Le Hobbit : La Bataille des cinq armées (Peter Jackson, 2014)

de le 03/12/2014
 
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Cette fois, c’est bien terminé. Pour la dernière fois, nous replongeons avec plaisir en Terre du Milieu et avec une pointe d’amertume en sachant qu’il faudra bientôt en partir a nouveau. Le voyage d’un aller et retour qui s’achève par un chant épique et lyrique pour offrir de beaux adieux bien mérités au pays des dragons et des elfes.

le hobbit la bataille des cinq armees 1Sur le making-of du Retour du Roi, on pouvait assister à un Peter Jackson, totalement hilare qui continuait de tourner des scènes pour la version longue alors que la semaine précédente la version courte avait remporté 11 oscars, ce qui lui inspirera cette réplique bien sentie : « On devrait toujours terminer un film après avoir eu l’oscar du meilleur film ».

A l’heure où nous écrivons ces lignes, il est impossible de prendre la pleine mesure de ce qu’aura représenté la trilogie du Hobbit au Cinéma.

Impossible, pourquoi ? Parce qu’on ne peut juger décemment de la qualité d’une œuvre que lorsqu’elle est entière. Et bien que les trois films sont désormais connus, nous savons aussi à quel point les versions longues donnent une vision dramatiquement différente des adaptations de Tolkien par Peter Jackson. On le sait depuis plus de dix ans, on en a encore eu la preuve cette année avec le DVD de La Désolation de Smaug et la Bataille des Cinq Armées ne déroge pas à la règle : ce que nous voyons au Cinéma est un film incomplet.

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Et bien que Peter Jackson soit définitivement un génie qui a fait incontestablement progressé une fois de plus l’industrie entière par son ambition(et l’HFR restera une révolution conséquente quoi qu’on en pense), bien qu’il rende honneur à Tolkien dans des proportions gigantesques, bien que le film soit d’une richesse inouïe dans tous les départements techniques et artistiques sans exception, bien que la somme des émotions cumulées en trois films donne le vertige, ce que nous voyons n’est qu’un fragment de l’œuvre véritable qu’est Le Hobbit, et qui ne sera complète que lorsque nous pourrons voir les trois films de suite dans leur version entière.

le hobbit la bataille des cinq armees 3En soit, une version courte n’est pas gênante, après tout nous avons découvert les six films ainsi avant de les redécouvrir avec les sorties DVD. Mais ici nous parlons d’un film qui s’est constitué sur la deuxième moitié de ce que devait être « There and Back Again », le deuxième opus sensé terminer le diptyque prévu. Moitié agrémentée d’intrigues secondaires ajoutées lors de séances de tournage supplémentaires, notamment la décriée relation entre Tauriel et Kili, qui a pourtant la qualité d’apporter un pont thématique avec la fraternité des peuples ô combien humaniste au centre du Seigneur des Anneaux. Or, souvenez-vous, La Désolation de Smaug se terminait sur un climax qui n’est pas dans le livre et qui a été ajouté pour offrir une victoire aux personnages sur Smaug et une sorte de conclusion thématique de la conquête d’Erebor… avant d’enchaîner avec un cliffhanger qui nous a hantés pendant un an.

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La Bataille des Cinq Armées conclue l’intrigue du dragon dès son prologue, en démarrant in media res, en plein milieu de la scène d’action qui s’était arrêtée brutalement douze mois auparavant. La chose est osée et rappelle la déroute de Saroumane éjectée fissa dans Le Retour du Roi (et même complètement absente de sa version courte), mais d’autant plus frustrante. Pourquoi ? Pourquoi avoir ajouté ce climax artificiel sur le deuxième film alors que le prologue du 3ème en était la conclusion naturelle ? C’est un problème structurel qui ouvre le film assez rageant tant il aurait pu donner au 2ème ce petit plus qui lui manquait pour toucher à la perfection.

Après quoi, il reste 50 pages à adapter (sur plus de 300) à étaler sur 2h de film. Et le paradoxe c’est qu’il manque trop de choses. Des personnages secondaires sont a peine vus ou sacrifiés, certains disparaissent du montage comme par magie, certaines ellipses occultent des passages importants et le pire, c’est que la fameuse bataille qui donne son nom au titre n’est pas celle qu’on attendait.

le hobbit la bataille des cinq armees 5Comme si Jackson voulait a tout prix nous donner la preuve qu’il avait appris de ses erreurs sur la première trilogie, il s’éloigne de ses recettes habituelles pour proposer autre chose. Le problème c’est qu’il n’avait commis aucune erreur sur la première trilogie, et qu’on ne répare pas quelque qui n’est pas cassé. Ainsi, dans cette bataille, il ne se suit pas trois plans au montage sans qu’on voit au moins un des personnages principaux à l’écran, comme si il fallait à tout prix recentrer l’intrigue toutes les dix secondes pour ne pas perdre la concentration du spectateur. Pourtant, c’est justement ces centaines de soldats, figurants ou numériques (peu importe c’est la même chose), qui portent le sens des mouvements des batailles, qui nous indiquent vers quels enjeux penchent les attaques, les stratégies, les mouvements guerriers, et ici ils manquent à l’appel.

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Alors, comprenons nous bien. Nous avons affaire à l’une des batailles les plus épiques et monumentales que le 7ème art ait connu de son histoire. Les rebondissements sont incroyables, le découpage est démentiel et les plans qui mettent la mâchoire par terre sont légions. Et il tout a fait justifié de vouloir se concentrer sur ses héros pour garder l’accroche émotionnelle du spectateur. Mais la majeur partie du film est réduite à cela sans qu’on ait un équilibre thématique comme sur les deux premiers films. C’est comme si on avait découpé le Retour du Roi en deux films et qu’on avait devant nous le deuxième qui démarrait directement sur la bataille de Minas Tirith. C’est beau, c’est spectaculaire, c’est très divertissant et c’est un film dont on ne peux pas être ingrat devant la générosité. Mais en l’état et seul, il n’est que le 1/6ème d’une histoire.

le hobbit la bataille des cinq armees 7Il manque des charnières. Il manque des morceaux pour que le puzzle soit entier, et ça se voit cruellement sur un opus qui alterne entre plages d’émotions fortes et séquences d’action très intenses. On ne peut s’empêcher d’être frustrés de voir des combats individuels même si c’est logique. Et on peut se demander si nous n’avons pas été déçus de ne pas avoir revécu étape par étape le pic sensationnel et émotionnel offert par le troisième film de la première trilogie.

Et pourtant, aussi incomplet soit-il, cette Bataille des Cinq Armées a tant à offrir. La bataille de Dol Guldur démontre qu’on peut faire six films sur un même univers et rester aussi inventif qu’à la première scène. L’attaque de Smaug sur Lacville offre un morceau d’apocalypse filmique hallucinant. Et le film regorge ainsi régulièrement de pointes de génie, d’autant plus soutenu par un casting toujours aussi impérial, porté par un Martin Freeman qui parvient à faire naviguer la tonalité de l’œuvre entre l’humour naïf du roman et le poids sérieux des thématiques adultes. Il est et reste notre témoin par lequel on voit cet univers et s’en montre un acteur déterminant à chaque tournant de l’intrigue.

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Alors qu’importe si ces adieux semblent bâclés et que l’ensemble parait expédié (oui 2h25 c’est encore trop court), cette déception n’est que passagère et nous savons que le feu d’artifice final viendra en novembre 2015, et alors cette merveilleuse héxalogie sera enfin complète et figurera à sa juste place comme la plus complète de toute l’histoire du cinéma.

En attendant, ceci n’est pas un adieu.
Ce n’est qu’un au revoir.

FICHE FILM
 
Synopsis

Atteignant enfin la Montagne Solitaire, Thorin et les Nains, aidés par Bilbon le Hobbit, ont réussi à récupérer leur royaume et leur trésor. Mais ils ont également réveillé le dragon Smaug qui déchaîne désormais sa colère sur les habitants de Lac-ville. A présent, les Nains, les Elfes, les Humains mais aussi les Wrags et les Orques menés par le Nécromancien, convoitent les richesses de la Montagne Solitaire. La bataille des cinq armées est imminente et Bilbon est le seul à pouvoir unir ses amis contre les puissances obscures de Sauron.