Le Hobbit : La désolation de Smaug (Peter Jackson, 2013)

de le 10/12/2013
 
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Après un premier épisode déjà très spectaculaire confirmant l’utilité du choix de Peter Jackson de faire du Hobbit une nouvelle trilogie, La Désolation de Smaug repousse encore les limites du film d’aventure. Plus d’action, plus d’intrigues, plus de personnages, ce second volet est la suite logique tout en ouvrant d’innombrables perspectives d’avenir. D’autant plus que ce second opus s’avère encore plus spectaculaire et généreux en action.

Le Hobbit : la désolation de Smaug adopte une structure classique de tout épisode de transition, tout en développant d’innombrables pistes narratives. Il s’agit là du propre de tout film d’aventure à l’ambition autre que simplement raconter une histoire tout de même assez courte sur le papier. Les craintes de voir un livre dont le récit s’avère finalement assez resserré étiré plus que de raison pour en faire trois films s’évaporent ainsi très rapidement. Et ce pour laisser place à un récit d’une ampleur assez dingue, mais également d’une noirceur plus qu’accrue. Ainsi, derrière le beau divertissement familial de fin d’année, ce que le film reste malgré tout, se cache un petit joyau désespéré sur lequel plane l’ombre du retour du mal absolu. La compagnie des nains étant, à la fin du premier film, déjà très proche de leur objectif, Peter Jackson a développé, en s’appuyant sur le modèle narratif de la trilogie du Seigneur des anneaux, tout un tissu de sous-intrigues assez complexe. D’un livre plutôt destiné aux plus jeunes, il tire une œuvre cinématographique extrêmement dense, dans laquelle la simple quête du héros, qui évolue là encore considérablement, sert de colonne vertébrale à la mise en place d’un univers complet aux ramifications infinies. Ainsi non seulement il conte l’aventure de Bilbo le hobbit, mais il utilise tout le matériel possible pour créer un lien de parenté fort avec la trilogie précédente. Il évite ainsi avec brio la sensation d’un Seigneur des anneaux version miniature pour dévoiler les racines de sa trilogie précédentes, et cela fonctionne merveilleusement.

THE HOBBIT: THE DESOLATION OF SMAUG

Cela passe bien entendu par l’apparition de personnages récurrents, à l’image du retour en pleine forme d’Orlando Bloom dans le rôle de l’elfe Legolas qui hérite enfin d’un travail considérable dans l’écriture de son personnage, ou de Sauron, le temps d’une séquence époustouflante et psychédélique. Mais cela passe également par la mise en place d’une ambiance de terreur progressive, traduite autant par les évènements que par la photographie du film et ses couleurs s’évaporant progressivement (c’était déjà le cas pour Le Seigneur des anneaux), par des ramifications politiques dans le pays des hommes, et bien entendu par l’omniprésence de l’anneau. Peter Jackson est en train de mettre en place un immense complexe fait de six films, d’une cohérence remarquable. Ainsi, tous ces éléments épars qui pourraient presque paraître superflus sont en fait les jalons nécessaires à la construction d’une œuvre immense. Le Diable réside dans les détails et le réalisateur néo-zélandais en est parfaitement conscient. Il ne laisse donc rien au hasard et forge cette grande aventure tel un orfèvre face à son joyau le plus précieux. Le film bénéficie d’ailleurs, afin d’éviter toute sensation de redite ou tout automatisme, mais avant tout pour coller au plus près à son sujet profond, d’une mise en scène toujours aussi majestueuse mais qui limite considérablement les grands mouvements opératiques aériens. Logique, il n’est plus tant question ici de voyage, la distance parcourue étant sérieusement réduite. Ce deuxième épisode se montre bien plus énergique à bien des égards, plus noir également, empruntant sans sourciller des éléments du cinéma d’épouvante dans la construction de ses scènes. Tout l’arc narratif consacré à Gandalf en direction du repère du nécromancier tient d’ailleurs complètement du film fantastique à tendance horrifique, ce que Peter Jackson maîtrise avec toujours autant d’éclat. De la même manière, tout ce qui entoure l’évolution du personnage de Bilbo est également très sombre, en faisant presque un tueur psychopathe lors de ses sessions avec l’anneau.

le hobbit la desolation de smaug 1

Mais Le Hobbit : la désolation de Smaug c’est également un spectacle total, un véritable ride qui ne s’interrompt qu’assez rarement, à tel point que sa durée pourtant considérable en paraît trois fois moins. On y retrouve une pointe salvatrice d’humour, et de gros moyens technologiques déployés afin de créer des séquences d’action incroyables. Elles sont présentes en plus grand nombre cette fois et sont pour la plupart très longues et généreuses. Combats titanesques, courses poursuites sur terre ou dans l’eau ponctuées de mille idées, et bien évidemment, un acte entier consacré à Smaug, créature gigantesque et fascinante, dont la relation avec Bilbo hérite d’un traitement d’une précision remarquable. On notera ainsi, parmi les innombrables scènes vouées à marquer considérablement, une apparition brève mais essentielle de Beorn, l’homme capable de se transformer en ours. Vient ensuite un affrontement extraordinaire avec les araignées de la forêt de Mirkwood, utilisant à la perfection les différentes échelles et le décor complexe, des créatures monstrueuses ainsi que le pouvoir d’invisibilité de l’anneau (le tout précédé d’une séquence d’hallucination assez géniale). En partie centrale, une très longue séquence au royaume de Thranduil, qui permet autant d’enchaîner sur la poursuite complètement folle avec les nains dans les tonneaux, ponctuée de longs plans sans aucune coupe sur des éléments d’action très complexes, que de développer tout un axe sur la relation entre Tauriel (Evangeline Lilly impeccable), Kili et Legolas. Les flèches fusent, les têtes tombent, l’ensemble s’avère même assez violent. Puis vient évidemment le gros morceau avec Smaug, auquel les mouvements et la voix de Benedict Cumberbatch apportent leur lot de nuances. Là encore, et comme sur toutes les autres scènes d’action, la gestion de l’espace et l’énergie que déploie Peter Jackson laissent bouche bée. Au moins autant que la grammaire cinématographique qu’il utilise pour iconiser son dragon. Au rayon des regrets, il y a bien sur la frustration d’un cliffhanger cruel pour un film qui paraît très court tant son tempo est parfait, et surtout le choix du distributeur d’avoir une fois de plus choisi de montrer le film en 3D sans le HFR. Sans tomber dans la colère de geek technophile, il s’agit d’un choix tout bonnement incompréhensible. Tout d’abord car le film a été pensé et filmé en fonction de l’utilisation de cette technologie (qui rappelons-le élimine totalement la désagréable sensation de flou et de saccade créée par le relief), mais surtout car le résultat à une cadence classique de 24 images par seconde ne rend absolument pas justice au travail fourni. Pire, des séquences évidemment bien découpées, fluides, à la chorégraphie complexe, pleines d’énergie et de fureur, qui ressemblent à de vraies prouesses de mise en scène et de montage (Peter Jackson renvoie dans les cordes tous les tocards incapables d’utiliser un montage cut avec précision), paraissent ainsi parfois floues, parfois presque illisibles. Donc de la même manière que les Indiana Jones ont été faits pour être vus en couleur et avec du son, Le Hobbit : la désolation de Smaug est fait pour être vu en HFR 3D et sa vision sans cette technologie perd énormément de son sens, même si le film reste une véritable bombe.

FICHE FILM
 
Synopsis

Les aventures de Bilbon Sacquet, paisible hobbit, qui sera entraîné, lui et une compagnie de Nains, par le magicien Gandalf pour récupérer le trésor détenu par le dragon Smaug. Au cours de ce périple, il mettra la main sur l'anneau de pouvoir que possédait Gollum...