Jack Reacher: Never Go Back (Edward Zwick , 2016)

de le 19/10/2016
 
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Après un premier opus plus que convaincant, presque anachronique et en marge de ce que produit aujourd’hui le cinéma d’action US, le retour de Jack Reacher, cette fois devant la caméra d’Edward Zwick, était plutôt attendu. Malheureusement, il semblerait que Christopher McQuarrie soit parti avec tout ce qui faisait le charme de cette nouvelle franchise qui s’enfonce dans les limbes de la normalité.

Jack Reacher: Never Go BackChristopher McQuarrie avait frappé très fort avec son petit thriller d’action aux accents 70’s, préférant au spectaculaire un style sec et offrant à Tom Cruise un des rôles les plus intéressants de ses dernières années. Une suite n’était pas nécessaire mais le personnage suffisamment attachant et en marge qu’il reste exploitable sur de multiples aventures. Plaisir de retrouver la superstar en mode badass donc, sauf que rapidement le choix de confier cette suite à Edward Zwick, capable de très belles choses dans des grandes fresques historiques (Glory, Légendes d’automne, Le Dernier samouraï…), est loin d’être judicieux. Les retrouvailles entre le réalisateur et Tom Cruise prouvent que l’acteur est seul maître à bord face à un chef d’orchestre en retrait, et pas très à l’aise pour mettre en images un récit à sa gloire. Et que l’acteur se retrouve à porter un film faiblard quand le réalisateur n’est pas à la hauteur. Avec Jack Reacher: Never Go Back, tout l’intérêt se situe dans le prologue. Une séquence extrêmement efficace et qui prolonge brillamment l’esprit du premier opus. Sauf qu’ensuite les choses se gâtent assez vite.

Jack Reacher: Never Go Back

Jack Reacher: Never Go Back se mue de minute en minute en un ersatz sans grande saveur de tous ces thrillers sous influence Jason Bourne. La mise en scène sans génie est propre, le film toujours lisible jusque dans ses rares scènes d’action, mais aucune empreintene s’en dégage. Ainsi, Tom Cruise va voyager dans différents lieux, en faisant du stop, en volant des bagnoles ou en prenant le bus. Il va se perdre dans un jeu de séduction maladroit, découvrir l’angoisse d’être (ou de ne pas être) père, casser la gueule à plein de méchants très très méchants et fuir, fuir, et encore fuir. Avant que – ô surprise – il arrête de fuir et se mette à chasser. Si l’intrigue du premier épisode n’avait rien de révolutionnaire, celle de cette suite est convenue au possible, jouant sur des effets de surprise faisandés et une quasi-absence de toute rythmique. Sacré paradoxe qu’un film avec des personnages autant en mouvement – ils ne se posent que très peu – mais paraissant autant faire du surplace. Il lui manque clairement l’énergie du premier film, la comparaison avec ce qu’a par exemple fait Paul Greengrass sur Bourne n’étant même pas envisageable tant il y a un monde entre les deux approches.

Jack Reacher: Never Go BackPour autant, que le film soit mollasson passerait encore s’il bénéficiait d’un script un brin intéressant. Or, c’est le vide intersidéral. L’aspect paranoïaque de l’intrigue, sur fond de manipulation des autorités par la corruption et les trafics en tous genres, ne prend jamais et brise violemment l’héritage 70’s de la saga. Au lieu de ça, il faut se farcir un récit calibré au possible et aux enjeux plus que limités. Le principal intérêt se trouvant dans l’évolution du personnage de Jack Reacher dans son rapport à la paternité tout en essayant de conserver son caractère « cool ». Ce qui est plutôt réussi même si l’ensemble finit par sérieusement dégouliner quand Henry Jackman se met à sortir les violons pour forcer l’émotion plus que de raison. Évidemment, Tom Cruise assure tout de même, ne misant plus que sur son charisme naturel et écrasant une Cobie Smulders dont le personnage ne présente que peu d’intérêt au final. Le tout avec son lot de moments presque gênants quand le jeu de séduction l’emporte dans des chambres d’hôtel miteuses. A cela s’ajoutent des bad guys qui manquent cruellement de charisme et qui finissent d’inscrire ce Jack Reacher: Never Go Back dans la « grande » tradition des séries B d’action 90’s, aux intrigues interchangeables, pauvres en action, manquant terriblement de singularité, de style et finalement d’intérêt.

FICHE FILM
 
Synopsis

Jack Reacher est de retour, prêt à tout pour obtenir justice. Susan Turner, qui dirige son ancienne unité, est arrêtée pour trahison : Jack Reacher ne reculera devant rien pour prouver l'innocence de la jeune femme. Ensemble, ils sont décidés à faire éclater la vérité sur ce complot d'État.