La Fiancée de Frankenstein (James Whale, 1935)

de le 14/10/2016
 
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Tout comme son précédent opus, La fiancée de Frankenstein a droit également aux honneurs du Festival Lumière. Un choix logique tant cette suite constitue une véritable réussite surpassant l’original et ayant imposé à son tour un univers et un ton décalé qui auront marqué des générations de spectateurs et d’artistes.

la-fiancee-de-frankenstein-1Suite au succès du précédent volet, Universal décide de lancer une suite intitulé « The Return of Frankenstein ». Après avoir cartonné avec The Old Dark House et L’homme invisible le studio se tourne à nouveau vers James Whale pour la réalisation. Cependant le cinéaste refuse l’offre, jusqu’à ce que Universal consente à financer sa romance One More River en échange de cette suite où lui est promise une liberté artistique totale. Plus de 8 scénaristes participent à l’écriture dont R.C. Sherriff collaborateur de Whale, Philip MacDonald (Rebecca) et Edmund Pearson (Le monstre de Londres). Mais seuls John L. Balderston, déjà à l’œuvre sur le précédent opus et William Hurlbut (Images de la vie) seront crédités. Une partie de l’équipe technique et du casting reprennent leurs postes. Au cours d’une soirée, Whale fait la connaissance du compositeur Franz Waxman, dont il admire le travail sur Liliom de Fritz Lang, et lui propose la bande originale. Pris par le tournage de Mystery of Edwin Drood, Claude Rains renonce au rôle du Docteur Pretorius qui ira à Ernest Thesiger. Célèbre pour son rôle de Maria dans Metropolis, Brigitte Helm doit également renoncer à incarner la fiancée du fait de son récent mariage en Allemagne. Alors que Louise Brooks est également envisagée, le cinéaste jette son dévolu sur Elsa Lanchester, l’épouse de Charles Laughton. Quant à Valerie Hobson elle remplace Mae Clarke dans le rôle d’Elizabeth.

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Le tournage se déroule sur 49 jours entre janvier et mars 1935. Alcoolique, le chef opérateur John J. Mescall doit être amené en voiture tous les jours au plateau. Boris Karloff perd plus de 20 kilos à cause de la chaleurs des projecteurs. La fin envisagée est retourné en vue d’un happy end, tandis que le budget initialement prévu à 293750 dollars augmentera jusqu’à 397000. Plutôt qu’enchainer directement après les évènements du 1er volet, Whale opte pour un prologue prenant place lors du fameux week-end au Lac Léman en 1816 où Mary Shelley (Elsa Lanchester) eut l’idée de son histoire. La romancière se remémore son récit sur un ton enjoué au côté de son époux et de Lord Byron (Gavin Gordon). Cette suite en profite pour adapter de nombreux éléments de la deuxième partie du livre, qui n’avaient pu être mis en images. Alors que le 1er film était une œuvre de pure épouvante, cette suite mise d’avantage sur l’humour macabre sans pour autant délaisser les enjeux philosophiques et subversifs qui faisaient la force de son prédécesseur. Auparavant suggérée, la dimension christique du monstre interprété par Karloff est clairement assumée lorsque ce dernier est capturé par les villageois dans une forêt. Désormais conscient de son statut de mort vivant et de sa monstruosité physique qu’il l’excluront à jamais du monde des humains il cherche du réconfort. Attiré par l’Ave Maria joué au violon, il trouve refuge chez un ermite à l’allure de moine, dans la scène la plus poignante du long métrage.

la-fiancee-de-frankenstein-3La fiancée de Frankenstein est l’histoire d’un être rejeté par la société en quête d’amour. Cette quête de l’être aimé, le conduira à réclamer à Henry Frankenstein la confection d’une créature semblable à lui. Cinéaste ouvertement homosexuel, ayant subit la discrimination du milieu cinématographique au point d’être surnommé « Queen of Hollywood » par ses confrères, Whale à conçu les deux volets de Frankenstein comme l’expression de son rejet. Bien qu’il réfutait l’étiquette d’artiste homosexuel, et qu’il souhaitait être reconnu comme un simple artiste, son long métrage aura eu une importance fondamentale dans l’art « camp ». Chaque scène de La fiancée de Frankenstein peut se voir comme une critique à l’égard des mœurs sociales et spirituelles de l’époque. Lorsque la créature déclare préférer les morts aux vivants, elle ne déclare rien d’autre que son rejet du monde tel qu’il est admis. Le Docteur Pretorius se rapproche d’avantage d’un alchimiste que d’un scientifique. Les différents personnages qu’il a créés et conservés dans des bocaux : un roi, une rêne, le diable, une sirène.. . démontrent sa faculté à contrôler des représentations mythologiques ayant trait au pouvoir et à la séduction. L’humour camp du film dissimule une véritable œuvre gnostique dont la dimension ésotérique trouve ses racines dans les courants artistiques européens de l’entre deux guerres.

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Lorsque Whale entreprend la production de son film, la montée du nazisme en Europe a mis à mal de nombreux courants artistiques qui trouvaient leurs racines dans la période trouble de l’entre deux guerres, ainsi que dans le mouvement romantique et la réactualisation de mythes et légendes, popularisé par l’expressionnisme allemand et les films « mythologiques » danois comme La sorcellerie à travers les âges. La fuite des talents aux USA aura des répercussions sur les productions américaines, dont les films d’épouvante développés par Universal, qui accueille de nombreux techniciens étrangers. À cette époque, le studio américain peut être considéré comme le dernier refuge du fantastique cinématographique européen. En y injectant ses propres obsessions, Whale aura poussé à son paroxysme l’art du cinéma fantastique de l’entre deux guerre dont La fiancée de Frankenstein peut être vu comme l’aboutissement. Le climax qui voit la naissance de la fiancée, dont le design fut inspiré par la reine égyptienne Nefertiti, prendre peur à l’arrivée de son futur mari en est la preuve éclatante. Le cinéaste ayant profité de cette suite pour perfectionner sa mise en scène notamment lors du final tout en débullé et montage violent à la limite du constructivisme russe. Tandis que la musique de Waxman confère à l’ensemble du film une dimension proche du conte de fées, finissant de faire de La fiancée de Frankenstein un chef d’œuvre iconoclaste.

la-fiancee-de-frankenstein-5Sorti le 19 avril 1935, le long métrage rapporta l’équivalent de 27, 4 millions de dollars actuels et obtient une nomination aux Oscars pour le son. À l’instar de son prédécesseur le long métrage fit son entrée au National Film Registry et reste considéré comme l’un des films les plus importants de l’histoire de cinéma souvent cité dans les classements rétrospectifs, notamment par le Time. Le long métrage eu un impact considérable sur la Pop Culture. L’apparence de la fiancée influença Matt Groening pour Marge Simpson et Richard O’ Brien pour Magenta dans The Rocky Horror Picture Show. L’écrivain Neil Gaiman le considère comme l’un de ses films fétiches, tout comme le comédien Willem Dafoe. De nombreux cinéastes tels que Guillermo del Toro, Tim Burton, John Carpenter, Joe Dante, John Landis, Rob Zombie, Edgar Wright ou encore Steven Spielberg et Martin Scorsese, qui faillit réaliser un remake télévisuel au début des années 90, lui vouent une grande admiration.

À l’instar de son prédécesseur, La fiancée de Frankenstein est une date dans l’histoire du cinéma. Ayant transcender le 1er volet pour une approche beaucoup plus personnelle et iconoclaste il est l’une des premières déclaration d’amour cinématographique à l’égard des monstres tels qu’on l’entend aujourd’hui. Une merveille intemporelle, à la fois drôle et profondément émouvante, toujours aussi moderne et passionnant à regarder.

FICHE FILM
 
Synopsis

Le Dr Frankenstein et sa créature ont survécu. Un savant fou, le Dr Pretorius, kidnappe la femme du Dr Frankenstein, et l'oblige à tenter de nouveau l'horrible expérience, dans le but cette fois de créer un monstre féminin...