La Planète des singes : Suprématie (Matt Reeves, 2017)

de le 01/08/2017
 
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Après L’Affrontement qui nous donnait il y a trois ans les bases plus solides d’une future planète des singes, Suprématie ose, tente, risque l’original, cherchant à provoquer ses spectateurs devenus trop habitués au confort lénifiant des super-productions insipides fabriquées à la chaîne. Porté par un Andy Serkis toujours aussi habité qu’investi dans son rôle de héros des singes en révolte, Matt Reeves confirme encore une fois son talent de faiseur consciencieux en signant le meilleur volet de la trilogie, et ainsi le meilleur blockbuster d’un été en mode mineur.

Des miracles peuvent se produire. Parfois. C’est un peu ça la magie du cinéma, même lorsqu’une grosse machine sur demande comme Hollywood recopie fièrement les mêmes schémas en quête d’une rentabilité automatique. Et d’un pur produit commercial, visant à relancer une franchise bientôt vieille d’un demi siècle, émergea une trilogie forte dans son propos et pertinente au sein de sa saga. Après l’incompréhension générale de la tentative de remake par Tim Burton, la chance pour La Planète des singes fut double d’être tombée entre les mains des producteurs et scénaristes Amanda Silver et Rick Jaffa. Ces derniers auront su convaincre la 20th Century Fox d’amorcer un retour en arrière où les singes prennent l’ascendant sur les hommes, notamment à travers l’exploit technologique de la performance capture et par son meilleur représentant : Andy Serkis. Celui qui avait donné corps aux pixels de Gollum, King Kong ou encore le capitaine Haddock était devenu César en 2011, futur leader d’une révolution de l’évolution.

Or si le nouveau premier chapitre sous-titré Les Origines nous semble aujourd’hui assez faible, c’est que sa suite a su transcender son modèle qui était déjà loin du roman initiateur de Pierre Boule. Du gentil film de commande de Rupert Wyatt, nous sommes passé à un second volet d’un auteur plus impliqué, avec ses hommes et singes bataillant farouchement dans les rues d’un San Franscisco à l’abandon. Ce remake étonnant de La Rivière rouge n’était pas exactement ce qu’avaient prévu les studios, mais qu’importe. Soutenu par le duo Silver/Jaffa, le réalisateur Matt Reeves marqua donc l’été 2014 et sécurisa sa position pour le troisième opus qui sort enfin dans nos salles. À nouveau, La Planète des singes : Suprématie ne répondra pas systématiquement aux demandes standard d’un public à divertir. S’émancipant des prérogatives d’une continuité accessoire, il les dépassera afin de le pousser à réfléchir. À réfléchir sur le long-métrage, ses thématiques, ses personnages et sur lui-même. C’est à cela aussi que sert le cinéma.

Tandis que les précédents films rechignaient encore à se séparer des humains, Suprématie tranche complètement la question où les singes sont les personnages principaux. Reeves confirme César en héros de cette trilogie et n’hésite plus à l’affubler d’un caractère messianique en ces temps d’exode. L’heure n’est plus à la guerre ou à la paix. Les derniers représentants d’une humanité aux abois s’acharnent à vouloir détruire ces animaux qui menacent leur domination. Le long-métrage aux enjeux clairs reflète assez bien la tendance générale d’une politique plus belliciste, trumpiste diront certains en découvrant le personnage de Woody Harrelson. Mué par cette peur viscérale du grand remplacement, ce dérivé du colonel Kurtz à la tête de ses ultras présentera même plus d’épaisseur que les bandes-annonces le laissait craindre. Mais l’idéal qu’il poursuit nous paraît bien dévoyé à l’image d’une Terre presque revenue à l’état sauvage. Pourquoi persister à vouloir détruire quand il s’agit de reconstruire un monde d’office perdu ?

Mais c’est ce monde moribond qui est ensevelit lentement sous une neige éternelle que César veut faire abandonner aux siens pour un havre de paix. Bien entendu, le chemin jusqu’à la Terre promise est semé d’embuches et les frontières entre les deux camps qui s’opposent sont devenues encore plus floues. Les nouvelles figures simiesques donnent encore plus de corps à l’ensemble. L’une des très bonnes idées de Matt Reeves et du scénariste Mark Bomback est également d’écorner enfin l’image sacralisée du chef naturel. Alors que le moment est venu pour lui de se montrer digne de diriger, le (jusqu’ici trop) vertueux César est en proie au doute sur sa mission et ses motivations. Il craint que sa haine trop longtemps refoulée envers les humains ne le consume de l’intérieur et qu’il abandonne toutes ses responsabilités pour se livrer à une sanglante vendetta. Il va sans dire que s’élèvera une myriade d’ovations louant le jeu d’Andy Serkis pour le porter aux nues. On peut néanmoins nuancer les avis simplement dithyrambiques en attestant de l’extraordinaire travail d’incarnation de l’acteur et du reste du casting en performance capture, au-delà de la seule prouesse technologique.

Malgré quelques compositions de qualité s’essayant à l’expérimentation sonore de Goldsmith en 1968, le recours systématique à la bande originale d’un Michael Giacchino qui se repose parfois trop sur ses acquis en multipliant les projets, lui fait perdre son impact au long du film. Cependant, cela ne gâche pas tant la force de l’œuvre globale qui n’hésite pas à prendre le risque de frustrer certaines attentes en misant sur des retournements inattendus et donner plus encore à réfléchir sur cette aventure. La Planète des singes : Suprématie achève comme il se doit la trilogie entamée en 2011, lui offrant une conclusion en forme d’apothéose esthétique et dramatique. À se demander pourquoi le talentueux Matt Reeves est parti s’enfermer dans l’escarcelle de l’univers DC Comics avec une possible trilogie sur le personnage de Batman. De leur côté, Amanda Silver et Rick Jaffa ont planché sur le scénario du troisième Avatar de James Cameron et Andy Serkis termine sa version plus sombre et fidèle du Livre de la jungle. Même si leurs routes se séparent ici avec un final tournant une page dans la saga, une suite reste tout à fait envisageable. Que voulez-vous ? Nous sommes encore à Hollywood !

FICHE FILM
 
Synopsis

Dans ce volet final de la trilogie, César, à la tête des Singes, doit défendre les siens contre une armée humaine prônant leur destruction. L’issue du combat déterminera non seulement le destin de chaque espèce, mais aussi l’avenir de la planète.