Le Roi Arthur – La Légende d’Excalibur (Guy Ritchie, 2017)

de le 16/05/2017
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Au vu des craintes ou du peu d’attentes qu’il suscite, ce surprenant Le Roi Arthur – La Légende d’Excalibur se révèle assez efficace mais pas déplaisant. En produit remanié par les studios, cette adaptation très libre du célèbre mythe nous fait regretter que l’impact visuel de son réalisateur n’ait été réduit qu’à quelques fulgurances au milieu d’un reste plus convenu. Discutable sur bien des points et symptomatique de sa génération de sagas préfabriquées, le souvenir du film se bonifiera avec le temps,  nous rappelant à ses intentions initiales, bien avant l’échec commercial vers lequel il se profile.

Il n’est pas facile tous les jours d’être Guy Ritchie. Sans avoir la reconnaissance ou la notoriété de son compatriote oscarisé Danny Boyle dans l’ombre duquel il peine à construire sa filmographie, le réalisateur du Roi Arthur – La Légende d’Excalibur doit également combattre la haine viscérale qu’une partie des spectateurs et de la critique vouent contre les clipeurs compulsifs avec lesquels il est casé. Ainsi, Guy Ritchie n’aurait jamais sa propre voix, son propre style identifiable, et dont Arnaques, crimes et botanique et Snatch ne seraient que les heureuses erreurs de parcours. Qu’est-il allé donc faire en allant poser les bases d’une saga de six long-métrages à une version updated des légendes arthuriennes ? Certainement pas l’appât du gain. Les succès solides de ses deux Sherlock Holmes ou plus modeste de ses Agents très spéciaux nous orientent plutôt vers un esprit de challenge. Plutôt que d’attendre patiemment que le scénario du troisième opus du détective lui tombe tout cuit dans les pattes, Guy Ritchie s’est donc lancé le défi de cette aventure cinématographique aussi épique que son sujet.

De hardiesse il ne manqua point en entreprenant avec son fidèle scénariste Lionel Wigram de tenter une énième réédition du mythe du Roi Arthur sur le grand écran. Films fantasques, fresques oubliées ou fours commerciaux, les récits composés à travers les siècles n’ont guère su inspirer convenablement le cinéma pour contenter la majorité sur une adaptation réussie. Le Roi Arthur est lui bien un produit de son temps. Autant une bénédiction qu’une malédiction, le gros film de Guy Ritchie commença sa carrière déjà lesté du même handicap que l’essentiel de ses contemporains : la franchise commerciale à établir. Fascinés par l’univers étendu bâti par Kevin Feige avec la marque Marvel, tout le monde veut sa série de long-métrage vendue d’avance. Même des sagas plus réputées et installées sur le marché s’adaptent à l’effet de mode. Or ces business plans faits sur la comète ne sont désormais gérés que par des VRP en costumes, déconnectés de toute réalité artistique ou émotionnelle d’un public humain. Et quand on embauche Guy Ritchie pour construire une saga hybridant la série Game of Thrones et les films de super-héros, il ne suffit pas de consulter les chiffres du box office pour se garantir du succès.

Il n’est pas étonnant que Le Roi Arthur paraisse aussi désordonné dans son ensemble. Certes, la griffe de Guy Ritchie a su résister par moments aux assauts répétés des reshoots aliénantes dans le montage. On en viendrait même à déplorer que le style tape à l’œil du réalisateur ne recouvre pas tout le film. Bon, Uther Pendragon (Eric Bana) est le gentil roi qui sauve un Camelot d’heroic-fantasy face à une armée maléfique dotée d’éléphants géants. D’accord, Arthur (Charlie Hunnam) a grandit à la dur dans les rues d’un Londinium tentaculaire. Et il y a aussi de la guitare électrique sur une bande originale surchauffée du talentueux Daniel Pemberton qui n’a rien perdu de sa fougue musicale. Toutes ces prises de distance formelles d’avec la légende originale aurait dû permettre à Guy Ritchie d’exprimer pleinement son cinéma. Toutefois, les mauvais échos des premières images révélées lors d’un comic-con l’ont fait retourner en cuisine pour revoir en partie sa copie à plus de 100 millions de dollars. À l’arrivée, le style visuel rock’n’roll bien affirmé de Ritchie dans certaines séquences du Roi Arthur vient s’opposer frontalement à d’autres scènes d’une platitude extrême, aussi bien dans les enjeux que dans la mise en scène.

Comme Pan ou Pacific Rim, Le Roi Arthur est l’un des derniers projets ayant eu l’outrecuidance de l’original, sacrifié par l’ultime changement de cap des studios Warner. Priorité fut donnée aux super-héros en collants dans le planning global, même si eux aussi subirent des transformations artistiques contre nature au seul profit de cette recherche du profit. Le long-métrage de Ritchie se tartine ainsi les mêmes poncifs des origins stories, nous expliquant comment Arthur est devenu le Roi que l’on sait. Tout en nous vendant la fin dans ses bandes-annonces, ce premier épisode distille des pistes et indices pour des suites qui ne verront sans doute jamais le jour. Héritant d’Excalibur et de sa destinée, cet Arthur en homme du peuple va être l’ennemi public numéro un qu’il faut abattre tout en devenant le héros d’une résistance clandestine à Vortigen (Jude Law), oncle félon et usurpateur de la couronne du royaume. Le héros de Guy Ritchie croise donc sans sourciller la figure de Robin des bois. Un regret s’installe pourtant que les nouvelles orientations que prenait cette histoire n’aient pu mieux se développer.

Tout n’est pas parfait. Loin de là. Les séquences super puissantes où l’épée magique déploie ses pouvoirs sont illisibles, noyées dans une nuée de pixels en suspension ; ce casting relativement sobre en méga stars ne sait sur quel pied danser entre les folies visuelles de Ritchie et les dialogues plan-plan pour faire avancer l’intrigue ; le cameo de David Beckham n’est pas des plus justes, mais Astérix et les jeux olympiques sont encore à des années-lumière… Si on ne peut obliger l’Hollywood actuel à comprendre les subtilités des grands mythes, on préférera surtout retenir les bonnes intentions de Guy Ritchie sur ce projet qui aboutit aujourd’hui à un film bancal et d’office mal aimé : l’ouverture vraiment spectaculaire qui en met plein la vue (trop vite ?) ; la sympathique musculature d’un Charlie Hunnam qui n’en veut ; un Jude Law qui incarne tout compte fait méchant pas si antipathique que ça ; l’affrontement final assumé pulp proche d’un God of War ; la folle partition musicale mêlant instruments traditionnels, percussions, rochers, halètements et hurlements saturés. À se demander si le réalisateur n’ait pas été sous l’influence d’un mauvais génie en allant signer chez la concurrence pour remaker Aladdin pour Disney, pour lui éviter de réitérer l’expérience injuste du Roi Arthur – La Légende d’Excalibur.

FICHE FILM
 
Synopsis

Jeune homme futé, Arthur tient les faubourgs de Londonium avec sa bande, sans soupçonner le destin qui l'attend – jusqu'au jour où il s'empare de l'épée Excalibur et se saisit, dans le même temps, de son avenir. Mis au défi par le pouvoir du glaive, Arthur est aussitôt contraint de faire des choix difficiles. Rejoignant la Résistance et une mystérieuse jeune femme du nom de Guenièvre, il doit apprendre à maîtriser l'épée, à surmonter ses démons intérieurs et à unir le peuple pour vaincre le tyran Vortigern, qui a dérobé sa couronne et assassiné ses parents – et, enfin, accéder au trône…