La Machine à explorer le temps (George Pal, 1960)

de le 25/12/2014
 
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Avant que Marty McFly et Doc Brown empruntent la DeLorean, qu’un cyborg du futur traque Sarah Connor, que Makoto Kono cours plus vite que les événements, qu’un visiteur retourne à l’aéroport de son enfance, que le docteur affronte les Daleks, et que Sam Beckett répare les erreurs du passé… . Il y avait George. Retour sur la première adaptation cinématographique du célèbre roman de H.G. Wells, qui continue de nourrir l’imagination des artistes, 55 ans après sa réalisation.

la machine a explorer le temps 1En 1895, année de la création du cinéma, l’Anglais Herbert George Wells, publie « La machine à explorer le temps », un court roman dont l’idée lui serait venue lors d’une conférence sur la quatrième dimension en 1887. Le roman va connaître une 1ère adaptation pour la télévision britannique, en 1949. Une décennie supplémentaire sera nécessaire pour une version sur grand écran, mise en scène par George Pal. Né le 1er février 1908, à Cegléd dans ce qui deviendra la Hongrie, Pal est diplômé d’architecture. De 1928 à 1931 il réalise des dessins animés publicitaires, et crée les « Pal-doll » des poupées aux articulations mobiles et interchangeables encore utilisées aujourd’hui. En 1933, il se rend à Einhover en Hollande pour fonder un studio dédié à son art, mais l’arrivée au pouvoir des Nazis l’obligera à immigrer aux États-Unis en 1940. Jusqu’en 1947 il tourne de nombreux films d’animation, les « Puppetoons » (en référence à ses Pal-Doll) pour Paramount Pictures. Des œuvres qui lui permettent de peaufiner ses techniques, et de rencontrer de futurs grands noms de l’animation et des effets spéciaux. Walter Lantz, co-créateur de Woody Woodpecker, et Ray Harryhausen, responsables des créatures de Jason et les argonautes.

la machine a explorer le temps 4Durant les années 50, Pal se lance dans la production de longs-métrages avec l’aide du cinéaste Byron Haskin. La conquête de l’espace, Le choc des mondes et La guerre des mondes (déjà une adaptation de Wells) sont leurs œuvres les plus connues. George Pal quitte Paramount pour MGM, ce qui va lui permettre de mettre sur pied La machine à explorer le temps, qu’il souhaite adapter depuis le début des 50’s. David Duncan, qui signera Le Voyage fantastique pour Richard Fleischer, est chargé de l’adaptation. Il est question de moderniser l’intrigue, et de faire du protagoniste principal un scientifique des années 60. Mais le succès de 20 000 lieues sous les mers pousse le cinéaste et son scénariste à rester dans l’Angleterre de la fin du 19ème siècle. Pal souhaite confier le rôle principal au comédien Shakespearien Paul Scofield, avant d’envisager James Mason, pour finalement choisir Rod Taylor (Les oiseaux, Inglorious Basterds) dont c’est le premier rôle en tête d’affiche. Yvette Mimieux (Le trou noir) et Alan Young (futur grand nom du doublage américain, notamment l’Oncle Picsou) complètent la distribution. Doté d’un budget de 750 000 dollars, le cinéaste s’entoure du chef opérateur Paul Vogel (Haute Société), des décorateurs George W. Davis et William Ferrari (futurs chefs déco sur La quatrième dimension), ainsi que du monteur attitré d’Alfred Hitchcock, George Tomasini. Pour les effets spéciaux, Pal fait appel à d’anciens collaborateurs des «Puppetoons ». Wah Chang, un ancien employé de Disney, qui a travaillé sur Tarantula, et plus tard la série Star Trek. Gene Warren, dont le fils sera un fréquent collaborateur de James Cameron, et Tim Baar qui terminera sa carrière sur Les dents de la mer. Jim Danforth (Quand les dinosaures dominait le monde, Invasion Los Angeles) viens également aider l’équipe, tandis que le cinéaste se charge lui-même du design des Morlocks. Le tournage durera moins d’un mois entre mai et juin 1959, dans les studios MGM. Yvette Mimieux, qui atteindra la majorité durant le tournage, retournera de nombreuses scènes afin de parfaire son jeu.

la machine a explorer le temps 3Le 5 Janvier 1900, dans une maison remplie d’horloges, des scientifiques voient débarquer George (Rod Taylor) abasourdi, les vêtements déchirés. Ce dernier va leur raconter son aventure. Une introduction théâtrale, qui permet à Pal de maintenir l’attention du spectateur et d’opter pour une narration sous forme d’un long flash-back, qui va conditionner l’atmosphère introspective du long-métrage. Un choix qui donne une profondeur à un récit simple (non-simpliste) et linéaire qui ignore le concept du paradoxe temporel, également absent du livre. Pal se concentre sur son visuel et le ressenti de son protagoniste principal, véritable miroir du spectateur, car témoin des évènements plus qu’acteur. Pal et son équipe retranscrivent à merveille l’ambiance victorienne et le futur « préhistorique » de Wells, grâce au soin apporté aux décors, aux costumes et à la photographie Metrocolor, qui confèrent au long-métrage un charme visuel intemporel. Rod Taylor apporte à son personnage un esprit curieux et une bonhomie absents du roman. Une caractérisation qui permet de renforcer l’humanité du personnage. La traversée du temps par George constitue l’un des plus beaux moments du film. Le temps qui passe en accéléré, souligné par la voix-off du protagoniste, joue sur la notion d’émerveillement induit par la situation. Une prouesse rendue possible grâce à la combinaison de plusieurs effets : Stop Motion, maquettes, animation… .

la machine a explorer le temps 2Loin de se reposer sur cette prouesse technique, Pal fait d’un mannequin dans une vitrine un point de repère temporel pour son protagoniste. Le traitement du déplacement temporel n’est pas sans évoquer les travaux expérimentaux du cinéaste canadien Norman McLaren. Cependant les trois arrêts de George se font sur un ton mélancolique (la maison délabrée) et pessimiste (le devenir de son ami Filby, les guerres mondiales), qui contraste fortement avec l’émerveillement du voyage. Des évènements qui ne figurent pas dans le livre et qui vont l’enrichir d’un aspect humain. Et induire par l’image les thématiques philosophiques propres à l’auteur de L’île du docteur moreau. L’arrivée de George en 802 701 constitue le cœur du récit. La disparition des livres finit de détruire l’espoir d’un protagoniste désabusé quant au devenir de l’humanité. Cette dernière est divisée en deux catégories : Les humains et les Morlocks. La 1ère a une intelligence limitée et vit le jour, tandis que la seconde est constituée de monstres ayant développé une civilisation souterraine avec des restes de technologies. Pal sait rester sobre, et jouer sur la suggestion, qu’il s’agisse d’une romance naissante avec Weena (Yvette Mimieux), ou des attaques des monstres, suggérés par de simples lumières dans leurs yeux. La grande force de La machine à explorer le temps repose sur ce contraste permanent entre émerveillement propre au genre et mélancolie existentielle, que permet le classicisme d’un récit qui va droit à l’essentiel. Cependant Pal ne conserve pas le final de Wells, qui voyait notre protagoniste découvrir la fin de la terre et des êtres vivants réduits à l’état de poulpes annonçant sa future Guerre des mondes, publié 3 ans plus tard.

la machine a explorer le temps 5À ce final pessimiste, bien que le protagoniste revînt à son époque, le cinéaste préfère un faux Happy End. Si George retourne vers le futur pour apporter la civilisation, Filby (dont on connaît la fin tragique) note les nombreuses possibilités pour notre personnage et le mystère qui les entoure. Une conclusion à la fois ouverte et pertinente. Sorti le 17 août 1960, La machine à explorer le temps connut un grand succès et remporta l’oscar des meilleurs effets spéciaux. Une suite fut envisagée, mais MGM refusa les différents scénarios imaginés par George Pal. Le film est devenu un classique auquel beaucoup se réfèrent, quand il s’agit du continuum espace-temps. Son futur « préhistorique » influença La planète des singes et L’âge de cristal. Le contraste « merveilleux et mélancolie » du voyage dans le temps sera repris dans Retour vers le futur, où la maison du Doc est remplie d’horloges. Idem pour celle de l’hôtel de ville qui peut être vue comme le mannequin qui accompagnait George à travers les différentes époques. Futurama y fit également référence à travers le pilote, où le futur de l’humanité nous est présenté en « accéléré », ainsi que dans l’épisode 7 de la saison 6 « Retour vers les futurs », dans lequel nos protagonistes empruntent une machine similaire au long-métrage de 1960. Dans Terminator, Sarah Connor demande à Kyle Resse « Comment sont les femmes du futur ? » Clin d’œil à une scène où Weena demandait à George « Comment était les femmes du passé ? » On peut également apercevoir la machine dans la série The Big Bang Theory et même dans Gremlins. À noter que son « design » fut l’un des précurseurs de l’esthétique « Steampunk ». La machine à explorer le temps bénéficia d’un nouvelle version en 2002 réalisé par Simon Wells, l’arrière petit fils d’Herbert George. La boucle était bouclée.

La machine à explorer le temps constitue une très belle adaptation de l’œuvre de H.G. Wells. Bien que différente, elle l’enrichit d’un point de vue humain, mais n’oublie pas forcément les fondements philosophiques de l’auteur de L’homme invisible. Une œuvre qui conserve encore aujourd’hui son pouvoir de fascination, grâce au soin artistique apporté par la brillante équipe qui l’a créée. Un classique intemporel.

FICHE FILM
 
Synopsis

Un scientifique vivant à l'époque victorienne fabrique une machine à voyager dans le temps et voyage loin dans le futur. Il s'aperçoit alors que la race humaine s'est divisée en deux espèces, une vivant à la surface, et l'autre sous terre. Quand sa machine est volée par le peuple souterrain cannibale, il doit risquer sa vie pour retourner dans son époque.