La Résurrection du Christ (Kevin Reynolds, 2016)

de le 04/05/2016
 
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Brisé par l’échec colossal de Waterworld au milieu des années 90, Kevin Reynolds n’a jamais vraiment retrouvé la grâce et l’ampleur de son cinéma. La Résurrection du Christ, son premier long métrage pour le cinéma en 10 ans, est une œuvre à la fois très ambitieuse et schizophrène, entre la volonté de livrer un regard original sur une histoire vieille comme le monde et celle de brosser l’église dans le sens du poil.

La resurrection du christ Kevin ReynoldsOutre Waterworld, Kevin Reynolds c’est tout de même Robin des bois: Prince des voleurs, Rapa Nui et l’extraordinaire La Bête de guerre, ou encore le scénario de L’aube rouge de Milius. Après s’être remis en selle grâce à la mini-série Hatfields & McCoys, occasion de retravailler avec son alter ego Kevin Costner, le voici donc aux commandes d’une petite production « historique », une relecture des évènements liés à la crucifixion et à la résurrection de Jésus imaginée par Paul Aiello. Mais une relecture qui, au contraire de La Dernière tentation du Christ par exemple, se contente d’opérer un changement de point de vue plutôt que de revisiter les éléments du récit eux-mêmes.

La resurrection du christ Joseph Fiennes

Ainsi, La Résurrection du Christ ne parvient pas vraiment à se démarquer de l’infinité de films consacrés à la « plus grande histoire jamais contée ». Le choix est ici de raconter cette histoire bien connue en adoptant le point de vue d’un légionnaire romain. Ainsi, les diverses apparitions du Christ, pour une fois interprété par autre chose qu’un acteur blanc (ici le néo-zélandais Cliff Curtis, plutôt convaincant dans une partition très « mai 68 »), ne dépendent que des moments où Clavius le croise. Une idée narrative qui ne révolutionnera pas le péplum biblique mais qui constitue une prise de position. Cela permet notamment de traiter l’évènement de la résurrection sous l’angle du film policier en sandales. En effet, toute la première partie du film, entre enquête sur le terrain, interrogatoires musclés et rapports à la hiérarchie, c’est un peu NCIS à Jérusalem. Et cela fonctionne plutôt bien. Car Kevin Reynolds s’évite ainsi de devoir illustrer des miracles vus des centaines de fois et qu’il n’a pas les moyens de réaliser, cela permet au film d’adopter un certain « réalisme » et notamment dans la captation des lieux et de l’époque, mais il peut également s’appuyer sur un personnage formidable pour bâtir la colonne vertébrale de son film.

la resurrection du christ de Kevin ReynoldsD’emblée illustré comme un pragmatique à l’efficacité redoutable (voir pour cela la séquence d’affrontement en ouverture, petit modèle de tactique), Clavius va représenter le doute et le regard rationnel. Cette notion de doute est par ailleurs amenée très tôt et sans aucun rapport avec le religieux. Cet homme doute d’une domination romaine pérenne, c’est donc le candidat cinématographique idéal à une épiphanie. Ainsi, sa rencontre avec Yeshua, pour lui qui honore volontiers le Dieu Mars, va le pousser vers un cheminement spirituel des plus naturels, le monde dont il doutait déjà étant considérablement remis en cause. Joseph Fiennes apporte quantité de nuances à ce personnage, d’abord incroyablement cynique, puis vidé de ses certitudes, et enfin s’ouvrant à un horizon nouveau.

la resurrection du christ kevin reynolds

Cela serait presque formidable si toute la seconde partie, consacrée justement à Clavius qui embrasse peu à peu l’enseignement de Jésus et de ses apôtres, ne tombait pas dans une grande messe cinématographique ronflante et prosélytique. Toute l’énergie qui embrasait la première partie s’estompe peu à peu, au profit d’une forme de sérénité appuyée par le décor désertique. Kevin Reynolds reste un habile filmeur capable de transcender un budget et d’apporter une certaine ampleur sans emphase, mais lorsqu’il sombre dans le préchi-précha de bas étage, il ne possède pas la faculté d’élever le niveau. L’inverse d’un Mel Gibson, qui tout en illustrant très précisément les textes avec La Passion du Christ, assurait un tour de force cinématographique à la portée universelle. Ici, à l’image d’un ultime plan en CGI douteux (sans doute le seul plan dégueulasse de tout le film), l’utilisation d’un message purement religieux s’avère maladroite et finit par vider La Résurrection du Christ de son principal intérêt. Et ce même si le film, avant d’en arriver là, propose quelque chose de franchement solide et de relativement original, porté par la composition d’un Roque Baños des grands jours.

FICHE FILM
 
Synopsis

Clavius, un puissant tribun militaire romain, et son aide de camp Lucius sont chargés de résoudre le mystère entourant ce qui est arrivé à un Hébreu nommé Yeshua après sa crucifixion. S’ils veulent empêcher une insurrection à Jérusalem, ils doivent à tout prix mettre fin aux rumeurs assurant qu’un Messie est revenu d’entre les morts...