L’Empereur du Nord (Robert Aldrich, 1973)

de le 07/06/2017
 
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Les retrouvailles entre le réalisateur Robert Aldrich et les comédiens Lee Marvin / Ernest Borgnine (après le triomphe des Douze salopards) ne sont pas l’unique attrait de cet Empereur du Nord, l’une des dernières mises en scène du maitre. Film d’aventure à la trame classique mais au propos ciselé, le film, trop méconnu encore aujourd’hui, possède les vertus des grands spectacles, la profondeur des œuvres intimistes et la modernité des grands classiques. Son édition en combo DVD/BR chez Wild Side nous permet une redécouverte en bonne et due forme.

Dans les années 70, après le succès de Bonnie and Clyde, Hollywood affiche une véritable nostalgie pour les années 30. De Gatsby à L’Arnaque, les projets se sont multipliés. Le scénariste Christopher Knopf voit le roman de Jack London, The Road, atterrir entre ses mains. Le récit décrivant la vie des « hobos » (vagabonds) voyageant dans des trains fascine l’auteur qui se lance alors dans l’écriture du film. Le personnage principal (A-N°1 joué par Lee Marvin) est inspiré par Leon Ray Livingston, un trimardeur ayant sillonné les Etats-Unis de 1883 à 1910, dont une fois en compagnie de Jack London. Les récits de Livingston alimentent l’imagination du scénariste qui voit bien à travers cette histoire un moyen de parler de la Grande Dépression des années 30 où prendre le train du capitalisme était le but ultime pour sortir de la misère. La métaphore étant toujours d’actualité, le scénario trouve une résonance contemporaine.

Plusieurs réalisateurs sont envisagés par la Fox : Martin Ritt puis Sam Peckinpah. Mais ce dernier réputé pour ses dépassements de budget est mis de côté. Aldrich est alors approché et l’idée de reformer le trio des Douze salopards (Marvin et Borgnine au casting) est alléchante pour le studio. Pour Aldrich, il s’agit d’une histoire d’hommes comme il les aime. Des personnages forts, rudes, violents que le réalisateur sait rendre attachants sans pour autant faire triompher la bonne vieille morale. A partir d’une trame somme toute simpliste, le réalisateur de Vera Cruz orchestre avec vigueur un face à face entre deux de ses interprètes fétiches, nous plonge dans le petit monde des vagabonds où la prise d’un train est source à jeu et enjeux et montre encore une fois son style sans concession. L’Empereur du Nord est un film de fin de carrière et il faut reconnaitre qu’Aldrich a toujours la hargne et une savante maitrise pour mener ses personnages et offrir en même temps un vrai beau spectacle. Les paysages sont superbes, l’aventure est bien au rendez-vous et Aldrich prend un malin plaisir à mettre en scène des personnages peu traités au cinéma.

L’intérêt du film est multiple. Il n’est pas le plus connu des films de son auteur et pourtant Aldrich porte haut cet affrontement entre deux classes sociales dans des années 30 proches du Far-West. En effet, L’Empereur du Nord est un film d’aventure aux allures de western, basé essentiellement sur les personnages, pointant du doigt la loi du plus fort et fustigeant des codes bien loin du rêve américain. Lee Marvin est charismatique au-delà du possible, apportant à son personnage de vagabond une âme et une éthique qui rend sa relation avec le jeune Keith Carradine passionnante. Entre le maitre et l’élève c’est toute une philosophie qui s’instaure, mettant en avant une différence flagrante de valeurs entre les deux hommes. La lutte pour le titre d’Empereur du Nord, de numéro 1 des « hobos », est en définitive bien vaine et ça, le vieux briscard en est conscient. L’interprétation la plus percutante du film vient d’Ernest Borgnine. L’acteur trouve sans doute l’un de ses plus grands rôles. Il faut dire qu’il est extraordinaire en parfait salaud, bien dans sa fonction et prêt à tout pour accomplir son « devoir ». La scène d’ouverture présentant son personnage est d’ailleurs d’une violence rare. Pour tout cela, L’Empereur du Nord est un film grand, ambitieux et à redécouvrir.

L’Empereur du Nord est disponible chez Wild Side Video depuis le 7 juin 2017 dans une édition collector de qualité comprenant le bluray et le DVD du film ainsi qu’un livre écrit par Doug Headline. En supplément, L’Art de survivre (30’), un témoignage de Christopher Knopf scénariste du film, retrace son parcours et explique son travail sur le film avec Aldrich et les comédiens. Le livre de Doug Headline permet un éclairage intéressant sur les « hobos », personnages principaux du film, et sur la fabrication du film. Il est illustré de quantité de photos rares et d’affiches promotionnelles.

FICHE FILM
 
Réalisateur
Date De Sortie
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Nationalité
Synopsis

Octobre 1933, Oregon. La Grande Dépression fait rage sur les États-Unis, plongeant des millions d’hommes et de femmes dans la misère la plus totale. Des vagabonds arpentent le pays à la recherche de quoi vivre. Certains tentent de voyager illégalement à bord des trains. Le plus convoité est celui de la ligne 19, gardé par Shack (Ernest Borgnine), une brute sanguinaire et sadique qui n’hésite pas à tuer qui osent monter sur sa machine. Seul un vagabond légendaire (Lee Marvin) ose défier le chef de train...