Le Juge (David Dobkin, 2014)

de le 22/10/2014
 
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Pour son premier drame, David Dobkin n’a pas su tirer le meilleur parti de l’équipe de choc dont il s’était entouré. Film long et tire-larme au possible, Le Juge n’est pas plus convaincant qu’un insignifiant téléfilm vu mille fois et que l’on aura déjà oublié en sortant de la salle de cinéma.

Le JugeJusqu’ici, on ne pouvait pas avancer que l’on connaissait beaucoup David Dobkin. Sa filmographie reposant essentiellement sur des comédies, dont la moitié n’a pas traversé l’Atlantique, mettait plus en avant des films comme Serial Noceurs et le deuxième Shanghai Kid. Décidé à se lancer dans un projet plus sérieux, il engage les services du scénariste de Gran Torino pour élaborer cette histoire d’un vieux juge se retrouvant face à la justice. Avant même d’entrer dans ce long-métrage, une impression de vertige nous prend à la lecture des premiers rôles et de membres principaux de l’équipe technique. Assembler Robert Downey Jr., Robert Duvall, Vincent D’Onofrio, Vera Farmiga et Billy Bob Thornton, auxquels on ajouterait Janusz Kaminski à la photographie et Thomas Newman à la musique a de quoi impressionner de prime abord, mais la découverte du film s’avèrera malheureusement une lente désillusion.

Le Juge

David Dobkin voulait qu’on le prenne au sérieux. Le réalisateur de comédies potache était devenu l’auteur portant l’histoire qu’il a écrite à l’écran et avait fait en sorte de couvrir ses arrières avec une équipe que très peu de metteurs en scène du cinéma indépendant américain peuvent s’accorder. De par son titre, son nouveau long-métrage se présentait dans la plus pure tradition du film de procès, genre dont les États-Unis sont les seuls à avoir su rendre cinématographique la justice. Deux cultures s’opposent. Celle du vieux juge incarné par Robert Duvall, officiant depuis des décennies dans une petite ville de l’Indiana. L’autre est celle des grandes compagnies d’avocats, faisant des millions de dollars dans les règlements au civil, où Robert Downey Jr. est un cador imbu de sa personne. Forcément, lorsque ce dernier va devoir se rendre dans le trou paumé dont il vient, la réaction est épidermique (des deux côtés).

Le JugeOn craint le dérapage dès les premières minutes avec l’apparition du personnage de Robert Downey Jr. qui nous ressort le costume de Tony Stark et sa logorrhée continuelle. Si la direction d’acteur est inexistante dans cette ouverture, elle se construit petit à petit, tout au long du film, où les tics du héros de Marvel s’estompent pour laisser place à un peu d’émotion. Il est question d’émotion dans Le Juge quand la mort rôde dans cette petite famille. Cela sera sûrement le plus gros défaut du film. Là où David Dobkin pouvait se lancer sur un film de procès à l’ancienne, le réalisateur-auteur se perd dans l’insistante recherche d’émotion autour du personnage de Downey Jr. avec la multiplication de sous-intrigues le concernant de près ou de loin. Le récit s’étire, beaucoup trop pour aboutir à une durée de 2h20, tout en attendant une réponse automatique des glandes lacrymales où en jouant une petite triste au piano sur des souvenirs heureux.

le juge 4

Maladroit et parfois grotesque en accentuant inutilement certains bruitages, Le Juge pèche par un manque cruel de mise en scène. Alors que le chef opérateur de Steven Spielberg depuis La Liste de Schindler fait le travail comme un pro, le pauvre David Dobkin paraît dépassé par la question du découpage de ses séquences. Les plans se répètent (avec le même travelling circulaire en contre-plongée sur Robert Downey Jr. lorsqu’il va pour plaider), le montage lors des joutes verbales dans la salle du tribunal est confondant de banalité. Aucune logique de mise en scène ne semble être avancée par le réalisateur qui nous rend un résultat éculé digne d’une série télévisée. Cela sans compter une conclusion que l’on devine dès le départ et qui ne déroge pas d’un cheveu à cette prévision. Quel dommage que tous ces talents se retrouvent mêlés à ce drame insipide, à l’instar de Robert Duvall qui avait commencé sa carrière dans Du Silence et des ombres, film de procès par excellence.

FICHE FILM
 
Synopsis

Fils de magistrat, Hank Palmer (Robert Downey Jr.), grand avocat, revient dans la petite ville de son enfance, où son père, qu'il n'a pas revu depuis longtemps, est soupçonné de meurtre. Il décide alors de mener l'enquête pour découvrir la vérité et, chemin faisant, renoue avec sa famille avec laquelle il avait pris ses distances…