Last Days of Summer (Jason Reitman, 2013)

de le 29/04/2014
 
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Manquant sérieusement de constance, Jason Reitman s’aventure avec Last Days of Summer sur un nouveau terrain, celui du drame pur et dur, sans la moindre  dose de comédie et surtout, sans la moindre trace de ce cynisme qu’il peine à contrôler parfois. En adaptant le roman Long week-end de Joyce Maynard, il signe peut-être son film le plus troublant, même si l’ensemble reste relativement inoffensif.

LABOR DAYAprès l’échec que représentait Young Adult, film dans lequel Jason Reitman perdait le contrôle et ne parvenait pas à créer la moindre empathie pour son personnage détestable, le fils d’Ivan Reitman avait sérieusement besoin de redresser la barre. Et il réussit son pari, au moins en partie. Last Days of Summer est un film assez étrange, qui s’ancrerait en théorie dans la tradition du mélodrame à la Douglas Sirk, mais qui souffre énormément de son écriture hasardeuse. Pourtant, malgré des erreurs assez énormes, à la limite du pardonnable, le film fonctionne comme par miracle. Tout simplement car pour la première fois, Jason Reitman porte un amour sans bornes à ses personnages, un amour qui transparait de chaque scène, de chaque plan. Un amour porté également à ses acteurs, qui font que le film évite l’échec auquel son script assez bête le prédestinait.

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Le scénario de Last Days of Summer n’est pas vraiment un modèle du genre, et s’inscrit dans une vague très actuelle de prendre le spectateur pour un idiot en lui faisant avaler d’énormes couleuvres, en assumant qu’il ne réfléchira jamais à ce qu’on lui propose de voir. Cela se traduit par une succession d’évènements gentiment invraisemblables, la cohérence du récit n’étant pas ce qui semble préoccuper Jason Reitman, qui aurait mieux fait de faire écrire la chose par un véritable scénariste. Les incohérences commencent d’ailleurs très tôt, dès la rencontre avec Frank, incarné par Josh Brolin. Et elles continueront de s’enchaîner, chaque personnage répondant à des situations qui réfutent la notion de logique, comme s’ils étaient tous déconnectés de la réalité. Ainsi, il n’y a par exemple aucun véritable doute, ni même un soupçon d’effroi, face à cet homme évadé de prison où il purgeait une longue peine pour meurtre. De la même façon, Adele lui tombe dans les bras très facilement, et Henry l’accepte dans leur vie sans jamais rien remettre en cause. Tous ces éléments participent à bâtir une intrigue globalement ratée, car incohérente du début à la fin. Et pourtant, Last Days of Summer est un film qui fonctionne. Et qui fonctionne même plutôt bien dans l’ensemble, ses grosses imperfections créant une sorte de vulnérabilité finalement très appréciable.

LABOR DAYAinsi, Last Days of Summer ne demande pas d’efforts particulier pour passer outre ces problèmes, même si une écriture plus rigoureuse en aurait sans doute fait un très grand film. Il y a une raison assez simple à tout ça. Tout, à l’exception du script, est réussi. Jason Reitman développe une mise en scène extrêmement élégante et s’appuie sur un découpage très efficace. Cela lui permet d’aboutir sur de véritables moments de grâce, à l’image de la séquence de préparation de la tarte aux pommes. Presque absurde sur le papier, elle représente une zone de flottement dans la narration, créant une bulle temporelle mais également spatiale. L’univers autour de cette drôle de famille recomposée le temps d’un week-end s’éclipse tout à coup, et ne subsiste que cette communion miraculeuse autour du plus simple des actes. Des moments magiques comme celui-ci, purs moments de cinéma qui auraient pu tomber dans le ridicule, Last Days of Summer en est truffé. Et si c’est un film parfois bête, c’est tout de même un très beau film, comme en atteste la superbe photo d’.

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Mais la véritable réussite de Last Days of Summer tient dans deux noms : Kate Winslet et Josh Brolin. Le jeune Gattlin Griffith a beau être excellent, les adultes qui l’entourent parviennent carrément à faire oublier toutes les maladresses du film. Et Jason Reitman en était conscient dès les prémices de son projet d’adaptation, à tel point qu’il a tourné Young Adult en attendant que Kate Winslet soit disponible. Une persévérance et une patience qui vont s’avérer payantes tant l’actrice transcende littéralement le matériau dont elle doit s’accommoder. L’alchimie qui se crée et se dégage de sa relation avec Josh Brolin permet de transformer des éléments d’une incohérence remarquable en quelque chose de naturel. Les deux acteurs insufflent à leur personnage une humanité mais surtout une vérité qui émane de ces êtres brisés, tous sans exception, et qui vont apprendre à se reconstruire l’un au contact de l’autre. Cette relation fonctionne à la perfection et vient transformer des éléments qui ne pouvaient tenir la route pour les rendre presque logiques. C’est la nature des grands acteurs, mais également des grands directeurs d’acteurs, ils sont capable de faire des merveilles même avec le pire des scénarios. Pourtant, il y a de quoi rager devant cet instantané de vie bouillonnant de passion et d’amour-pansement, car les failles sont bien présentes et sans elles, Last Days of Summer serait peut-être un des plus beaux mélodrames de ces dernières années, l’émotion étant franchement puissante sans paraître forcée. Quoi qu’il en soit, le film annonce un tournant majeur dans la filmographie de Jason Reitman, avec un sérieux regain d’intérêt qui annonce peut-être quelques très belles choses à l’avenir.

FICHE FILM
 
Synopsis

Lors du dernier week-end de l’été, Frank, un détenu évadé, condamné pour meurtre, oblige Adèle et son fils Henry à le cacher chez eux.
Très vite, la relation entre le ravisseur et la jeune femme prend une tournure inattendue. Pendant ces quatre jours, ils vont révéler de lourds secrets et réapprendre à aimer...