Les Ardennes (Robin Pront, 2015)

de le 11/04/2016
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Pour son premier long métrage, le jeune réalisateur belge Robin Pront vient frapper très fort avec un thriller extrêmement noir et ancré dans une misère sociale concrète. Une première œuvre qui se situe plus dans le sillage de l’éprouvant Bullhead que dans celui des frères Dardennes, qui prend son temps pour amener un dernier acte puissant et marque la naissance d’un auteur à suivre de très près.

Les Ardennes 1Robin Pront l’avait déjà prouvé avec ses courts métrages. Il possède ce petit quelque chose qui peut l’amener à réaliser une œuvre importante. Et si Les Ardennes n’est pas à mettre sur un pied d’égalité avec des films tels que Reservoir Dogs ou Fargo, comme on voudrait nous l’imposer, ce film est une vraie proposition de cinéma courageux et bien exécuté. Le petit jeu des comparaisons n’a par ailleurs pas grand intérêt ici tant le ton est différent. D’autant plus qu’il ne suffit pas d’un décor hivernal et d’une pointe d’humour absurde pour venir chatouiller le chef d’œuvre des frères Coen. Cependant, le film de Robin Pront possède de sérieux atouts, et en premier lieu sa vision assez désespérée des choses.

Les Ardennes 2

La force des Ardennes est que le film possède son propre univers, cohérent et en mouvement. Ce qui lui permet d’assembler naturellement deux parties radicalement différentes. La première moitié correspond à une approche assez peu surprenante d’un mélodrame social dans une Belgique pas très gaie. A grands coups de coupes de cheveux improbables, d’une musique techno imbuvable, de racisme primaire et de tuning beauf, c’est un peu Strip-tease avec du style et une photo bleutée du plus bel effet. En adaptant cette pièce de théâtre, Robin Pront rejoue en quelque sorte l’intrigue de Brothers, et va jouer sur l’opposition silencieuse entre deux frères amoureux de la même femme. Il pose ainsi les bases d’une tragédie shakespearienne, créant des zones de tension palpable et de malaise évident. Le réalisateur joue sur un mode de narration qui laisse une grande place au hors champ, comme en témoigne la séquence d’ouverture avec ce type qui sort d’une piscine avec un bas sur le visage, l’essentiel de la séquence (délit + arrestation) étant à peine mentionné par le dialogue. C’est assez étonnant mais le procédé trouve un sens logique dans la révélation du dernier acte.

Les Ardennes 3Plus noire, plus détachée du réel, la seconde partie plonge Les Ardennes dans le thriller pur et dur. Mais un thriller en pleine forêt. Et on aura beau y déceler quelques pointes d’un humour assez particulier, avec des seconds rôles décalés et une attaque d’autruches, le film plonge de façon assez brutale dans quelque chose d’extrêmement sombre. Tout simplement car le cœur du film reste cette opposition fratricide et toute la rythmique est dictée par cet affrontement. D’abord distant car basé sur des non-dits, il explose littéralement quand les masques tombent. Et ce jusqu’à un final tétanisant, qui ose un retournement de situation traumatique du plus bel effet. Mais très éprouvant sur le plan émotionnel.

Les Ardennes 4

Il y a du courage dans Les Ardennes, ainsi qu’un point de vue fort de metteur en scène. Rien de bien révolutionnaire dans la mesure où ce traitement détaché et assez lancinant hérité d’un cinéma purement social n’a rien de nouveau, mais l’exercice est abattu avec une certaine maîtrise. Pour un premier long métrage, Robin Pront exécute la chose avec cohérence et précision, s’appuie sur un scénario juste, et n’a pas peur de laisser éclater une violence sourde et soudaine. Il s’en dégage une certaine froideur qui tranche avec les éléments de pure tragédie qui auraient pu être traités avec plus d’emphase, mais le réalisateur reste fidèle à son approche assez rude et c’est tout à son honneur. Il lui manque probablement des acteurs plus imposants sur lesquels s’appuyer afin de créer malgré tout une certaine émotion, ici limitée au final. La preuve avec les apparitions de comédiens tels que Jan Bijvoet et Sam Louwyck, qui bouffent littéralement l’écran dès qu’ils apparaissent dans le cadre. Les Ardennes reste toutefois une nouvelle preuve que le cinéma belge est capable de produire des choses surprenantes et représente un terreau fertile pour l’émergence de nouveaux talents.

FICHE FILM
 
Synopsis

Un cambriolage tourne mal. Dave arrive à s’enfuir mais laisse son frère Kenneth derrière lui. Quatre ans plus tard, à sa sortie de prison, Kenneth, au tempérament violent, souhaite reprendre sa vie là où il l’avait laissée et est plus que jamais déterminé à reconquérir sa petite amie Sylvie.Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’entre-temps, Dave et Sylvie sont tombés amoureux et mènent désormais une vie rangée ensemble.Avouer la vérité à Kenneth pourrait tourner au règlement de compte…