Le Fils de Godzilla (Jun Fukuda, 1967)

de le 01/05/2014
 
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Godzilla, Episode 8. Après avoir fait de son monstre un héros, la Toho continue à s’enfoncer dans les mauvais choix en donnant un fils à Godzilla, espérant ainsi se rapprocher encore plus de son jeune public. En résultera Le Fils de Godzilla, l’un des opus les plus joyeusement surréalistes de la saga.

le fils de godzilla 4Le Fils de Godzilla. Mazette. Imaginez vous seulement un personnage comme Godzilla se reproduire ? Deux Godzilla s’affrontant dans une ville mise à feu et à sang en guise de danse nuptiale, suivie par une nuit sauvage de copulation sur le flanc d’une montagne ? Voilà de quoi donner des cauchemars aux plus curieux de la règle 34 des internets.

Croyez-moi, l’image mentale que je viens de gracieusement vous donner n’est rien en comparaison du résultat à l’écran.

Sur l’île des monstres, un œuf géant est la proie des convoitises de mantes religieuses géantes, les Kamacuras. Un œuf dont on ne connaîtra jamais les véritables origines. Et oui, tu es un enfant adopté mon petit Minilla, mais ton papa t’aime quand même, même si tu es diffèrent. Godzilla débarque donc pour inexplicablement protéger l’œuf, probablement guidé par l’instinct paternel, ça ou une curieuse envie de grosse omelette aux champignons. Après avoir démonté la gueule des mantes religieuses, Minilla émerge. Et c’est là que le film prend une dimension inattendue : un mélange entre du pur bis japonais et les thèmes de prédilection de Steven Spielberg.

le fils de godzilla 2

Rarement on aura vu une créature aussi étrangement conçue que le fils de Godzilla. Situé à mi-chemin entre Casimir, un crapaud consanguin et un ours sans poils, Minilla a un aspect bien plus effrayant que de nombreux ennemis de Godzilla, cela ajouté au fait que ses cris semblent être ceux d’un énorme phoque sur le point d’être égorgé. La plupart de ses scènes se construisent sur les gags possibles avec son père (qui lui met sans le vouloir, en se retournant, des gros coups de queue dans la tronche) ou sa période d’apprentissage. Par exemple, le pauvre papa perd un temps fou entre deux tartes dans la tronche à essayer d’apprendre en vain à fiston comment tirer un beau rayon de souffle atomique par la bouche. Mais Minilla, pauvre petit monstre géant, ne peut que sortir que de pâles ronds de fumée inoffensifs. Perdant patience, Godzilla écrase du pied la queue de sa progéniture, sortant d’un coup un beau rayon dévastateur. Ah, la fierté d’être papa. Godzilla porte donc son rôle de père comme un fardeau une bonne partie du film, mais jamais il n’abandonne son gosse et ne le met en danger de mort que quelques fois par jour seulement. Car malgré tout, c’est son fils, sa bataille, c’est le fruit de ses entrailles. Il avait un nom et une adresse, et ben, il les lui a donné, voilà.

Le fils de godzilla 1Le film se termine dans une bataille lyrique avec la tarentule Kumonga dans une tempête de neige où Godzilla se fait sauver par son fils, maîtrisant enfin le rayon mortel. La scène devient étrangement émouvante lorsque le père prend le fils dans ses bras pour le protéger du froid et les deux entrent en hibernation. Godzilla comprend alors qu’on ne naît pas père, mais qu’on le devient. Une leçon d’humanité bouleversante montrant un portrait rare, celui du destin d’un père célibataire dans le Japon des années 60, une société alors en pleine mutation mais encore dominée par la bureaucratie conservatrice des…. mantes religieuses et araignées géantes.

Voilà un film qui délaisse autant qu’il peut toutes les intrigues des humains (dont on passera les détails tant ils ne servent que de témoins aux événements du films, plus que de protagonistes a part entière), juste pour se concentrer sur une relation purement anthropomorphique sur deux monstres n’ayant rien d’humain. Et c’est a travers leur relation et les combats avec les autres kaijus que le film parvient a développer une empathie inexplicable, surréaliste, et drôle au second degré.

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Alors certes, tout cela ne fait pas du film un des meilleurs opus, ou même juste un bon film, et il restera insupportable à regarder pour bien des spectateurs d’aujourd’hui. Le scénario comme la réalisation sont presque en permanence à la ramasse et il faut une dose non négligeable de patience et de tolérance à la bisserie la plus digressive pour en apprécier les aspects les fous.

Néanmoins, le Fils de Godzilla reste une référence culte qui a été parfaitement digéré par la pop-culture dont on citera deux exemples parmi tant d’autres : les comics Top Ten du grand Alan Moore et Le Monde Perdu de Steven Spielberg, où le réalisateur exploite son thème de la paternité jusqu’au bout avec un T-Rex et son petit. Ce n’était pas le meilleur Spielberg et ce n’est pas le meilleur Godzilla, mais il auront eu le mérite d’essayer de creuser des enjeux humains par des créatures muettes, symboles de mort et carburant à l’imaginaire pur. Le cinéma de genre n’en sort qu’enrichi, et ça, c’est déjà quelque chose en soi.

FICHE FILM
 
Synopsis

Godzilla, père célibataire, doit protéger son fils Minilla des dangers du monde moderne, autrement dit des mantes religieuses et des araignées géantes. Assez limité sur le plan intellectuel et très rapidement éloigné du système scolaire, le petit Minilla va apprendre la vie à la dure avec son père mais c'est en combattant une tarentule géante qu'ils découvriront le plus grand des trésors : l'amour filial.