Les Gens du Monde (Yves Jeuland, 2014)

de le 17/09/2014
 
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les gens du monde 1Une ambiance studieuse et joviale règne. Nous sommes à quelques semaines de l’élection présidentielle, la campagne bat son plein, les journalistes sont concentrés. Nous sommes dans les locaux lumineux du boulevard Auguste Blanqui, au siège du journal Le Monde. La distribution des « acteurs » de ce documentaire est idéale. On découvre de belles têtes d’affiches et des grandes gueules comme Arnaud Leparmentier, le libéral qui note à quel point le rythme de publication est soutenu, ou bien les redoutables : le duo Raphaëlle BacquéAriane Chemin, deux bacchantes prêtes à déshabiller les hommes politiques en dévoilant leurs secrets les plus croustillants, mais avec respect et élégance.

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Incidemment on se demande en regardant Les Gens du Monde quel rôle tiennent les journalistes politiques au sein de la société ? Comment se pensent-ils ? Quels sont les changements fondamentaux chez les plus grands journaux nationaux comme Le Monde depuis l’apparition de twitter, des blogs de journalistes, du fact-checking, ou de la newsroom (terme emprunté au New York Times, signifiant le regroupement des rédactions print et web au service politique) ? D’où viennent les journalistes ? Ou encore : un journal tel que Le Monde doit-il s’engager ou conserver sa neutralité ?

les gens du monde 2Ces questions trouvent dans les séquences filmées avec tendresse des pistes pertinentes et humoristiques. C’est la marque d’Yves Jeuland qui tourne sur et dans l’arène politique avec sa caméra au poing depuis Paris à tout prix, série sur les élections municipales de 2001. Les Gens du Monde nous emmène deux ans et demi en arrière, observant les doutes de la France de l’époque dans une position confortablement rétrospective. La moitié de la teneur ironique du film vient de ce décalage : nous revoyons les promesses de campagne, repassons les noms des ministres éphémères et la future-ex première dame était alors tout sourire, inoffensive. Le mois de septembre 2014 est un moment parfait pour ressentir l’ironie de l’Histoire.

Par ailleurs, on ne peut que rendre grâce au courage de ces journalistes de s’être laissés filmer, même pendant des moments de franchise très éloquents (ex. la tirade enflammée de Nabil Wakim). Que l’on soit lecteur des articles du Monde, de Rivarol ou du Canard Enchaîné, notre vrai plaisir de spectateur en voyant Les Gens du Monde réside dans une meilleure compréhension de cette profession vitale à un système démocratique et dans le joyeux fourmillement de ces charmants héros contemporains, analystes visionnaires et twittos décrypteurs.

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Souvenez-vous : dans House of Cards, la série américaine diffusée par Netflix et Canal Plus, on découvrait deux rédactions de journaux aux méthodes de travail radicalement différentes : d’une part le journal traditionnel Washington Herald, où règnent hiérarchie et réunions de rédaction tous les matins à 10h30 ; et de l’autre, le modèle Slugline, où chaque journaliste travaille de son côté et « balance l’info en ligne » sans l’aval de son supérieur. D’après Yves Jeuland, le journal Le Monde, en pleine métamorphose, part du premier modèle pour tendre vers l’autre. Il pourrait rejoindre l’autre rive paisiblement à condition que nos reporters soient plus prudents que Zoé Barnes !

FICHE FILM
 
Synopsis

Alors que la presse doit faire face aux grands bouleversements que représentent l’arrivée des blogs, tweets et autres révolutions du web, ce film propose une plongée au coeur du travail des journalistes du service politique du Monde, lors de la campagne électorale de 2012. Dans la rédaction comme sur le terrain, nous assistons ainsi aux débats qui traversent le grand quotidien du soir.
Spectateurs privilégiés des oppositions et des tensions de la rédaction, nous partageons aussi l’enthousiasme et les fous rires des journalistes, la fatigue et les doutes, le quotidien du quotidien.
Le portrait d’un métier en profonde mutation dans un des titres les plus prestigieux de la presse mondiale, qui s’apprête à fêter ses soixante-dix ans.