Jason Bourne (Paul Greengrass, 2016)

de le 10/08/2016
 
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Quatre ans après l’échec du spinoff avec Jeremy Renner, ce Jason Bourne qui voyait revenir Matt Damon et Paul Greengrass derrière la caméra était très attendu pour relancer la franchise des années 2000. Mais malgré leur retour, l’univers peine sérieusement à se renouveler aussi bien dans la forme que dans le fond. Seul le talent du cinéaste pour mettre en scène les courses-poursuites effrénées ne semble pas prendre de ride.

Jason Bourne (2016)Été 2007, c’est après de nombreuses péripéties que l’agent surentrainé Jason Bourne retrouvait enfin sa mémoire perdue. L’acteur Matt Damon et le cinéaste Paul Greengrass avaient fait le tour de la question en ayant adapté la trilogie d’espionnage écrite par Robert Ludlum sur le grand écran. Il paraissait peu probable que le personnage revienne un jour, laissé pour mort et le secret de son programme à la CIA éventé. C’était sans compter sur la persévérance des studios Universal qui ne comptaient pas voir s’envoler l’une de leurs poules aux œufs d’or et, comme Matt Damon n’était plus enclin à revenir jouer des coudes, ce fut à Jeremy Renner de reprendre le flambeau en 2012 dans un spinoff intitulé Jason Bourne : L’Héritage. Or, le succès mitigé de cet épisode parallèle donnait peu d’espoir dans une nouvelle trilogie portée par l’agent Aaron Cross. C’est alors, en se montrant plus insistant encore, que les studios parvinrent à convaincre Damon et Greengrass de rempiler pour un troisième opus commun sortant en ce morne été 2016 en blockbusters réussis.

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« Je me souviens de tout ». C’est avec ces mots, sur fond de la bande originale de nouveau composée par John Powell, que Jason Bourne ouvre son retour presque 10 ans en dehors du système. Wiki Leaks, Snowden, les plus grands scandales et cas d’ingérences internationales de la part des Américains sont issus du monde de l’informatique et de la surveillance qui faisait son domaine d’expertise. Entre temps ? Hanté par ses souvenirs de mort des précédents épisodes, l’ex-agent aura surtout passé ce laps de temps à refaire sa vie en se bâtissant une musculature impressionnante dans des combats de gitans qu’il règle à la Brad Pitt dans Snatch. Bon, Jason Bourne semble définitivement hors course. Mais c’est à cause de son ancienne collègue et amie Nicky Parsons (Julia Stiles) qu’il va replonger. Cette dernière réussira à pirater des serveurs ultra protégés de la CIA, afin de s’emparer de dossiers confidentiels en rapport avec de nouveaux programmes d’entrainement de leurs agents. Repérée, son personnage va déclencher malgré lui le premier gros paradoxe du long-métrage. Certes, il était difficile de s’accorder avec le réalisme technologique que proposait déjà les ouvrages de Ludlum, puis les films qui en furent tirés. Il en va de même aujourd’hui dans ce Jason Bourne. À ceci près que s’il faut moins d’une trentaine de secondes aux serveurs de la CIA pour retrouver le personnage de Julia Stiles sur simple reconnaissance faciale, qu’en est-il de leur compétence pour repérer celui de Matt Damon qui ne fera que filer entre leurs doigts durant tout le film ?

Bourne 5Ce ressort d’écriture, posé là pour mieux dépeindre la puissance de l’agence d’espionnage américaine, ne fera que remettre en cause sa pertinence vis-à-vis de la traque de Bourne. Car lorsque Nicky Parsons viendra le retrouver dans une Athènes au bord de la guerre civile après la crise de 2008, l’essentiel du suspense reposera sur le même modèle que les précédents chapitres : une salle de crise surveillant en direct et sans latence toutes les caméras possibles et inimaginables d’une ville entière, en guidant à distance leur mortel “atout” (Vincent Cassel) pour abattre leurs cibles en fuite. Il est dommage de prendre les mêmes et de recommencer exactement la même chose, sachant que Paul Greengrass a négocié dans son retour l’écriture du scénario avec Christopher Rouse, son monteur depuis La Mort dans la peau. L’histoire n’est cependant pas si déconnectée que cela du monde réel. Elle pense à s’inspirer d’éléments très actuels avec le questionnement sur la limite entre la liberté privée et la raison d’état en terme de sécurité nationale. À Washington, Tommy Lee Jones en patron de la CIA négocie avec l’archétype protéiforme des nouveaux golden boys de la Silicon Valley pour craquer les codes de cryptage de sa nouvelle application de réseau social Deep Dream. Mais à l’heure de la marchandisation des données personnelles dans le big data et des écoutes mondiales généralisées par la NSA (dont le nom n’est jamais prononcé durant le film), la vision manichéenne que nous propose le scénario paraît trop angélique et déjà bien obsolète. Comme le sera critiqué le vieux briscard à la tête de la CIA par l’ambitieuse jeunette Alicia Vinkander sous ses ordres, le film semble d’un autre temps, dépassé par l’évolution du monde dans lequel il veut s’inscrire (et devancer).

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Toutefois, Bourne ayant depuis retrouvé tous ses souvenirs, une zone d’ombre va lui faire remonter à la surface le flashback de la disparition de son père qui travaillait à la CIA et assassiné dans l’explosion de sa voiture à Beyrouth sous les yeux de son fils. Sa nouvelle motivation pour reprendre du service sera dans ces fichiers récupérés qui renferment un lourd secret dans la raison de l’engagement du soldat David Webb à devenir l’agent Jason Bourne. Bien que certains duels percutants avec lui ne sont pas toujours clairement justifiés, les scènes d’action restent rondement menées par Paul Greengrass. L’orchestration de celle d’Athènes ou de la puissante course-poursuite en plein Las Vegas est digne de la tradition instaurée par la saga, même si la survie du personnage de Matt Damon à ces violentes séquences dépend désormais plus du facteur chance, à la différence de sa maîtrise de chaque instant affichée dans la trilogie initiale. Mais le cinéaste a du mal à rivaliser avec son propre talent d’il y a dix ans pour faire plus impressionnant encore que La Vengeance dans la peau ou Green Zone. Consolons nous en sachant que celui-ci prépare chez Sony une adaptation du 1984 de George Orwell, tandis que la conclusion de ce nouveau Bourne s’ouvre pour mieux relancer la franchise vers un très probable sixième volet.

FICHE FILM
 
Synopsis

Matt Damon revient dans son rôle le plus emblématique, Jason Bourne. Paul Greengrass, le réalisateur de LA MORT DANS LA PEAU et LA VENGEANCE DANS LA PEAU, se joint une nouvelle fois à Matt Damon pour ce nouveau chapitre de la franchise Jason Bourne, dans lequel l’ancien agent le plus mortel de la CIA se voit forcer de sortir de l'ombre.