Les Animaux fantastiques (David Yates, 2016)

de le 17/11/2016
 
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Comme prévu, Les Animaux fantastiques ne sont que quelques bonnes pistes d’un scénario écrit par l’auteure même de Harry Potter, mais mises en scène par le plus mauvais des réalisateurs de la saga cinématographique. David Yates nous pond un énième gâchis normé et insipide, alors que son récit et ses personnages avaient tout (et même plus) pour donner un souffle de nouveauté et d’ambition salvateur à une franchise qui commence à percevoir l’étendue de son potentiel.

FANTASTIC BEASTS AND WHERE TO FIND THEMVous pensiez que c’était fini ? Eh bien non, les studios de la Warner Bros. auront bien été les plus malins en s’appropriant les droits d’adaptation de la saga Harry Potter de J.K. Rowling. Alors qu’ils avaient réussi à tirer deux long-métrages du septième et dernier tome des aventures du sorcier à la cicatrice, les voilà qu’ils nous remettent le couvert avec Les Animaux fantastiques, transposant un livre annexe, extrait du même univers magique. Cela dit, il ne s’agit là d’un simple épisode spinoff ou prequel aux huit films Harry Potter, mais bien d’un premier volet d’une franchise supplémentaire qui contera cinq chapitres cinématographiques. La flamme des fans déjà ravivée avec la transcription sur papier d’une pièce de théâtre sur le sorcier devenu adulte, l’objet transmedia retrouve le grand écran, cependant devant la caméra du réalisateur le plus impersonnel de la saga.

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En effet, après avoir signé la seconde moitié de la série Harry Potter au cinéma et réduit toutes ses chances de faire une suite à son Tarzan sorti cet été, David Yates rempile de plus belle en se présentant comme le Yes man des studios Warner Bros. Sur les cinq films qui comptera Les Animaux fantastiques. Il est à la fois leur meilleur et leur pire élément, Yates maintenant une vision artistique qui frôle le néant, en conciliant en permanence avec les exigences commerciales des exécutifs hollywoodiens. Si des réalisateurs comme Chris Colombus et surtout Alfonso Cuaron avaient su marquer de leur empreinte sur leurs films Harry Potter, ceux de David Yates semblent aussi interchangeables que ceux produits à la chaîne chez Marvel Studios. Cette situation est d’autant plus regrettable que l’univers imaginé par J.K. Rowling semble aussi fouillé que sans limites, preuve que l’on peut encore proposer aux jeunes publics du contenu divertissant et de qualité. J.K. Rowling signe d’ailleurs elle-même le scénario de ce long-métrage.

FANTASTIC BEASTS AND WHERE TO FIND THEMQuel dommage pour ces Animaux fantastiques qui nous embarquent dans le New York des années 1920, avec de nouveaux personnages, loin du folklore Walt Disney de l’école Poudlard, quasi unique décor chez Harry Potter. Or, dès les premiers plans, la ville censée être en proie à une menace nous semble tout à fait propre, nette du premier à l’horizon, baignant au choix dans les teintes de jour entre beige et gris ou celles nocturnes quasi monochromatiques. Pourtant, la présence du talentueux Philippe Rousselot à la photographie n’y fait rien, les Animaux fantastiques sont désespérément insipides à l’image alors que nous attendons tous que la magie opère devant nos yeux de moldus. De moldus, il en sera question dans un scénario qui explore de très bonnes pistes que la mise en scène éjectera sans plus s’en soucier. Il faut préciser que le film ne s’adresse pas forcément à un très jeune public. Celui des fans qui ont grandi avec Harry Potter a vu cette descente progressive vers les ténèbres et des thématiques plus adultes. Le retour en arrière qu’est Les Animaux fantastiques poursuit cette dynamique et ont se surprend à découvrir en sous texte les thèmes de la préservation des animaux, la persécution religieuse et de la corruption politique.

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L’autre point fort des Animaux fantastiques est sa galerie de nouveaux personnages. Malgré une apparition à l’écran bien foutraque, ces différents protagonistes s’avèrent rapidement attachants. Si la réalisation de David Yates n’a que faire de leur laisser le temps de vivre à l’écran pour des séquences d’action filmées n’importe comment, nous finissons par nous attacher à cette amitié entre Norbert Dragonneau (Newton Scamander en version originale) incarné par Eddie Redmayne et Jacob Kowalski (Dan Fogler), moldu rondouillard et sympathique qui se retrouvera embarqué malgré lui dans une crise interne au monde secret des sorciers. Le personnage de Katherine Waterston est assez beau avec ses failles, tout en faisant abstraction du saccage de son passé via la mise en scène de certaines séquences. Pendant qu’Ezra Miller est assez catastrophique vis-à-vis de la teneur complexe de son rôle, on regrettera que les protagonistes de Colin Farrell et Jon Voight soient particulièrement sous exploités. S’il faut oublier une scène d’action finale illisible et une révélation téléphonée atterrante, il faut aussi saluer la présence de ces dix dernières minutes qui nous offrent (enfin) un vrai beau et bon moment avec nos personnages, notamment une dernière scène sans dialogue que l’on croirait sortie d’un film de l’Âge d’or d’Hollywood.

les-animaux-fantastiques-5À lui seul, Les Animaux fantastiques paraît plus intéressant que toute la saga Harry Potter sur son rapport avec la réalité des humains sans pouvoirs magiques. Ici, les enjeux et les risques d’interférences entre les deux mondes sont plus évidentes. Le récit les confronte en permanence avec la divulgation de l’existence des sorciers perchée en épée de Damoclès, alors que ces fameux moldus n’étaient réduits qu’à une vulgaire famille de Bidochons de banlieue tyranniques. Il est ainsi terrible de voir ce scénario de la magique J.K. Rowling enfourné à grand coup de bottes dans le moule standard moldu des blockbusters sans goût, nous rappelant l’histoire de l’ami Jacob qui préfère ses pâtisseries maison que de consommer les conserves qu’il fabrique à la chaîne à l’usine. Allez savoir. Même le talentueux compositeur James Newton Howard paraît moins inspiré qu’Alexandre Desplat sur les derniers Harry Potter, repiquant quand ça lui chante les célèbres notes de John Williams, tandis que son nouveau thème est loin d’être inoubliable. Il n’est donc pas rassurant de savoir que la même équipe se chargera des quatre prochains opus, en attendant qu’une autre histoire issue de cet univers magique, devienne l’objet d’une adaptation au cinéma.

FICHE FILM
 
Synopsis

New York, 1926. Le monde des sorciers est en grand danger. Une force mystérieuse sème le chaos dans les rues de la ville : la communauté des sorciers risque désormais d'être à la merci des Fidèles de Salem, groupuscule fanatique des Non-Maj’ (version américaine du "Moldu") déterminé à les anéantir. Quant au redoutable sorcier Gellert Grindelwald, après avoir fait des ravages en Europe, il a disparu… et demeure introuvable.
Ignorant tout de ce conflit qui couve, Norbert Dragonneau débarque à New York au terme d'un périple à travers le monde : il a répertorié un bestiaire extraordinaire de créatures fantastiques dont certaines sont dissimulées dans les recoins magiques de sa sacoche en cuir – en apparence – banale. Mais quand Jacob Kowalski, Non-Maj’ qui ne se doute de rien, libère accidentellement quelques créatures dans les rues de la ville, la catastrophe est imminente. Il s'agit d'une violation manifeste du Code International du Secret Magique dont se saisit l'ancienne Auror Tina Goldstein pour récupérer son poste d'enquêtrice. Et la situation s'aggrave encore lorsque Percival Graves, énigmatique directeur de la Sécurité du MACUSA (Congrès Magique des États-Unis d'Amérique), se met à soupçonner Norbert… et Tina.
Norbert, Tina et sa sœur Queenie, accompagnés de leur nouvel ami Non-Maj’ Jacob, unissent leurs forces pour retrouver les créatures disséminées dans la nature avant qu'il ne leur arrive malheur. Mais nos quatre héros involontaires, dorénavant considérés comme fugitifs, doivent surmonter des obstacles bien plus importants qu’ils n’ont jamais imaginé. Car ils s'apprêtent à affronter des forces des ténèbres qui risquent bien de déclencher une guerre entre les Non-Maj’ et le monde des sorciers.