhaite confier à son ami Walter Hill. Cependant le cinéaste du Bagarreur refuse l’offre, accaparé par son western Last Gun qui ne verra jamais le jour. Mais le l’abandon du projet pousse le réalisateur à revenir sur sa décision à condition qu’il réécrive le scénario de David Shaber (Des amis comme les miens). Le cinéaste rajoute quantités d’éléments absents du roman notamment les Baseball Furies, hommage au baseball et à Kiss. Hill souhaite également que les Warriors soient exclusivement interprétés par des latinos et des afro-américains, mais la production refuse. À l’origine Tony Danza est pressenti pour Swan, mais préfère se rabattre sur la série Taxi. C’est en visionnant le film indépendant Madman que Hill se tourne vers Michael Beck pour le chef des Warriors, ainsi que Sigourney Weaver qu’il présente à Ridley Scott pour Alien le 8ème passager qu’il produit au même moment. Robert De Niro refuse le rôle de Cowboy qui ira à Tom McKitterick. Le reste de la distribution inclue principalement des comédiens inconnus : David Harris, Dorsey Wright, Brian Tyler, Terry Michos, Deborah Van Valkenburgh… . sans oublier James Remar (Django Unchained). Quand à David Patrick Kelly, futur Jerry Horne de la série Twin Peaks, il est choisi après que Hill et Gordon l’aient vu dans une pièce de théâtre. Parmi les nombreux figurants on notera la présence de Debra Winger et Robert Townsed. Le cinéaste doit cependant renoncer à confier la narration du film à Orson Welles.

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Sur les conseils du producteur Frank Marshall, Hill se tourne vers le chef opérateur Andrew Laszlo, tandis que quatre monteurs sont chargés d’assembler le film dont Freeman A. Davies et David Holden qui entame une fructueuse collaboration avec le réalisateur, et Billy Weber associé de Terrence Malick. Le tournage prend place à New-York de juin à Septembre 1978 intégralement de nuit, de minuit à 8 heures du matin. Les prises de vues s’avèrent difficiles par la logistique requise, obligeant Laszlo a faire preuve d’inventivité dans la disposition de l’éclairage, ainsi que pour les scènes dans le métro. Pour le discours d’ouverture, Roger Hill, repéré en urgence pour camper Cyrus, doit réciter son texte devant plusieurs milliers de figurants parmi lesquels de véritables gangs ayant accepté une trêve pour le tournage. La scène où Swan se fait capturer par The Dingoes, un gang homosexuel versé dans le SM, est abandonnée entrainant le départ de Kevin Bacon. Walter Hill réécrit le script afin que Thomas G. Waites quitte le tournage plus tôt que prévu du fait de son comportement imbuvable. Un gang se charge de protéger l’équipe lors du tournage à Coney Island. La grande bagarre finale nécessitera plus de cinq jours de tournage. Lors de la postproduction, Paramount change d’optique pour situer l’œuvre à la fin des années 70, la où Hill l’imaginait dans un futur proche. La MPAA souhaite classer le long métrage X pour «portée incitative, dans la mesure où il donne une vision très réaliste de la guérilla urbaine que des gangs peuvent développer pour conquérir une ville. », obligeant Hill à couper dix minutes.

les-guerriers-de-la-nuit-5Tous ces problèmes n’auront cependant pas amoindri le résultat final. L’excellent générique porté par l’énergique score de Barry De Vorzon permet au cinéaste de poser un univers à part, qui bien qu’ancré dans le New York glauque des 70’s popularisé par des œuvres comme Taxi Driver ou Un justicier dans la ville, trouve sa singularité par la présentation succincte des différents gangs en route pour la réunion de Cyrus. Les personnages ont des looks distincts en lien avec leurs territoires et leurs particularités au combat. La description de Cyrus par les Warriors confère à ce personnage une aura royale confirmée par son apparition face aux gangs de la ville. Un premier acte qui permet à Hill d’imposer un véritable « film univers » qui trouve ses racines dans sa personnalité artistique. Grand admirateur de bandes dessinées, il co-produira pour HBO Les contes de la crypte, le cinéaste utilise sa passion du 9ème art afin de donner une dimension instantanément iconique à ses personnages que l’on retrouve aussi dans certains cadres : gros plans, clairs obscurs… . L’aspect « bigger than life » des péripéties renforce la parenté du film avec le comic book. Hill profite également des Guerriers de la nuit, pour exprimer son attachement envers les environnements urbains nocturnes et les récits délimités dans le temps et l’espace, déjà présent dans Driver. La traversée des Warriors pour rejoindre Coney Island, transpose astucieusement les codes du Western dans le New York de la fin des années 70. Chaque territoire franchi par les protagonistes renvoie directement aux frontières de l’ouest américain. Les plaines arides du 19ème siècle laisse place à des rues désertiques où le danger est omniprésent. Autant d’éléments qui rapprochent le long métrage du cinéma de John Carpenter, Assaut et New York 1997 en tête. Bien qu’il n’ait jamais été un grand technicien de l’image, Hill signe une oeuvre nerveuse et efficace. La bagarre finale délaisse la réalisation fonctionnelle qui lui est souvent reprochée pour une chorégraphie de l’action faisant la part belle au ralentis hérités de Sam Peckinpah.

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À l’instar de ses œuvres ultérieures comme Le gang des frères James et Sans retour, Les guerriers de la nuit se focalise sur un groupe d’individus unis face à l’adversité d’un environnement hostile. Le choix d’interprètes encore inconnus et le sentiment de fraternité palpable à l’écran est pour beaucoup dans l’empathie à l’égard des Warriors. Au détour d’une scène le cinéaste profite d’une rencontre entre un couple de bourgeois et Mercy (Deborah Van Valkenburgh) pour y glisser une critique sociale. Du propre aveu de Walter Hill Les guerriers de la nuit est une relecture de l’Anabase écrite par l’athénien Xenophon en – 370 avant Jésus Christ. Un parallèle appuyé par les noms de certains protagonistes (Cyrus, Ajax), leurs fonctions identiques au récit antique et le parcours des Warriors renvoyant à celui des guerriers grecs. Autant d’éléments qui font du long métrage de Walter Hill une œuvre passionnante à mi chemin entre le cinéma enragé des 70s et le renouveau mythologique des 80s. Une œuvre hybride y compris dans sa direction artistique et sa photographie. Les rues sales caractéristiques de l’époque baignent dans une lumière bleutée annonciatrice de la décennie suivante. Tous ses éléments finissent par faire du film, une œuvre iconoclaste, qui bien qu’ancrée dans son époque aura su traverser avec succès l’épreuve du temps pour toucher à l’universel. Sorti en salles le 9 février 1979, Les guerriers de la nuit rapporta plus de 22 millions de dollars pour un budget estimé à 4 millions. En France le film fut interdit par la censure avant de sortir dans une version amputée et d’être régulièrement rediffusé sur La 5. Le succès du long métrage permit au réalisateur et ses producteurs, dont Joel Silver, de poursuivre leurs carrières.

les-guerriers-de-la-nuit-3En dehors des nombreux ersatz italiens et français, Les guerriers de la nuit devient une oeuvre culte auprès de nombreux artistes. L’univers du rap y puisa une partie de son style enragé. Tout comme Les rues de feu du même réalisateur, Les guerriers de la nuit influença tout un pan de la pop culture japonaise jusqu’aux nombreux Beat Them All. Les frères Houser de Rock Star Games glissèrent de nombreuses références au film dans la franchise GTA, et éditeront en 2005 un préquel vidéoludique. La même année Laurent Bouzereau et Walter Hill sortir une regrettable «Ultimate director’s cut » en DVD qui transpose l’intrigue dans un futur proche agrémenté de transitions « bande dessinées ». Un an auparavant le cinéaste Tony Scott annonce son intention d’en faire un remake avec Walter Hill à la production. D’abord confié aux scénaristes John Glenn et Travis Wright (L’oeil du mal) le script réécrit par l’excellent Terence Winter (Le loup de Wall Street) transposait l’intrigue à Los Angeles. Scott ayant réussi à négocier la trêve des différents de gangs de la ville, environ 150 000 personnes, pour participer à l’ouverture du film. Malheureusement le décès du cinéaste en 2012 annule cet ambitieux projet qui sera pendant un temps récupéré par le duo Neveldine/Taylor (Hyper Tension) pour finalement devenir une série télé supervisé par les frères Russo (Captain America : Civil War). Le comédien Channing Tatum considère Les guerriers de la nuit comme son film favori. Des cinéastes contemporains comme Edgar Wright et Sono Sion ont également déclaré leur admiration pour le long métrage de 1979 et le travail de Walter Hill en général.

Les Guerriers de la nuit demeure plus de 37 ans après sa réalisation une œuvre culte aux multiples degrés de lecture, toujours aussi jouissif à regarder et confirmant l’humble talent de son cinéaste. Ce dernier aura livré à la pop culture l’une de ses plus belles icônes. Les qualités du long métrage ayant trouvé un écho dépassant le cadre du 7ème art. Un excellent film à redécouvrir indéfiniment.

FICHE FILM
 
Synopsis

A New York, où une centaine de gangs se partagent les rues, les combats font rage. La bande la plus puissante, les Gramercy Riffs dirigés par Cyrus, désirent unifier les forces et convoquent tous les gangs à un rassemblement pacifique. Mais la réunion dérape et finit dans le sang : Cyrus est assassiné.
Ce meurtre, attribué par erreur aux Warriors, déclenche sur eux la vengeance de tous les autres. La lutte pour la survie commence, le long du trajet de 40 kilomètres qui les relie à leur quartier général...