Le Retour de Godzilla (Koji Hashimoto, 1984)

de le 09/05/2014
 
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Godzilla, Episode 16. Après neuf ans d’absence, la Toho ressort sa star des placards en la dépoussiérant au passage. Ne gardant que le film de 1954 dans sa continuité, ce semi-reboot va permettre de moderniser son icône et de lui donner un second souffle bien mérité.

le retour de godzilla 1En 1983, la Toho organisa un festival Godzilla en diffusant tous les films de la saga. Ce fut un énorme succès et la fanbase du Roi des monstres avait répondu présente, démontrant aux pontes du studio qu’il y avait encore matière à exploiter pour la franchise dans les salles. En réaction, un nouveau film fut produit à l’occasion du 30ème anniversaire de Godzilla, intitulé sobrement Godzilla dans sa version japonaise et Le retour de Godzilla en France, à ne pas confondre avec son homonyme de 1955.

La note d’intention artistique plutôt louable étant de faire passer Godzilla à l’âge moderne des effets spéciaux de l’époque. Rappelons qu’entre le dernier volet et celui-ci, la trilogie Star Wars est sortie et a radicalement changé les attentes envers le cinéma de genre. Le budget a donc été revu à la hausse et il y a un écart flagrant entre Le Retour de Godzilla et ses prédécesseurs, que ça soit au niveau des maquettes, du costume utilisé, de nouvelles animatroniques ou de la manière de filmer les explosions, bien plus détaillées et soignées qu’avant.

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Le film tente de se placer dans la lignée du film d’origine de Honda et adopte du coup un ton plus sombre et sérieux. La métaphore nucléaire fait enfin son retour, Godzilla n’est plus un héros mais uniquement le symbole de la mort en marche, brutale et inéluctable et la guerre froide sert de toile de fond aux tensions entre les populations avec le fameux risque de la destruction mutuelle assurée, qui représente une menace apocalyptique de l’envergure de Godzilla. Bienvenue dans l’ère Reagan, où ceux qui dirigent la planète font aussi peur qu’un dinosaure radioactif au souffle nucléaire de 80 mètres de haut et avec un sérieux problème de gestion de la colère.

L’histoire du film se place à mi-chemin entre un remake et une suite du premier film. Godzilla attaque des bateaux japonais en mer, puis un sous-marin nucléaire russe, ce qui déclenche une crise diplomatique, les soviétiques croyant à une attaque américaine. Les autorités japonaises pensent calmer tout le monde en annonçant que c’est Godzilla le responsable et un pacte de non-agression nucléaire est signé entre les trois puissances.

Sans pouvoir recourir au nucléaire, le Japon lance une nouvelle arme pour se défendre des attaques du monstre, un vaisseau nommé le Super-X. Après bien des palabres, on en arrive à une inévitable confrontation entre le vaisseau et Godzilla, dont ce dernier sort vainqueur. Un scientifique crée un signal pouvant attirer Godzilla, et en profite pour l’amener tout droit dans un volcan piégé de bombes. Godzilla se retrouve enseveli par le volcan en éruption et tombe dans la lave, sans qu’on sache vraiment si il y succombe. Pas très futé, l’animal.

le retour de godzilla 3Malgré des intentions louables, Le Retour de Godzilla n’est pas resté comme un des meilleurs épisodes du genre. Ceci s’explique par pas mal de raisons : un rythme terriblement lent qui ne construit pas ses personnages ou des thèmes mais surligne plutôt la métaphore évidente de l’histoire, un manque cruel de tension dans les scènes de destructions, faute de nous donner des points de vue humains auxquels s’attacher. Le Super-X n’a pas le charisme d’un kaiju véritable et l’affrontement avec Godzilla n’a pas beaucoup d’ampleur. On comprend mal aussi pourquoi Godzilla fait 30 mètres de plus qu’avant mais parait faire plus petit, la faute à de trop grandes maquettes d’immeubles et de cadres qui se servent mal du 1.85, ou d’axes de caméra farfelus : filmés en plongée et de loin, il parait forcément moins dangereux et menaçant que de près et en contre-plongée. L’art mystérieux de la mise-en-scène…

Mais même avec ces défauts, même avec des effets spéciaux parfois totalement ratés (de mémoire c’est le seul Godzilla où on le voit loucher), c’est un film qui tranche radicalement avec tout ce qui a été fait et le changement est bénéfique. On est débarrassés de l’humour outrancier parodique, la technique a grimpé d’un cran et pour peu qu’on supporte les tunnels verbeux et certains effets approximatifs, on peut apprécier ce kaiju-eiga au premier degré pour ce qu’il est : un divertissement qui prend au sérieux son sujet et son univers. Du moins dans son montage d’origine.

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Car le plus gros problème du film, c’est le détournement qui en a été fait avec sa version américaine, connue sous le nom de Godzilla 1985 (oui, il est sorti avec un an de retard là-bas). Roger Corman a en effet repris les droits et tout comme le film de 1954, a rajouté des bouts tournés pour l’occasion, enlevé d’autres, redoublé les scènes japonaises n’importe comment, changé toute la bande-son (cette fois assurée par Christopher Young, le même qui assurera le score de Spider-Man 3 de Sam Raimi) et il a surtout dévoyé le sens intime du film. Alors, certes, Le retour de Godzilla n’est pas un grand film ou un chef d’œuvre comme l’a été le film de 1954 et vous ne trouverez pas beaucoup de fans pour s’offusquer d’une telle opération tant la chose était courante à l’époque. Il n’empêche que les changements apportés ici sont si drastiques qu’il faut diviser la note donnée par deux si on regarde la version américaine.

Ainsi l’histoire est traversée de commentaires cyniques voire racistes, une demi-heure est coupée et dix minutes sont ajoutées, parmi lesquelles surtout des scènes avec Raymond Burr, le même qui servait de repère occidental à la version américaine de Godzilla sortie en 1956. Il reprend ici son personnage de Steve Martin, mais comme le comédien homonyme était alors en phase de starification, son personnage se voit appelé uniquement « Mr Martin » par les autres personnages du film. Un autre changement significatif démontre l’idéologie de l’entreprise : dans la version japonaise, un général russe parvient héroïquement à stopper le lancement d’une arme nucléaire. Dans la version américaine, on voit le même personnage presser lui-même le bouton qui lance l’arme, sans se poser de questions.

Ce remontage aberrant modifie le propos du film comme sa forme. Même les scènes de destructions dans Tokyo sont méconnaissables et la narration de Raymond Burr ridiculise l’histoire.

le retour de godzilla 5Pour information, ces scènes supplémentaires ont été tournées par R.J. Kizer, connu dans le métier comme superviseur des effets spéciaux de New-York 1997 et surtout de monteur son pour beaucoup de blockbusters dont le Roi Lion, X-Men, La Guerre des Mondes (le Spielberg), Inception ou plus récemment The Dark Knight Rises et The Amazing Spider-Man 2.

Seul ajout intéressant : le film est précédé d’un court-métrage animé, comme pour un Disney. Il s’agit de Bambi Meets Godzilla, deux minutes d’humour absurde pur, générique inclus, que tout cinéphile qui se respecte se doit d’avoir vu au moins une fois dans sa vie.

En définitive, Le retour de Godzilla n’est pas resté dans les mémoires, et il n’est certainement pas un très grand film. Mais il restera comme le film qui a permis à Godzilla de connaître un âge d’argent avec de superbes perles qui vont lui succéder en se tenant debout sur ses épaules. Et pour ce qui est de l’idée de faire table rase de la continuité pour se rapprocher du modèle tout en l’adaptant à une nouvelle génération de spectateurs, elle n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Posez la question à Gareth Edwards…

FICHE FILM
 
Synopsis

Trente ans après sa disparition, Godzilla attaque à nouveau le Japon. Les autorités lancent un vaisseau militaire, le Super-X pour sauver Tokyo de la destruction totale.