Iron Man 3 (Shane Black, 2013)

de le 22/04/2013
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Il était attendu comme le messie ce nouvel opus de la saga Iron Man. Autant comme point de lancement de la fameuse phase 2 Marvel que comme le retour de l’immense Shane Black, icône indéboulonnable du cinéma d’action des années 80-90 qui n’a plus rien fait de bien sérieux depuis bientôt 20 ans. Las, Iron Man 3 est du niveau des précédents, sauf qu’à l’indifférence polie s’ajoute cette fois une immense déception.

Si Iron Man premier du nom avait le mérite de constituer un produit certes calibré mais loin d’être détestables, Iron Man 2 et son humour un peu rance, malgré un savoir-faire technique toujours aussi solide, enfonçait gravement la saga pour la mener vers ce feu d’artifice de tape-à-l’oeil mal fichu appelé Avengers. Oui mais voilà, Marvel et Disney nous l’avaient promis, avec la phase 2 tout va changer, les superhéros vont entrer dans une ère plus adulte. La preuve, les films sont cette fois confiés à des grands auteurs confirmés ou aux plus belles valeurs montantes du cinéma populaire ou de la TV. Dit comme cela, c’est attrayant, surtout quand le grand auteur en question est celui qui signa de sa plume ces merveilles que sont L’arme fatale 1 & 2, Le Dernier samaritain ou Last Action Hero. Malheureusement, il faut se faire une raison, si son Kiss Kiss Bang Bang est des plus sympathiques, Shane Black n’est pas un grand réalisateur et on avait du mal à le voir s’imposer sur un projet de l’ampleur d’Iron Man 3, sensation qui se confirme à la vision de la chose. Iron Man 3 est un film malade dans lequel la signature de l’auteur se voit balayée par les velléités économiques de Disney dont le but n’est pas de faire des films mais de vendre des jouets. Alors c’est toujours aussi impressionnant comme étalage de pognon à l’écran, il y a des effets numériques magnifiques dans tous les coins, Robert Downey Jr. est toujours un showman exceptionnel mais le résultat ne vole pas plus haut que ses prédécesseurs. Pire, la présence de cet auteur qu’on a tant aimé derrière la caméra, le froc baissé jusqu’aux genoux devant les exécutifs du studio, ne peut que filer la gerbe.

IRON MAN 3

L’ombre de Shane Black dans Iron Man 3 ? On la sent planer sur 4 séquences tout au plus, et en particulier dès lors que doit se créer une relation entre deux personnages dans le cadre. On pense alors sporadiquement aux films cités ci-dessus, reposant justement sur une écriture infaillible à ce niveau et proposant quelques séquences inattendues en terme de violence soudaine et sèche. On le retrouve également dans une certaine forme d’humour noir, présent de façon très sporadique. Le problème dans Iron Man 3 est que ces séquences sont noyées dans un ensemble très moyen, voire médiocre, comme si le pauvre Shane Black victime consentante voyait son film s’évaporer au profit de ce pur divertissement dépourvu d’une once de réflexion à quelque niveau que ce soit. On pouvait craindre un traitement trop dark pour surfer sur la vague de The Dark Knight, il aurait été préférable d’avoir ça à la place du triste spectacle prédigéré qui s’offre à nous. Car ce troisième épisode n’est ni plus ni moins qu’un produit marketing savamment élaboré et sans la moindre aspérité, répondant à un calibrage précis sans que rien ne dépasse, et surtout pas les saillies éventuelles d’un Shane Black qui aurait oublié qu’il avait une image à se reconstruire pour continuer à faire des films. C’est d’une tristesse assez affolante car s’il est difficile de détester un tel produit, qui se regarde sans véritable déplaisir à l’image des autres films de la firme, il faut bien avouer qu’en connectant son cerveau ne serait-ce que deux secondes, quelque chose ne tourne pas bien rond là-dedans. On retrouve dans Iron Man 3 tout ce qu’on pouvait reprocher aux autres films Marvel Studio, c’est à dire une tendance à se prendre très au sérieux tout en pondant des films qui flirtent avec le degré 0 de la comédie. L’humour est indissociable de l’univers Marvel, depuis les premiers comics, mais il tourne depuis plusieurs films à un manque de respect flagrant envers les amoureux des aventures de ces héros. On va ainsi de gags embarrassants (le pipi dans l’armure du second épisode trouvant un écho dans le caca du Mandarin cette fois) à une narration plombée par de trop nombreuses réécritures, rendant l’ensemble à la limite du compréhensible.

Iron Man 3 2

Totalement décérébré, martelant à tours de bras le trauma qui affecte Tony Stark comme si le spectateur n’avait pas saisi le problème dès la première fois, Iron Man 3 est ainsi construit tel un film bicéphale au cœur duquel s’affrontent deux visions diamétralement opposées. Et si les amateurs de Shane Black seront aux anges devant certaines séquences qui viennent raviver la fibre nostalgique, il ne faudra pas oublier que les 3/4 du film ne lui appartiennent visiblement pas. Dans ce film, la notion d’héroïsme est allègrement souillée au profit de poses cools, de la même façon que l’ancrage de la fiction pour dresser un portrait de l’état du monde réel, chose qu’a parfaitement compris Christopher Nolan par exemple, quoi qu’en disent ses détracteurs. Le goût écœurant que laisse Iron Man 3 provient en partie de là. Car dans sa première partie, le film construit plutôt habilement l’image d’un terroriste renvoyant évidemment au traumatisme Al-Qaïda, imposant le film comme héritier du mouvement post-11 septembre, à travers l’image d’un Mandarin insaisissable et iconisé à l’extrême. Sauf que le temps d’un retournement de situation franchement embarrassant, cette figure du mal s’effondre au profit de quelque chose de bien plus basique et sans aucun intérêt en terme d’enjeux dramatiques. A cela s’ajoutent des incohérences assez brutales en terme de résolution de l’intrigue, avec des trous béants dans le script, une rythmique en dents de scie et des personnages fonctions qui n’ont rien à faire là. Il y a bien sur quelques réjouissances mais elles sont tellement faibles comparées aux attentes un peu folles que l’auteur avait suscitées qu’il est bien difficile d’accrocher à ce produit sans saveur. D’autant plus qu’au cabotinage habituel du trio masculin (Robert Downey Jr., Guy Pearce et Ben Kingsley, en roue libre tous les trois) s’ajoute une mise en scène assez pauvre, illustrant mollement un récit qui manque d’ampleur. Et ce n’est pas la photographie, très propre, du génial John Toll, qui rattrape quoi que ce soit. D’autant plus que Shane Black se montre incapable de shooter correctement une scène d’action, le découpage hystérique rendant l’ensemble difficilement compréhensible à la moindre hausse de rythme. Point de miracle donc pour ce miroir aux alouettes que constitue la phase 2 Marvel, Iron Man 3 n’est qu’un produit Marvel de plus, sans âme, très amusant, mais pas assez perverti de l’intérieur par un auteur qui, il y a 20 ans, en aurait fait quelque chose de bien plus intéressant.

FICHE FILM
 
Synopsis

Tony Stark, l’industriel flamboyant qui est aussi Iron Man, est confronté cette fois à un ennemi qui va attaquer sur tous les fronts.
Lorsque son univers personnel est détruit, Stark se lance dans une quête acharnée pour retrouver les coupables. Plus que jamais, son courage va être mis à l’épreuve, à chaque instant.
Dos au mur, il ne peut plus compter que sur ses inventions, son ingéniosité, et son instinct pour protéger ses proches. Alors qu’il se jette dans la bataille, Stark va enfin découvrir la réponse à la question qui le hante secrètement depuis si longtemps : est-ce l’homme qui fait le costume ou bien le costume qui fait l’homme ?