Les Envahisseurs attaquent (Ishiro Honda, 1968)

de le 02/05/2014
 
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Godzilla, Episode 9. Consciente des dérives et d’avoir exploité le filon jusqu’au bout, la Toho entreprend un dernier Godzilla pour mettre fin à la saga, sans se douter que la franchise continuerait bien longtemps après. Ce faux baroud d’honneur prendra la forme d’un grand feu d’artifice final en cumulant le plus de kaijus possible à l’écran.

les envahisseurs attaquent 1Les Envahisseurs attaquent a une très bonne réputation auprès des fans et des connaisseurs. Et pour cause, il prend l’allure d’un greatest hits appliqué au genre entier. On avait connu des films avec un kaiju, voire deux ou trois, mais ici on en a onze d’un coup.

Au menu de cette équipe de foot de rêve, on retrouve donc : Godzilla évidemment, son fils Minilla, Mothra (au stade larvaire), Rodan, King Ghidorah, Kumonga, Manda, Baragon, Varan, Anguirus et Gorosaurus.

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La raison de la réunion de ce Ocean’s Eleven des Kaiju est justifiée dans l’histoire, située dans le futur, en 1999, où tous les monstres ont été confinés sur une île baptisée « Monsterland » (ou Monster Island). Un jour, certains monstres disparaissent de l’île et se mettent à attaquer des capitales. On découvre qu’ils sont contrôlés par une race d’aliens nommés les Kilaaks et désirant rien de moins que d’asservir la terre en se servant des kaijus. Après bien des scènes de dialogues inutiles et de destructions gratuites, les humains reprennent le contrôle des monstres. Les Kilaaks envoient alors leur arme suprême : King Ghidorah. Le destin de la terre se joue alors en un grand règlement de comptes entre les dix kaijus terriens et le dragon a trois têtes.

les envahisseurs attaquent 3Ce pitch, hautement foutraque et jouissif, est devenu séminal pour le genre entier. Loin de viser des thèmes ou un quelconque propos, ici il s’agit purement et uniquement d’un défouloir permettant de voir les plus de monstres possible à l’écran. Hélas, il est loin d’être à la hauteur de sa belle réputation, malgré des qualités indéniables. On reconnaît la patte d’Ishiro Honda à la réalisation (son dernier Godzilla vraiment regardable et filmé dans un massif 2.55), la musique d’Akira Ikufube passe en revue les thèmes jubilatoires des kaijus et les scènes de destructions sont plus rythmées et précises que sur les précédents films.

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Mais tout ne fonctionne pas, loin s’en faut. Le montage est parfois aberrant, se concentrant sur l’intrigue sans intérêt des aliens, on est frustrés de voir un seul monstre à la fois attaquer chacun une grande ville alors qu’on voudrait les voir se battre tous les uns contres les autres et au final les batailles entre kaijus se résument avec King Ghidorah. Et là encore, ça pose problème car si vous vous souvenez du 5ème volet, King Ghidorah se faisait facilement battre par une alliance entre Godzilla, Mothra et Rodan, donc trois kaijus. Ici ils sont dix contre lui, et le combat est totalement déséquilibré. Même Minilla, une source d’agacement constante, participe au combat et se rend utile en étranglant une des têtes de Ghidorah avec ses ronds d’énergie qu’on croyait inoffensifs.

les envahisseurs attaquent 5Sur l’ensemble, Les Envahisseurs attaquent ne prend vie que lorsqu’on voit les kaijus. Or, on ne les voit pas assez et quand on les voit, ils ne sont pas pleinement exploités comme ils devraient l’être. On atteint ici les limites de l’ère Showa dans ce qu’elle pouvait offrir en partant d’un Godzilla gentil et héroïque. Les films se suivent et qu’ils se ressemblent ou pas, finissent toujours par montrer les mêmes défauts : des personnages humains inconsistants, des kaijus infantilisés, des effets spéciaux qui attendent les 20 dernières minutes pour en mettre plein la vue et une absence amère de propos. Cela peut être pris comme un plaisir régressif, ce que le film est et qu’il assume, mais il devient frustrant de voir une franchise qui ne cherche plus à se renouveler ou à raconter quelque chose porteur de sens.

On retiendra donc surtout de Les Envahisseurs Attaquent l’influence qu’il a eu plus que le film lui-même, ne serait-ce que pour Pacific Rim de Guillermo Del Toro qui s’en est bien inspiré et autrement plus recommandable. Certains élèves dépassent parfois leurs maîtres.

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans le futur, en 1999, une race d'aliens belliqueux tentent de conquérir la Terre en prenant contrôle des monstres les plus terribles qui l'habitent. Partout dans le monde, les plus grandes capitales sont attaquées et détruites une par une. Mais qui pourra les arrêter ?