Les Chevaliers du Zodiaque : la légende du sanctuaire (Keiichi Sato, 2014)

de le 12/01/2015
 
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Faire renaître les Chevaliers du Zodiaque au cinéma, l’idée était magnifique. Les premiers concepts également, la présence de Masami Kurumada était rassurante, afin de proposer une version moderne du récit fondamental de cette incroyable saga. Malheureusement, la Toei Animation ne remplit pas son contrat et ne saurait satisfaire ni les amateurs ni les profanes, avec un film d’animation étonnamment pauvre.

les chevaliers du zodiaque la legende du sanctuaire 1Sixième film basé sur la saga des Chevaliers du Zodiaque, la légende du sanctuaire ne cache jamais son ambition de séduire un nouveau public, très jeune. Nouveaux designs, personnages repensés en profondeur, violence et drames humains littéralement effacés, humour bas du front… tout cela pour réécrire l’arc principal de la saga, les évènements du sanctuaire et les combats contre les chevaliers d’or. Si sur le papier la démarche est tout à fait louable, voire intéressante, le résultat fait légèrement peine à voir. Car derrière un graphisme clinquant et une mise en scène qui joue la carte du spectaculaire, le film de Keiichi Sato passe complètement à côté du statut mythique de la franchise, sacrifie des passages essentiels et se montre même très avare en action et en spectaculaire.

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Capables de voler, avec des armures qui cachent leur visage et qui semblent provenir d’une mutation entre Le Royaume de Ga’hoole et TRON, armures qui au passage ne sont plus contenues dans un gros container qu’ils portent sur leur dos mais sont de simples pendentifs, les nouveaux Chevaliers du Zodiaque sont résolument modernes. Une cure de jouvence nécessaire et bienvenue, mais malheureusement anecdotique tant elle n’est jamais exploitée en tant que nouvelle forme de mythologie mais comme simple élément marketing. Si La Légende du sanctuaire possède un point fort, c’est son graphisme. Une approche presque datée, façon Final Fantasy Advent Children, mais qui apporte un véritable cachet visuel à l’ensemble. Ces CGI permettent surtout de produire des images spectaculaires, de frimer sur des ralentis pas vraiment utiles mais qui font toujours leur petit effet, ainsi que de repenser la mise en scène des différentes attaques des chevaliers. Ainsi les mythiques météores de Pégase, poussières de diamant, colères du dragon et autres chaines nébulaires sont de la partie et toujours déclamés au moment des attaques, mais sont revisités et prennent une ampleur supplémentaire via une approche qui privilégie clairement le spectaculaire.

les chevaliers du zodiaque la legende du sanctuaire 3La limite de la chose, malgré quelques très beaux moments, tient dans une impression de combats titanesques mais pour la plupart expédiés en un rien de temps. Une absence tragique d’enjeux internes aux scènes d’action qui reflète logiquement une absence d’enjeux bien plus globale. Niveau dramaturgie, Les Chevaliers du Zodiaque : la légende du sanctuaire frôle le néant. La faute à des personnages inexistants et à un récit qui se prend les pieds dans le tapis, ne sachant jamais quoi raconter et quoi occulter afin de trouver une cohérence qui rassemblerait les amateurs et les profanes. Ici, les amateurs verront s’évaporer l’essence de personnages mythiques, ne retrouveront jamais les liens fraternels, les liens de maître à élève, ni même la forme d’amitié noble et respectueuse qui créait un lien très fort entre les personnages. Quant aux profanes, ils ne comprendront sans doute rien tant la construction de l’intrigue sort de son chapeau des éléments qui tombent comme un cheveu sur la soupe et ne proviennent d’aucun cheminement logique. En plein combat, Hyoga appelle le chevalier du verseau « maître », Ikki vient aider son petit frère (on ne sait comment, étant donné que le passage vers le sanctuaire semblait avoir besoin de plusieurs médailles pour s’ouvrir), Shiryu s’écroule après l’apparition de son dragon dans le dos… autant de situations qui nécessitent de recoller les pièces par rapport à l’intrigue de la série animée.

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Les Chevaliers du Zodiaque : la légende du sanctuaire souffre ainsi d’un véritable problème de positionnement qui le rend tantôt agaçant, tantôt incompréhensible selon le public qui s’y frotte. Si on ajoute à cela que le film manque cruellement d’action, que les morceaux de bravoure sont extrêmement rares, que les relations entre tous les personnages sont d’une artificialité déconcertante, qu’il n’y a aucune empathie et qu’il devient inévitable de s’ennuyer sévère devant ce gâchis, cette relecture pose de sérieux problèmes. D’autant plus que certains personnages mythiques et des combats entrés dans la légende sont tout simplement rayés de la carte, voire ridiculisés. Ainsi, le chevalier de la vierge, un des plus impressionnants de la série, ne sert plus à rien, ceux du poisson et du capricorne ont droit au même traitement, et celui du cancer se transforme en personnage de comédie musicale le temps d’une séquence franchement embarrassante. Fort heureusement, l’affrontement final rectifie le tir et permet de terminer sur une belle note, le film se laissant enfin aller à son potentiel spectaculaire.

les chevaliers du zodiaque la legende du sanctuaire 5Néanmoins, le mal est déjà fait. Les Chevaliers du Zodiaque : la légende du sanctuaire est un film qui, contrairement au récent retour d’Albator, passe complètement à côté du potentiel mythologique de ses héros. Une mythologie par ailleurs quasiment absente, contrairement à la série, les motifs des légendes grecques étant réduites au strict minimum, et le sanctuaire ne se situant même plus en Grèce. Alors oui, le film possède un style, Keiichi Sato fait du bon boulot à la mise en scène, mais il accouche d’un produit qui oscille entre la redite aseptisée et la trahison, bien trop mal écrit pour espérer faire revivre ce qui faisait la puissance des Chevaliers du Zodiaque.

FICHE FILM
 
Synopsis

Au commencement, il y avait une déesse chargée de protéger la Terre, Athéna. Gardienne de l'équilibre, elle fut cachée des forces du mal.
Quand sa vie est menacée, Seiya et les Chevaliers de Bronze endossent leurs armures. Ce sont les protecteurs d'Athéna, les Chevaliers du Zodiaque.

Pour sauver leur déesse et l’avenir de la Terre, ils vont devoir atteindre le Sanctuaire du Grand Pope et y affronter sa légendaire armée des 12 Chevaliers d'Or.

La plus grande bataille des Chevaliers du Zodiaque débute aujourd'hui.