L’élan (Etienne Labroue, 2015)

de le 08/09/2015
 
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La grosse blague finit en gentille catastrophe discrète, car L’Élan est lent à la détente sur un peu tout malheureusement. L’absurde n’est pas une excuse derrière laquelle on peut cacher son manque d’intention impunément. Néanmoins, le propos général et quelques écarts artistiques lui évitent l’écueil de devenir un simple Quentin Dupieux bis.

L'elan 1Que vient faire cet élan sur Terre ? Ou plutôt, que vient-il faire dans ce film ? Il est évident que les quelques lignes de synopsis, tirées des monologues en voix over d’Arsène Mosca, ne nous rendent pas plus limpide l’intrigue que ce long-métrage veut nous conter. L’absurde ? Oui, on avait cru comprendre que la seule ligne de défense du projet se limitait à ce simple mot. Bon, pourquoi pas ? Après tout, ce genre de projet tourné avec un budget dérisoire mérite tout autant qu’un autre un tant soit peu d’attention, surtout lorsqu’il organise sa première à L’Étrange Festival. L’Élan y a toute sa place, c’est certain. Après qu’en est-il du film en lui-même ? Toute la question réside dans le degré de pénétration du délire généré par l’équipe autour dudit projet. Et si ce premier long-métrage d’Étienne Labroue vous laisse sur la touche tout du long, l’absurde ne sauvera guère plus l’autodestruction cinématographique annoncée du film à son ouverture.

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Le bizarre, l’étrange, l’absurde… Il n’y a plus que cela qui semble compter aux yeux des réalisateurs tentés par la comédie un peu hype qui préfère éviter la foule populaire attirée par les Kad Merad et Kev Adams. Avec Rubber, Wrong, Wrong Cops et le plus récent Réalité, c’est un peu à Quentin Dupieux que l’on doit ce triste constat. Nous voilà affublés de cette génération sans repère dans le Septième Art qui, après fumé tarpé sur tarpé, a réussi à préserver suffisamment de papier pour y garder la trace écrite de scénarios bizarres, étranges et absurdes. Évidemment, ces notions ne sont pas nouvelles dans le cinéma et les Luis Buñuel, Alejandro Jodorowsky ou les Monty Pythons sont des références dans ce domaine et repoussaient toujours plus loin les limites du possiblement compréhensible au cinéma. Mais quel rapport entretiennent alors ces jeunes hipsters à la mode avec ces grands maîtres de l’absurde ? À peu près aucun. Car tous ces petits wannabees en puissance ont oublié, un peu à l’instar du réalisateur de L’Élan, ce à quoi sert de faire de l’absurde.

L'elan 3Une idée ! Un propos ! Une réflexion, s’il vous plait ! Que diantre ! L’absurde pour l’absurde n’est que de la poudre aux yeux pour justifier une dépense injustifiée d’argent. Ce cinéma borderline est justement ce qu’il est pour éveiller les consciences, provoquer, choquer, troubler, lancer son spectateur dans une réflexion à laquelle il n’aurait jamais pensé par lui-même. Faire faire un truc bizarre à un comédien devant une caméra n’est pas absurde par ce que l’on doit ne rien y comprendre. C’est bien tout le contraire ! Financé en partie par le crowdfunding, étant donné le pitch de départ, L’Élan nous refait une sorte d’E.T. sous champis, sauf que l’effet s’estompe vite et que le fun ne vient jamais. Ah ah, il y a Bernard Montiel ! Tiens, il y a François Morel ou Francis Kuntz ! Après tout, ça sent un peu Les Deschiens et Groland dans ce coin paumé de France et Labroue est un ancien de chez Canal Plus. Bien lui en aura pris de ramener ses anciens potes de sketches qui ont su proposer une belle touche d’humour dans leurs interprétations toujours justes de leurs protagonistes.

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Le reste du casting participe malgré lui au crash général. La débâcle est inévitable même si l’on souhaitait que du bien à ce petit OVNI qui a connu les galères pour se monter. Pourtant, L’Élan ne parvient jamais à trouver le moyen de se rendre attachant sur ses 82 minutes. On rigole de temps à autre sur quelques situations cocasses, avec ces braves gens de la campagne qui voient débarquer dans leur village un extraterrestre avec une tête d’élan en peluche. Certains sont bienveillants et d’autres offensifs. Rien de bien nouveau. C’est long, pas très bien joué ou mis en scène. On prend notre mal en patience en attendant que se résolve la situation. Mais le final abrupt et un peu gratuit fait plus office de fin de court-métrage qui manquait d’une chute originale. Le plus dramatique est que le moment le plus drôle du film est dû à Vincent Patar et Stéphane Aubier, reprenant leur univers de stop-motion délirant de Panique au village le temps d’une scène de reconstitution. Bref, L’Élan c’est pas encore ça. Le délire est en fin de compte très vain car, aussi paradoxal que cela soit, c’est bien avec du sens que le non-sens trouve toute sa force et son intérêt.

FICHE FILM
 
Synopsis

LʼÉlan apparaît soudainement dans une petite ville vendéenne. Très vite, la créature énigmatique est confrontée aux surprenantes réactions de la population : une famille à la fille télépathe, une pharmacienne qui nʼest pas vétérinaire, des chasseurs tire-au-flanc, un spécialiste des vies extra-humaines, un garagiste bousculé par les événements. Tous se posent des questions mais pas les bonnes. Et que vient faire Bernard Montiel dans cette histoire?