King Kong contre Godzilla (Ishiro Honda, 1962)

de le 20/04/2014
 
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Godzilla, Episode 3. Si King Kong se battait contre Godzilla, qui gagnerait ? C’est la question existentielle que chaque fan de monstres sacrés du cinéma s’est posé au moins une fois dans sa vie. Heureusement pour eux, un film entier y consacre la réponse en faisant s’affronter les deux titans, chacun représentant le pays de leurs créateurs. Prêts pour le match du siècle ?

king kong contre godzilla 1King Kong contre Godzilla. La simple évocation du titre peut rendre le sourire au cinéphage le plus blasé. Même 50 ans après sa sortie, le projet semble encore tenir autant du rêve fou que de la réalité. Comprenez bien qu’en 1962, les grands crossovers ne sont pas monnaie courante. Certes, Universal avait fait s’affronter Frankenstein (enfin, sa créature) et le Loup-Garou et Abbot et Costello ont eu leur lot de rencontres, mais jamais rien d’une telle ampleur.

L’idée de base vient de Willis O’Brien, animateur du King Kong d’origine de 1933, qui voulait le faire s’affronter contre la créature de Frankenstein. Après bien des années et des refus des studios, son idée pris forme chez la Toho, qui voulait ramener Godzilla sur le devant de la scène après une absence de 7 ans des écrans. L’idée sur le papier est plutôt étrange : Godzilla fait dans les 50 mètres, King Kong à peine 8. Godzilla a un souffle nucléaire, il est quasi-immortel et mange des tanks au petit-déj, alors que King Kong peut se faire tuer avec de simples balles. Or, Godzilla, à l’époque, est encore considéré comme un méchant et King Kong comme un anti-héros populaire. Le combat est donc naturellement ré-équilibré en faveur du gorille. Ici, il fait la même taille que Godzilla, a une force équivalente et passe de l’animation en stop-motion de ses origines au cascadeur en costume au milieu de maquettes, la méthode japonaise.

Ishiro Honda en profite pour revenir à la franchise et la moderniser pour coller à son public, beaucoup plus jeune qu’en 1954. Le propos engagé et la terreur du nucléaire en noir et blanc font place à la comédie infantile et la couleur, pour la première fois utilisée dans la franchise. C’est cette orientation qui va dominer la franchise pour les 20 prochaines années. Godzilla va tendre de plus en plus à l’anthropomorphisme, au gag, au cliché et à la facilité.

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L’histoire est cousue de fil blanc et sert uniquement prétexte à l’affrontement des deux monstres et rien d’autre : Godzilla est réveillé de l’iceberg qui le retenait prisonnier du précédent volet (Le Retour de Godzilla) et un patron industriel a l’idée saugrenue de ramener King Kong de Faro island (oui, Faro, pas Skull) au Japon pour le faire affronter Godzilla et en faire des émissions TV à forte audience. Et. C’est. Tout. Dès lors, toutes les scènes avec les êtres humains servent tout juste de commentaires aux combats (avec analyses, pronostics et rappel des enjeux du match, notamment une scène surréaliste comparant la taille des cerveaux des deux monstres) ou de remplissage ennuyeux à mourir et le reste du film se cantonne aux combats. On est dans le Kaiju-Eiga classique de base.

Venons-en au principal : le combat qui donne au film son titre. Le premier round s’arrête vite lorsque Godzilla envoie son rayon atomique, King Kong étant surclassé clairement. Un peu plus tard, Godzilla se prend 1 million de volts par l’armée japonaise, mais le courant passe par King Kong et le rend d’un coup bien plus puissant. Admettons.

king kong contre godzilla 4On en arrive donc au combat final, qui figure dans les annales du film de monstres. Kitchissime, oscillant entre drôle et affligeant, le combat ne semble jamais épique ou particulièrement bien réalisé. Le film est sur-éclairé, saturant les couleurs, et les cadres sont trop souvent à niveau des personnages, en pleine nature. Le costume de King Kong est totalement raté et peut donner des cauchemars à tout designer actuel. Tout ceci accentue le côté faux et ridicule. Les deux costumes sonnent toujours faux et ne sont presque jamais mis bien en valeur. On gardera juste quelques idées devenues cultes, comme King Kong faisant avaler un arbre à Godzilla ou celui-ci sautant en donnant un coup de pied au gorille.

Si le film est devenu culte, c’est aussi pour une légende urbaine qui mérite quelques éclaircissements. Bien avant l’ère d’internet, et pendant des décennies, des cinéphiles ont fait courir la rumeur selon laquelle il existait 2 fins aux films : la version occidentale, dans laquelle King Kong gagnait, et la version japonaise, dans laquelle c’était Godzilla qui sortait vainqueur du combat. Aujourd’hui, on dispose des 2 montages, certes différents, mais pas au point de modifier à ce point la fin. Dans les deux versions, les deux monstres se battent à mort jusqu’à plonger dans la mer, d’où ne ressort que King Kong, vainqueur par défaut.

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Il y a cependant une différence majeure entre les deux versions : dans la version occidentale, il ne fait aucun doute que Godzilla est mort et seul le cri de King Kong s’entend au générique. Alors que dans la version japonaise, les dialogues disent clairement que Godzilla a pu s’en sortir vivant et on peut entendre les rugissements des deux monstres au générique de fin. Autrement dit, la légende, bien qu’infondée, a une part de vérité qui révèle le schisme des cultures.

Au-delà de ce type d’anecdotes (notamment la présence de Mie Hama, James Bond Girl 5 ans plus tard dans On ne vit que deux fois) et de la simple existence d’un tel projet, le film n’a pas grand chose pour lui. Mou, incohérent (les pouvoirs de King Kong se basant sur le courant électrique) et plutôt avare en effets spéciaux ou en enjeux, King Kong contre Godzilla est un rendez-vous manqué avec l’Histoire et déçoit d’autant plus que c’est Honda qui est responsable de l’infantilisation de la franchise.

Un épisode franchement dispensable.

FICHE FILM
 
Synopsis

Libéré de l'iceberg qui le tenait prisonnier, Godzilla se dirige vers Tokyo pour se venger. Sur Faro Island, un gorille géant nommé King Kong est découvert et ramené au Japon. Un riche industriel profite de la présence des deux monstres sur le sol japonais pour tirer parti médiatiquement de leur rencontre. Fatalement, King Kong finit par rencontrer Godzilla et c'est ainsi que démarra une belle amitié, courte, mais intense.