Jurassic World (Colin Trevorrow, 2015)

de le 09/06/2015
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Alors qu’un septuagénaire australien semble avoir redéfini les codes du blockbuster post-moderne, Jurassic World de Colin Trevorrow pointe le bout de son museau. La comparaison avec Fury Road est en quelque sorte inévitable, puisque dans un cas comme dans l’autre il s’agit de la reprise d’une licence cinématographique connue. S’armant d’un pitch toutefois aguicheur basé sur le concept idéal au possible pour une éventuelle suite de la saga initiée par Steven Spielberg, Jurassic World s’échoue dans les limbes du blockbuster générique, une production de plus sans grand intérêt ni grande ambition autre que celle de surfer sur la licence exploitée.

Jurassic World 1Prendre un « jeune » réalisateur de la scène indépendante pour le propulser aux commandes d’un blockbuster semble être une des nouvelles normes pour les studios américains (lorsqu’il ne s’agit pas d’un quelconque technicien qu’on sera directement allé chercher à la télévision). Après Mark Webb, Gareth Edwards ou encore Patrick Hughes, c’est au tour de Colin Trevorrow de passer à la moulinette hollywoodienne. Si nous insistons autant sur ce point, ça n’est pas par quelconque soucis de politique des auteurs (ou fauteurs ?), mais parce que ceci semble être symptomatique de tout ce qui ne va pas dans Jurassic World : il n’y a pas de capitaine à la barre. Loin de nous l’envie de blâmer Trevorrow de ne pas être Steven Spielberg, mais lui-même ne semble pas désireux plus que cela de s’en émanciper ou de proposer autre chose. Auteur broyé par Hollywood ou plus simplement sans idées, on laissera la question en suspens, quand bien même la réponse est à l’écran.

Jurassic World 2

On a dûment vendu Jurassic World sur cette histoire de parc enfin ouvert, mettant en perspective tout le potentiel offert par une tripotée de dinosaures lâchés au milieu de la foule. Et à nouveau, c’est le choix de scénario le plus intéressant pour reprendre l’univers là où il s’est arrêté après le film de Joe Johnston. Mais tout le long du métrage, on questionne l’intérêt du concept tant il est à peine exploité. Il faut tout de même endurer une interminable exposition (près de trente minutes, c’est pénible pour un univers aussi léger et habituel que celui de Jurassic World, quand le film de George Miller a deux minutes d’exposition montre en main) dévoilant le contexte le plus lambda possible. C’est plat comme l’exposition d’un Hunger Games, et tourné de la même manière. A aucun moment la magie de la redécouverte n’opère, et ça n’est sûrement pas en apposant le thème de John Williams de manière automatique qu’une alchimie va se créer. Les enjeux sont pauvres et Trevorrow se retrouve même, peut-être sans le vouloir, à remaker le premier Jurassic Park dans tout ce segment mettant en scène les deux garçons égarés dans le parc. Jurassic World devient un banal film d’aventure constitué de péripéties vues et revues : on est fort loin de la diversité cinématographique des volets spielbergiens.

Jurassic World 3D’autant plus terrible, car Jurassic World place a en son sein des personnages lisses et unilatéraux, campés par des acteurs qui le sont tout autant ou pas loin. On retrouve le produit d’Hollywood Chris Pratt portant mollement sur ses épaules le film. Mais peut-on le blâmer ? Lui, comme d’autres, n’est qu’un pauvre engrenage de ce scénario fonctionnel. Tout comme le pourtant génial Vincent D’Onofrio, que l’on affuble d’un bad-guy vain et idiot (on parle tout de même d’un personnage qui a pour objectif de faire des dinosaures soldats – le niveau est là), alors que l’intrigue ne devrait pas en avoir besoin. C’est sans parler du cas Omar Sy, adjuvant pour le coup inutile au scénario, que l’on croirait placé à l’improviste dans le film. A aucun moment Jurassic World ne souhaite creuser la profondeur de ses personnages, comme le premier volet questionnait leurs enjeux et leurs quêtes respectives de connaissance ou de pouvoir.

Jurassic World 4

Alors que l’intrigue progresse (laborieusement), on se rend de plus en plus compte que le film n’a rien à proposer et capitalise trop sur de vulgaires gadgets que l’on rend plus ou moins fonctionnels dans le scénario : son « Indominus Rex », le mosasaure, l’escouade de raptors… Où est l’intelligence de l’écriture ? Qu’en est-il des thématiques que le sujet permet d’aborder ? Les enjeux dramatiques ? Là où le scénario de Michael Crichton et David Koepp s’interrogeait sur la société du divertissement, le film de Trevorrow semble bêtement s’y complaire. Jurassic World prend l’apparence d’un produit dérivé de Jurassic Park, et devient finalement un parc d’attractions cinématographique, un vulgaire divertissement censé faire la joie des amateurs de dinosaures, sur lequel on pourrait rajouter la tagline « Prolongez l’aventure ! » TM. C’est tout de même désespérément sordide d’avoir réduit la franchise à cela. L’acte final du film valide l’hypothèse dans cette orgie d’action à base de dinosaures numériques qui cassent un décor numérique : le Transformers qui ne s‘assume pas n’est pas loin. Le dénouement de la séquence, idiot au possible, risque d’en faire bondir plus d’un.

Jurassic World 5Le seul effort que l’on pourrait éventuellement noter est celui d’avoir rendu « utile » le fan-service, de ne pas trop l’avoir jeté à la figure du spectateur (à quelques détails près). A défaut d’être intelligent, le placement n’est pas trop malhonnête ou abusif. Mais il conforte la pénurie d’idées de cette nouvelle mouture. Pénurie à tous les étages, d’ailleurs, puisque Michael Giacchino lui-même semble en panne, ayant activé le mode automatique « ersatz de John Williams » qui le caractérise malheureusement dans toutes ses dernières partitions. Sans intention, sans réalisation (il n’y a pas une seule idée de mise en scène en deux heures de film), sans audace aucune, Jurassic World s’inscrit dans la moyenne (très) basse des blockbusters contemporains : des productions vulgaires, lisses et sans âme. Ou plus familièrement, pour citer directement le docteur Ian Malcolm : « C’est vraiment un gros tas de merde ».

FICHE FILM
 
Synopsis

L’Indominus rex, un dinosaure génétiquement modifié, pure création de la scientifique Claire Dearing, sème la terreur dans le fameux parc d’attractions. Les espoirs de mettre fin à cette menace reptilienne se portent alors sur le dresseur de raptors Owen Grady et sa cool attitude.