La Passion Van Gogh (Dorota Kobiela et Hugh Welchman, 2017)

de le 11/10/2017
 
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Objet visuel absolument fascinant, La Passion Van Gogh marque surtout par son aspect jamais vu de peinture vivante que par une histoire plus convenue derrière les coups de pinceau. Prix du public au Festival du film d’animation d’Annecy 2017.

De nos jours, le monde de l’animation s’est lové dans le confort certain de l’image de synthèse. La mondialisation des esprits et des techniques a poussé l’essentiel de la profession vers l’univers du tout pixel. Cette orientation nous a offert aussi bien des grandes œuvres visuelles que des produits très médiocres. Mais par moment, ce genre de révolution globale pousse d’autres auteurs plus fantasques à s’aventurer dans des expériences encore plus folles et incroyables à l’image. C’est ici le cas du film de Dorota Kobiela et Hugh Welchman, dont les nationalités (respectivement polonaise et britannique) prouvent qu’il existe encore un esprit européen dans la création cinématographique comme celui qui faisait poussait plusieurs pays à dépasser la barrière de la langue dans les années 1970.

Une polonaise et un britannique nous racontent donc l’histoire autour de la disparition d’un peintre néerlandais en France, et ce avec une technique artistique absolument fabuleuse et osée. La Passion Van Gogh travaille en rotoscopie, un procédé qui ne date pas d’hier en redessinant par dessus une image filmée avec de vrais acteurs. Toutefois, l’équipe derrière cette nouvelle œuvre aura peint littéralement chaque mouvement. En pastichant le style du célèbre expressionniste avant l’heure et allant d’un clin d’œil à l’autre à certains de ses tableaux, chaque image du long-métrage est véritablement composée d’une succession de coups de pinceau. Chaque image de ce film est une peinture, unique. Il faut alors reconnaître la somme de travail artistique accumulée pour le film. Ensuite, reconnaître au résultat final cette sensation à la fois hypnotique et très impressionnante du rendu dès les premiers mouvements de caméra sur une petite ville sous le ciel étoilé.

L’intelligence de La Passion Van Gogh n’aura pas été de justifier simplement sa reprise de l’univers graphique de l’artiste, juste parce qu’il est le sujet central. Non, Van Gogh est ici un but, une occasion manquée, avec une enquête nous servant de prétexte pour reconstruire son œuvre avant-gardiste le temps d’une heure et demi. Il s’agit aussi d’aborder son lien fort avec son frère Théo et de traiter de la question de ces artistes traumatisés, mis au ban d’une société hypocrite et hautaine vis-à-vis d’une personne vivant pleinement pour son art, au risque d’y perdre sa santé (physique et mentale). Cependant, il est difficile de rajouter quelque chose de plus que ce qui a déjà été dit sur les frères Van Gogh par le cinéma. D’autant que le film se construit sur la redondance des aller-retour entre le présent et le passé en noir et blanc, sans trop chercher à se renouveler.

Comme le public du Festival du film d’animation d’Annecy qui lui a remis son prix, on reconnaîtra en définitive à La Passion Van Gogh la performance de l’exercice artistique orchestré brillamment par Dorota Kobiela et Hugh Welchman, ainsi que leur volonté infaillible d’avoir porté un tel projet, en forme d’hommage absolu à cet immense artiste peintre.

FICHE FILM
 
Synopsis

Paris, été 1891, Armand Roulin est chargé par son père, le facteur Joseph Roulin, de remettre en mains propres une lettre au frère de Vincent van Gogh, Theo. En effet, la nouvelle du suicide du peintre vient de tomber. Armand, peu enchanté par l’amitié entre son père et l’artiste, n’est pas franchement ravi par sa mission. À Paris, le frère de Van Gogh est introuvable. Le jeune homme apprend alors par Père Tanguy, le marchand de couleurs du peintre, que Theo, visiblement anéanti par la disparition de son frère aîné, ne lui a survécu que quelques mois. Comprenant qu’il a sans doute mal jugé Vincent, Armand se rend à Auvers-sur-Oise, où le peintre a passé ses derniers mois, pour essayer de comprendre son geste désespéré. En interrogeant ceux qui ont connu l’artiste, il découvre combien sa vie a été surprenante et passionnée. Et que sa vie conserve une grande part de mystère.