Les Gardiens de la Galaxie (James Gunn, 2014)

de le 24/07/2014
 
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Soucieux de ne pas tuer la poule aux oeufs d’or, Marvel Studios continue d’étendre son empire en voulant lancer de nouvelles franchises s’éloignant de sa sainte trinité composée de Captain America, Iron Man et Thor. Les Gardiens de la Galaxie fait donc office d’une prise de risques en adaptant les aventures de super-héros de troisième zone. Mais une prise de risques modérée par un réalisateur et un studio dont le parti pris très simple ayant fait ses preuves sur Avengers devrait suffire à remplir les salles : museler une mythologie forte par l’humour.

les gardiens de la galaxie 1Bienvenue dans l’ère de la formule du paradoxe Marvel.

Les Gardiens de la Galaxie est sans doute un des blockbusters les plus intéressants de l’année, dans le sens où il offre une perspective très claire sur l’évolution de l’industrie cinématographique à cette échelle.

Kevin Feige a réussi à créer en dix films ce que les studios désespèrent de trouver : une formule rentable à tous les coups.

On pourrait appeler cette recette la formule du paradoxe. Formule, car elle remplit un cahier des charges soigneusement élaboré par des responsables marketing chevronnés et une cohorte de consultants dont des auteurs de comics reconnus. Paradoxe, car elle crée un pont entre le produit d’usine le plus formaté possible pour plaire aux masses d’un côté et de l’autre un sentiment de liberté créative et de puissance donné au spectateur par le fait de voir prendre vie un univers partagé et des personnages qu’on n’aurait jamais osé rêver voir dans un film, et ce quelle que soit la qualité réelle de leur traduction d’un média à l’autre.

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Les Gardiens de la Galaxie force le respect tant il démontre la capacité d’adaptation du studio pour répondre aux attentes du public. En adaptant des comics très récents et loin d’être aussi populaires qu’un Spider-Man ou les X-Men, Marvel Studios donne une leçon industrielle sur le pouvoir des franchises. Il ne s’agit plus de vendre des personnages connus depuis des décennies, mais bien de parvenir à vendre n’importe quoi à partir du moment où le logo Marvel Studios y est inscrit.

A l’origine, le titre concernait donc une équipe de super-héros cosmiques évoluant dans un futur lointain qui ne fut jamais un grand succès chez les lecteurs. Le titre fut relancé et entièrement repensé à la fin des années 2000 à l’occasion d’un coup marketing chez Marvel Comics, une suite de crossovers regroupant tous les personnages de l’univers Marvel se trouvant dans l’espace dans l’espoir de relancer leur ventes. Ce fut un succès et le titre qui y gagna un nouveau statut culte et populaire fut Les Gardiens de la Galaxie, marqués par leurs histoires drôles, pleine d’action, exploitant du space opera à chaque page et avec des personnages rapidement devenus des mascottes : Rocket Raccoon et Groot.

les gardiens de la galaxie 3En l’espace de quelques mois, le titre atteint une telle popularité qu’il devint l’outil idéal pour Kevin Feige pour ouvrir un pan de ses franchises avec des personnages a exploiter évoluant en dehors de la Terre. C’est un effet boule de neige qui s’opère entre le studios et les comics : sachant qu’un film est en préparation, leurs personnages sont d’autant plus mis en avant dans les comics, avec des auteurs plus connus et des croisements avec les autres personnages, dont l’inclusion passagère d’Iron Man au groupe qui amena à penser qu’il le serait aussi dans le film, à tort.

Ainsi, sans exploiter aucun personnage vraiment très connu ou populaire, Les Gardiens de la Galaxie offre un terrain idéal pour une franchise : une orientation humour/action, des personnages déjà sacralisés par l’inconscient collectif geek, du Space Opera au moment où Star Trek et Star Wars reviennent sur le devant de la scène, et cerise sur le gâteau, juste ce qu’il faut de connexions aux autres films pour nous assurer que tout ceci avance dans la même direction.

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Le véritable méchant du film est donc logiquement Thanos, dont l’apparition se réduit à celle de l’Empereur dans l’Empire Contre-Attaque, et le Macguffin du film n’est autre qu’un nouveau joyau de l’infini, dont on a déjà vu les effets dans Avengers et Thor 2.

L’emploi de James Gunn assure une caution, celle d’avoir un semblant de subversif suffisant pour refléter le côté un peu rebelle des personnages. Celui-ci vise l’efficacité avec des effets très mécaniques : plans au ralenti pour des poses iconiques, punchlines semblant sortir d’un actioner des 90’s, production design plastique colorée pas trop sombre, gags faciles, empathie forcée sur Rocket et Groot et utilisation systématique de bandes pop/rock des 70’s tout au long du film. Tout est pensé pour plaire au plus grand nombre, pour convaincre que le film est naturellement cool.

les gardiens de la galaxie 5Or, ce sentiment de « coolitude » est forcé du début à la fin. Tellement réglé au millimètre qu’il transpire une préparation minutieuse et consciente. La réalisation n’est pas exceptionnelle et le découpage plutôt banal, mais il se ménage des money-shots à chaque séquence pour s’en cacher. Il ne développe presque aucun personnage à part celui de Star-Lord et les motivations de chacun sont réduites à quelques secondes de dialogue, parce que le film passe tout son temps à essayer de nous vendre le plus facilement possible un univers barré. Certes, il parvient à être régulièrement divertissant, certes l’emploi de chansons universelles passe très bien mais il n’empêche que tout sent l’usine dans le film. L’implication du spectateur dépend donc de sa capacité à lâcher prise et à s’investir dans un produit brut, à l’histoire gratuite sans traiter un quelconque thème ou propos sur plus de deux lignes de dialogues.

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Le paradoxe est que le film est plutôt sympathique sans vraiment parler de rien. Sans être passionnant, intelligent ou même assez bien filmé, il remplit son rôle de produit d’usine et accroche le rire et l’empathie en se servant d’un supplément d’âme, donné par l’interprétation démentielle de Chris Pratt en Star-Lord et le charisme évident des personnages de Rocket et Groot. La dynamique de groupe fonctionne entre les cinq membres et pour la première fois en dix films, Marvel Studios arrive enfin à montrer ce qu’est véritablement une équipe de super-héros, avec ses dynamiques, ses tensions, ses sous-intrigues, ses conflits et ses liens qui deviennent ceux d’une famille. Ce groupe là, contrairement à Avengers, il existe, ils se battent ensemble et passent plus leur temps à essayer de se sauver les uns les autres qu’à balancer des vannes les ridiculisant. Cette simple valeur ajoutée fait du film un objet attachant et nous fait oublier un peu vite de nombreux défauts.

les gardiens de la galaxie 7On pourrait ainsi revenir sur la caractérisation complètement ratée de Ronan, un personnage pourtant complexe et magnifique dans les comics, ici réduit à un sous-Gozer de Ghostbusters en reproduisant presque le même combat final. On pourrait trouver à redire sur les personnages féminins très mal écrits, sur Thanos dont les intentions ne sont claires que pour le lecteur de comics connaisseur, sur le plan du film reproduisant à la lettre près celui de Loki dans Avengers, sur des errements de production design de mauvais goût, sur la sous-exploitation de grands acteurs comme Benicio Del Toro, Glenn Close et John C. Reilly, sur les incohérences du scénario, sur le rôle du Nova Corps réduits à des petits flics pédestres alors qu’ils sont les Green Lantern de l’univers Marvel, à la 3D totalement inutile, au montage surdécoupé manquant parfois de lisibilité, et pourtant. Et pourtant. Malgré tout cela, malgré cette plénitude d’erreurs et de fautes de goûts, on se laisse avoir par Les Gardiens de la Galaxie. On a envie de suivre leurs aventures, de voir Chris Pratt cabotiner et de continuer à creuser ce pan cosmique de Marvel, vertigineux tant il renferme de superbes possibles pour son exploitation filmique.

Nous savons tous que Marvel Studios est une usine. Et leur méthodes de production peuvent en étrangler plus d’un. Mais si l’usine commence a voir des idées et un peu d’âme, peut-être qu’il pourra continuer à donner de temps en temps des films d’artisans. A défaut de savoir décemment traiter ses artistes comme Edgar Wright, c’est toujours bon à prendre.

FICHE FILM
 
Synopsis

Peter Quill est un aventurier traqué par tous les chasseurs de primes pour avoir volé un mystérieux globe convoité par le puissant Ronan, dont les agissements menacent l’univers tout entier. Lorsqu’il découvre le véritable pouvoir de ce globe et la menace qui pèse sur la galaxie, il conclut une alliance fragile avec quatre aliens disparates : Rocket, un raton laveur fin tireur, Groot, un humanoïde semblable à un arbre, l’énigmatique et mortelle Gamora, et Drax le Destructeur, qui ne rêve que de vengeance. En les ralliant à sa cause, il les convainc de livrer un ultime combat aussi désespéré soit-il pour sauver ce qui peut encore l’être …