Kakekomi (Masato Harada, 2015)

de le 29/11/2015
 
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Parmi les différents films de la compétition officielle du Festival Kinotayo, Kakekomi du touche à tout Masato Harada est une œuvre intéressante qui sans révolutionner le genre s’avère particulièrement agréable à suivre dans sa volonté artisanale et sans prétention de raconter une bonne histoire.

KAKEKOMIPour son nouveau long métrage le comédien Masoto Harada (Le maitre d’armes) à décidé d’adapter le roman « Tokeiji Hanadayori » de Hisashi Inoue auteur et activiste pacifiste ayant questionné les contradictions de son pays. Prenant place dans le japon de l’ère Edo en 1841 le film démarre par des femmes enchainées les unes aux autres promises à un sombre destin. Deux d’entre elles, Jogo (Erika Toda de Death Note) et Ogin (Hikari Mitsushima vue chez Sono Sion dans Exte : Hair Extensions et Love Exposure) parviennent à s’échapper et font équipe lors d’une traversée nocturne qui les mèneront jusqu’au temple Kokeji à Kamakura. L’arrivée au refuge permet au cinéaste de jouer sur le champ-contre champ comme vecteur de suspense en se focalisant entièrement sur le point de vue des deux femmes. Une fois à destination, le film recentre son histoire sur la vie quotidienne des deux évadées au sein du temple et leur rencontre avec Shinjirō Nakamura (Yo Oizumi) écrivain en herbe et médecin en lien avec les femmes du temple. Les qualités de Kakekomi résident avant tout dans ses personnages et leurs interprètes. En dépit de leurs souffrances Jogo et Ogin vont chacune retrouver goût à la vie.

KAKEKOMI

Si le film aborde la condition de la femme à l’époque de l’ère Edo, il ne sombre jamais dans les travers d’une allégorie contemporaine et préfère se concentrer sur la renaissance de ces dernières en dépit des souffrances d’Ogin. Idem pour le sous texte sur l’intolérance religieuse. Bien que le film mette en avant certains aspects de la vie cérémonielle, elles ne tombent jamais dans le piège du « cinéma touristique » car utilisé à des moments précis dans le but de faire avancer l’histoire et sont même l’occasion pour Harada d’expérimenter le montage en jouant sur l’avant et l’arrière plan. L’autre point fort du long métrage est sans conteste Shinijirô. Déjà présent au doublage du Garçon et la bête de Mamoru Hosoda, Yo Oizumi s’avère ultra charismatique dans la peau d’un anti héros dont le jeu hérité du splastick sied à merveille son statut d’anti héros qui doit sa survie à ses coups de bluff improvisés et non à sa force physique. Sans jamais être pris de haut, ce personnage maladroit et terriblement enfantin est pour beaucoup dans l’affection que l’on peut éprouver à l’égard du film. Si le choix de placer l’histoire dans un temple n’est pas sans rappeler certains classiques de l’histoire du cinéma, Le Narcisse noir notamment, Kakekomi n’a aucune autre ambition que de raconter sa propre histoire qui se suffit à elle même. Si la réalisation de Harada a tendance à utiliser tous les axes envisagés lors du tournage et à gâcher par moment la chorégraphie des combats pourtant prometteuse sur le papier, elle s’avère beaucoup plus intéressante dans sa gestion du rythme.

KAKEKOMIÀ chaque moment clé, le cinéaste prend soin d’épurer son cadre et de jouer sur la spatialisation et les rapports de force entre les personnages. Voir à ce titre l’utilisation étonnamment classieuse du zoom lors d’un échange entre deux personnages plongés dans la pénombre. Idem pour certains ralentis et surimpressions souvent utilisés sous forme d’insert. Le tout baignant dans une lumière aux teintes douces et harmonieuses notamment lors des séquences nocturnes. Une photographie que l’on doit à Takahide Shibanushi ancien collaborateur de Kiyoshi Kurosawa. Le tout bénéficiant d’un scope soigné. Tous ses éléments en apparence anodines permettent de donner du relief à l’ensemble et font preuve d’un vrai soin vis à vis de l’histoire racontée. Le tout trouvant sa conclusion lors d’un final où les maladresses du héros auront permis de sauver le temple et de prouver sa vraie valeur. Une vision humaniste des personnages qui finit par rendre Kakekomi particulièrement touchant.

Petit film sans prétention, Kakekomi témoigne d’une volonté artisanale tant par sa narration que par ses interprètes. La réalisation se permettant même quelques fulgurances bien senties qui permettent à l’ensemble de dépasser légèrement son cadre pour toucher à quelque chose de plus personnel voir universel, comme l’atteste son final. Une belle petite réussite.

FICHE FILM
 
Synopsis

1841, ère d’Edo. Le temple Tokeiji, à Kamakura, permet aux femmes d'obtenir exceptionnellement le divorce, par mandat du shogunat. Shinjiro, docteur novice et aspirant écrivain, vit dans l’auberge officielle du temple. Il est fasciné par la diversité des situations qui ont mené ces femmes à venir chercher la protection que leur offre le statut de «kakekomi».