Les Amants du Texas (David Lowery, 2013)

de le 17/09/2013
 
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Après St. Nick, le texan David Lowery remet le couvert et garde le décor de son état d’origine. Cette fois, la fuite ne concerne plus un couple mais un seul de ses membres, de quoi développer une magnifique histoire d’amour doublée d’un drame criminel. Film sur l’absence et l’espoir, à la fois lumineux et d’une tristesse sans nom, Les Amant du Texas affirme un peu plus le talent singulier du jeune cinéaste, digne héritier de ce que le cinéma américain a produit de plus beau.

Les Amants du Texas prend à revers les conventions dans ses premiers instants. En effet, David Lowery filme une arrestation, ce qui devrait se situer à la toute fin de son film ou en introduction pour un récit sous la forme de flashback. Lui n’en fait rien, cette arrestation, et donc cette rupture, sera bien le point de départ de son récit. Le titre français est à ce titre plein d’ironie car les amants en question ne seront quasiment jamais ensemble. En effet, David Lowery fait le choix, risqué, de les séparer dès le départ donc, pour mieux s’intéresser à leur relation épistolaire en gardant en ligne de mire d’éventuelles retrouvailles. Un procédé d’autant plus justifié que plus que l’amour, c’est le manque qui est filmé, le besoin vital de retrouver l’autre ou de reconstruire une vie. Les Amants du Texas, s’il met en scène un couple, se focalise essentiellement sur le personnage de Ruth dont il adopte le point de vue, allant jusqu’à ne plus s’intéresser à celui de Bob pendant de longues séquences. Une absence qui affecte donc autant Ruth que le spectateur. Si cela fonctionne autant, c’est que lors de son introduction, il construit une relation solide en une poignée de séquences seulement, créant une empathie immédiate pour ce couple de truands. Entre repentis et éternels rebelles, Les Amants du Texas contient tout le cinéma américain, avec une attention toute particulière pour les cinéastes ayant filmé le sud des Etats-Unis.

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Difficile, à la vision des Amants du Texas, de ne pas y voir l’émergence d’un nouvel héritier de Terrence Malick, après David Gordon Green, Andrew Dominik et Jeff Nichols. Une nouvelle génération donc. Et si l’évidence voudrait que Les Amants du Texas en appelle à La Balade sauvage et donc Bonnie & Clyde, c’est plus vers Les Moissons du ciel qu’il se tourne, au moins sur le plan visuel. Le dispositif de mise en scène qui utilise à merveille la caméra à l’épaule et la photographie de Bradford Young qui capte une lumière du soleil rasante, sur de vastes étendues. Le dispositif narratif qui laisse une place essentielle à la voix off, utilisée ici pour faire avancer l’intrigue en se focalisant sur la relation entre Ruth et Bob à travers leurs lettres. Ces regards perdus, ces corps qui laissent aller leurs mouvements comme une communion avec l’environnement, ou encore cette omniprésence de la bande sonore qui semble parfois avaler les images. David Lowery a parfaitement assimilé les enseignements du maître et de ses fils spirituels, qu’il a décortiqués dans certains de ses textes critiques, et met à profit son activité de technicien – il est à la fois directeur de la photographie et surtout monteur chez les autres – pour livrer un film à la fois extrêmement solide sur le plan technique et tout bonnement bouleversant car s’appuyant sur des personnages forts et des liens complexes entre eux. Il filme une histoire d’amour fou et destructeur entre deux êtres que le monde ne peut que séparer, des sacrifices terribles et une révolte contre l’ordre. Avec sa galerie de personnages en marge du système dont les moteurs sont, pour lui l’espoir de revoir celle qu’il aime plus que tout, pour elle celui d’élever leur enfant dans un monde meilleur.

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Déchirant, Les Amants du Texas l’est assurément, tel un drame romanesque et noir sur fond de criminalité qui ne dépareillerait pas dans l’œuvre de Cormac McCarthy. L’histoire est vieille comme le monde, il s’agit de celle d’un couple s’élevant contre la justice, mais pourtant David Lowery l’aborde selon un angle tout à fait neuf, y apportant en plus une réflexion d’une finesse remarquable sur la maternité et la paternité, selon deux points de vue radicalement différents. Avec ses tonalités crépusculaires, parcouru de fulgurances aussi bien graphiques qu’émotionnelles, il excelle avant tout dans sa narration visuelle et dans sa direction d’acteurs. Il faut ainsi voir le tour de force de montage que constitue le prologue des Amants du Texas, menant à la détention de Bob, pour saisir la maestria du bonhomme en terme de narration. Il y multiplie les ellipses, fait évoluer les lieux, le tout en gardant la cohérence de sa voix off, pour aboutir sur une vraie démonstration. Tellement puissante que le reste du film parait logiquement, et légèrement, en retrait en terme d’audace narrative. Quant aux acteurs, si Rooney Mara et Casey Affleck ne font que confirmer qu’ils sont peut-être les meilleurs acteurs de leur génération, et dont l’association est une des plus belles idées de cinéma de l’année, c’est Ben Foster qui impressionne dans un rôle radicalement différent de ses prestations de psychopathe habituelles. Il y est formidable de retenue et bouleversant tant il déborde d’un amour qu’il sait impossible. Son personnage à la frontière entre le bon et le méchant est un petit modèle d’écriture. Et ce sans même parler du bien trop rare Keith Carradine, exceptionnel de charisme, de sagesse et de folie contenue dans un rôle que n’aurait pas renié Sam Shepard. Les corps se déchirent, se perdent, mais les cœurs ne s’éloignent jamais vraiment, jusque dans la mort.

FICHE FILM
 
Synopsis

Bob et Ruth s’aiment, envers et contre tout. Et surtout contre la loi. Un jour, un braquage tourne mal et les deux amants sont pris dans une fusillade. Quand Bob est emmené par la police, Ruth a tout juste le temps de lui annoncer qu’elle est enceinte. Dès lors, Bob n’aura qu’une obsession : s’échapper de prison pour rejoindre sa femme et son enfant.
Mais quand il y parvient, quatre ans plus tard, le rêve correspond mal à la réalité. En fuite, poursuivi par la police et par les membres d’un gang, Bob peine à rétablir le lien avec sa famille. Ruth est devenue mère et elle ne veut pas d'une vie de cavale : courtisée par un policier attentionné, la jeune femme devra choisir entre le passé et l'avenir.