Le Livre de la jungle (Jon Favreau, 2016)

de le 06/04/2016
 
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Coincé entre remake du classique de 1967 et réadaptation du recueil de Rudyard Kipling, Le Livre de la jungle édition 2016 déçoit. Son film lardé de tous les défauts des blockbusters standards récents, Jon Favreau tente des bonnes choses mais sans jamais en assumer aucune. Si le dessin animé nous apprenait qu’il en fallait peu pour être heureux, il en fallait encore beaucoup au réalisateur d’Iron Man pour se sortir de ce déluge d’images de synthèse stéréoscopique.

Le Livre de la jungleÀ croire que le dessin animé traditionnel est définitivement enterré… Les studios Disney continuent sur leur longue lancée de déconstruire leurs grands classiques éternels d’animation par des remakes live hautement périssables. C’est au tour du magnifique chef d’œuvre multicolore de 1967 réalisé par Wolfgang Reitherman d’en faire les frais cette année, le tout sous la houlette du réalisateur d’Iron Man, comme nous l’indique la bande-annonce ! C’est vrai, en même temps. Qui de mieux indiqué que l’homme derrière les deux premières aventures du Tony Stark de Marvel pour se charger de nous réadapter l’ouvrage de Rudyard Kipling ? Après que son #Chef eu mis explicitement en lumière ses rancœurs à l’encontre d’une grosse machine qui impose à un petit artisan sa vision des choses, Jon Favreau revient dans l’escarcelle Disney le temps de nous faire son Livre de la jungle en tant que producteur-réalisateur, aidé par Justin Marks, scénariste de Street Fighter – La Légende de Chun-li et du prochain Top Gun 2.

THE JUNGLE BOOK

Après Avatar et L’Odyssée de Pi, l’idée était donc d’adapter les nouvelles technologies d’animation développées ces dernières années pour reconstruire décors et personnages animaliers de l’histoire de Kipling. S’affronte alors en coulisses un casting all star (Bill Murray, Ben Kingsley, Idris Elba, Lupita Nyong’o, Scarlett Johansson et Christopher Walken) à Neel Sethi, gentille jeune pousse mais totalement perdue au milieu de studios entièrement recouverts de fonds bleu. Favreau a pris le risque de ce décalage, s’affranchissant de la motion capture pour enregistrer les mouvements faciaux de son casting vocal. Bon. Cependant, lui aurait-il fallu mieux intégrer les voix enregistrées posément en cabine aux différents physiques des animaux dans l’action ou de donner quelques leçons de jeu au petit Sethi pour l’apprendre à échanger avec le vide lors du tournage. Avec toute cette technologie à sa portée, Jon Favreau s’y perd lui-même. Il réussit aussi bien à nous offrir des plans larges superbes (notamment un lorsque Mowgli et Baguerra passent devant un colossal mur formé de chutes d’eau) que nous perdre dans des effets de mise en scène improbables où une caméra virtuellement secouée virevolte le long d’une branche en images de synthèse suivant les acrobaties d’un Mowgli virtuel.

Le Livre de la jungleDifficile fut donc la tâche au réalisateur d’Iron Man de donner un peu d’émotion derrière tous ces pixels en 3-D. On passera sur une ouverture complètement ratée pour s’attarder sur une exposition plus en douceur qui donne la part belle à la vie parmi les loups, particulièrement expédiée dans le dessin animé original. Avec ses 1h45 devant lui et replongeant dans le livre de Kipling, Favreau étoffe un peu plus la tribu adoptive et son lien complexe avec Mowgli. Dans le classique de 1967, la quête intime du jeune orphelin était de trouver sa place. Suis-je un loup ? Un éléphant ? Un ours ? Alors que les singes voulaient le feu pour être comme lui, Mowgli acceptait finalement d’être lui-même, un humain, en découvrant l’amour. C’est assez simple dit comme cela. Or, en 2016, ce qui fait la différence entre le garçon et le reste des animaux est le fait d’être plus un MacGyver de la jungle qu’autre chose. Ce n’est plus sa façon d’être mais d’inventer des outils (qui semble ici être inné pour les humains…) qui devient la source des conflits avec les animaux, notamment avec Sher Khan. Bonne idée que le puissant tigre ne voit plus l’enfant humain juste comme une menace pour sa suprématie, mais comme une menace pour tous les autres animaux de la jungle. Néanmoins, cette bonne idée n’en sera pas moins gâchée par un antagoniste juste méchant, ayant perdu son côté classieux, fourbe et séducteur qu’il possédait dans le dessin animé. Il n’y a d’ailleurs plus cette ambigüité allié/menace chez les animaux que croise Mowgli désormais.

Le Livre de la jungle

Lorsque ce dernier doit quitter les siens, Jon Favreau aura clairement la bonne initiative d’inclure un peu d’émotion dans cette rupture devenue déchirante, évitant l’étrange distance tenue en 1967. Le parcours suivant offrira peu de grosses surprises. L’ennui sera trompé par instant par une quantité de bonnes intentions systématiquement gâchées. Des flash-backs lourdingues à une distinction arbitraire des animaux qui parlent ou ne parlent pas, certains choix opérés sont simplement incompréhensibles. Le cas de Kaa (sans faire de jeu de mot) est très intéressant. En faire un personnage féminin, incarné par la voix de Scarlett Johansson, est à reconnaître au crédit de Favreau, mais d’en finir comme simple protagoniste fonctionnel et l’éjecter du récit quelques minutes ensuite est à déplorer. On ne s’étendra pas non plus sur un final mécanique et désincarné et une conclusion qui nous fait revenir au point de départ, sans avoir rien appris de plus pendant l’aventure. Comme forcé d’en cocher la case, quelques passages chantés font leur apparition, bon gré, mal gré selon les occasions (réussie avec Baloo, catastrophique avec le mou et pathétique gigantopithèque roi Louie). Il est tout aussi triste que la partition de John Debney ne se démarque vraiment que lorsqu’elle reprend les mélodies de 1967. Quand le générique de fin transforme l’ouvrage de Kipling en simple livre à déplier des images qui se dandinent en 3-D, on comprend mieux ce qu’avait en tête Jon Favreau avec ce remake du Livre de la jungle.

FICHE FILM
 
Synopsis

Les aventures de Mowgli, un petit homme élevé dans la jungle par une famille de loups. Mais Mowgli n’est plus le bienvenu dans la jungle depuis que le redoutable tigre Shere Khan, qui porte les cicatrices des hommes, promet d’éliminer celui qu’il considère comme une menace. Poussé à abandonner le seul foyer qu’il ait jamais connu, Mowgli se lance dans un voyage captivant, à la découverte de soi, guidé par son mentor la panthère Bagheera et l’ours Baloo. Sur le chemin, Mowgli rencontre des créatures comme Kaa, un pyton à la voix séduisante et au regard hypnotique et le Roi Louie, qui tente de contraindre Mowgli à lui révéler le secret de la fleur rouge et insaisissable : le feu.