La La Land (Damien Chazelle, 2016)

de le 01/02/2017
 
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Damien Chazelle conclue sa trilogie du jazz avec une comédie musicale haute en couleurs mais manquant du charme et de la puissance de ses deux précédents films. Avec une merveilleuse Emma Stone et un Ryan Gosling avec ses défauts mineurs, si le réalisateur manque d’originalité dans ce qu’il nous raconte péchant parfois dans la surenchère visuelle, l’originalité de l’objet La La Land en fera, par sa rareté, une pièce rapidement indispensable du genre.

La La Land 1Devenu en seulement deux long-métrages l’un des réalisateurs les plus en vue du cinéma indépendant américain, Damien Chazelle était inévitablement attendu au tournant pour son La La Land. Grâce à la reconnaissance et la notoriété gagnées par son précédent Whiplash, ce projet de longue date d’une comédie musicale allait enfin pouvoir s’accomplir. Malgré les apparences trompées par une presse dithyrambique, son troisième film n’était pas un miracle assuré, mais un vrai pari en proposant une œuvre originale dans un secteur en crise. En effet, pour des questions de risque calculé, ce genre spécifique avait sombré depuis une bonne quinzaine d’années dans de banales adaptations de méga succès sur les planches, oscillant entre des navets inaudibles vite oubliés et des réceptacles clinquants pour des performances à oscars. Alors, La La Land mérite-t-il toutes ces louanges déversées quasiment jusqu’à l’outrance ?

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Écrit en 2010 après son premier film, La La Land prend enfin son envol vers les oscars en nous proposant une énième amourette dans les méandres de Los Angeles, la ville de tous les rêves. Celle-ci sera le théâtre de la rencontre entre une jeune actrice en quête de gloire et un musicien passionné cherchant à établir son club de jazz, dans la plus pure tradition. Deux personnages aux parcours différents et pourtant ô combien semblables que Damien Chazelle va confronter, non pas à un monde idéalisé, mais à une réalité plus concrète où le chemin de la réussite et de l’accomplissement passe aussi par des échecs et des déceptions. S’il ne manque pas d’idées et d’envie dans la chorégraphie de ses séquences musicales, Chazelle démontre étrangement un manque d’originalité dans son propos. La La Land referme une trilogie cohérente sur l’univers de la jeunesse amoureuse et du jazz. Chaque opus ayant son style et sa tonalité, son premier fougueux Guy and Madeleine on a Park Bench bénéficiait d’une étonnante fraîcheur avec son style inspiré du cinéma vérité et Whiplash se démarquait comme le deuxième acte plus sombre d’un ensemble. À nouveau en 2017, le réalisateur reprend cette vision simpliste en opposant l’amour à l’émancipation professionnelle et qu’il est parfois une chose à sacrifier sur l’autel de la réussite. Et pour un trompettiste, un joueur de batterie ou un pianiste, la femme n’y connaît rien à ce qu’est vraiment le jazz… Damien Chazelle aurait-il un message à nous faire passer ?

La La Land 3Cependant, celui-ci mesure son propos dans La La Land en offrant également au personnage de Mia une carrière à poursuivre, en reflet avec celle de Sebastian, faisant coexister son duo avec un juste équilibre. Or, malgré toutes les qualités que l’on pourrait trouver à Ryan Gosling, c’est bien Emma Stone qui vole la vedette à tout ce casting chantant et dansant. L’aisance naturelle de l’actrice dans tous les domaines transparaît à chacune de ses apparitions, joyeuses comme plus émouvantes, et son petit brin de voix de laisse pas indifférent de la puissance dramatique qui se cache derrière ce petit bout de femme. Face à elle, la prestation vocale de son partenaire masculin est loin de tenir la distance. Ryan Gosling est souvent obligé de rester dans le susurrement pour éviter de laisser dérailler son timbre dès qu’il s’agit de donner un peu de puissance à sa voix. Dommage que l’acteur accuse cette faiblesse à côté de ce qu’il déploie pendant le reste du film, prouvant qu’il n’est pas juste une belle gueule. Il reforme ainsi avec Emma Stone le duo de Crazy, Stupid, Love et l’alchimie entre les deux fonctionne encore très bien. Toutefois, il est curieux d’imaginer ce qu’aurait donné La La Land si le couple d’origine formé par Emma Watson et Miles Teller avait été maintenu.

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Autour d’eux, Damien Chazelle va reconstruire un Los Angeles lumineux et coloré, proche de celui du Punch-Drunk-Love de Paul Thomas Anderson. Un cinéaste qui n’est pas avare d’effets stylistiques dans sa mise en scène et c’est sans doute ce qui va desservir celui de La La Land. Dès l’ouverture, le film tombe dans la démonstration technique avec un grand numéro musical que l’on ne retrouvera plus ensuite. Les quinze premières minutes nous imposent, sans se laisser de véritables respirations, ce que la comédie musicale peut avoir parfois d’insupportable en tombant vite dans le trop et risquant de nous détacher du film en allant en totale contradiction avec les sentiments de ses personnages. Chazelle se prend plusieurs fois les pieds dans le tapis qu’il a lui-même tissé avec toute cette débauche d’effets et la sincérité du projet semble se fondre dans un spectacle plutôt artificiel que le réalisateur veut nous vendre. Les numéros de chant ou de danse paraissent ici moins naturels que ceux de son premier long-métrage. Le talent de metteur en scène et de monteur de Damien Chazelle repose surtout sur le travail fourni par son fidèle allié Justin Hurwitz. Si la musique joue évidemment un rôle très important comme l’un des thèmes fondamentaux de ses films, le niveau musical des bandes originales de ces derniers est également très élevé et rehausse à coup sûr la proposition cinématographique du réalisateur. Le compositeur maintient d’ailleurs l’unité de cette trilogie de Chazelle en reprenant pour une séquence de La La Land un de ses morceaux qui ouvrait Guy and Madeleine on a Park Bench.

La La Land 5La vision très idéaliste du réalisateur sur le monde du spectacle et son amour inconditionnel de la comédie musicale ne sont pas sans lien avec d’autres monuments du genre. La connexion avec l’univers de Jacques Demy n’est pas feinte et les références aux autres classiques du cinéma y sont évidentes. Tout en lançant un message assez naïf aux doux rêveurs à l’intégrité artistique farouchement indépendante, Damien Chazelle sait aussi user de la machinerie cinématographique à sa disposition, entre les dernières grues hollywoodiennes et les incrustations sur fonds verts, pour un spectacle plus grand public. Il se laissera néanmoins déborder dans une ouverture et un final superflus et qui parasitent son intention d’une œuvre assez intimiste. Il est d’ailleurs savoureux d’assister aux réactions déçues et surprises d’un public ne s’attendant qu’à une histoire idéalisée et positive dans une comédie musicale. N’hésitez pas à découvrir Les Parapluies de Cherbourg ou Les Rues de feu de Walter Hill qui offrent la même désillusion inattendue dans un style un peu plus flamboyant.

FICHE FILM
 
Réalisateur
Date De Sortie
Scénariste
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Directeur Photo
Compositeur
Distributeur
Nationalité
Synopsis

Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions. De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance. Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent… Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ?