Invasion planète X (Ishiro Honda, 1965)

de le 28/04/2014
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Sixième volet de la saga initié par Ishirô Honda en 1954, Invasion planète X se révèle en être l’un des plus beaux opus. Un condensé du meilleur de la science-fiction « pop ». Un mélange des genres qui marque un tournant dans la mythologie de Godzilla.

invasion-planete-x-1Faisant suite à Gidrah le monstre à trois têtes, qui voyait l’apparition d’une des créatures les plus charismatiques du cinéma fantastique, inspirée de l’Hydre de Lerne de la mythologie grecque et du Yamata-no-Orochi de la mythologie Japonaise. Invasion planète X démarre sur l’exploration d’un satellite de Jupiter par une mission américano-japonaise, composée de deux astronautes. Glenn Amer (Nick Adams) et Fuji (Akira Takarada). Arrivés sur place nos deux héros font la connaissance d’un peuple extraterrestre à l’apparence humaine, les Xilliens, vivant sous terre dans la crainte de King Gidorah. L’exploration de la planète X est l’un des plus beaux morceaux de bravoure de son cinéaste. L’utilisation du cinémascope, la très belle photographie de Hajime Koizumi, la direction artistique « old school » (décors, accessoires…) , procurent la sensation de voir les plus belles images de « l’age d’or de la SF » que les illustrateurs de Amazing Stories ou Astounding Stories avaient imaginées dans les années 30 et 40, prendre vie.

invasion-planete-x-2

La visite des souterrains par nos deux héros permet au cinéaste de jouer astucieusement sur ses décors épurés et les changements de lumière afin de suggérer originalement la téléportation. Les Xilliens, qui proposent d’utiliser Godzilla et Rodan, afin de chasser King Gidorah de leur planète, en échange d’un vaccin pour toutes les maladies, bénéficient d’un design soigné. Il renvoit aux astronautes de La planète des vampires de Mario Bava, et traduit leur inhumanité. À contrario de nombreuses productions de l’époque, Honda préfère ne pas mentir sur l’apparence visuelle de ces extraterrestres, et suggérer leur malveillance par leur uniformité et leur absence de regard que dissimule leurs lunettes, plutôt que par un aspect monstrueux. Ce qui en fait d’avantage une version obscure de notre humanité, soulignée par certains dialogues ironiques du chef des Xilliens. Le long-métrage mélange pour la 1ère fois de la saga le Kaiju Eiga et le film d’invasion extraterrestre. Si l’aspect Kaiju est quelque peu mis de côté à l’image, avec seulement deux combats, dont l’un reprend des stock-shots du Rodan de 1956, il reste un enjeu narratif important. Le récit se focalise sur le duo principal et leurs proches, notamment Miss Namikawa, compagne de Glenn. La belle Kumi Mizuno, protégée d’Honda, campe ce double rôle qui fera d’elle une icône du cinéma fantastique japonais. Mizuno jouera d’autres personnages mémorables comme dans Matango. Pour certains, elle est également, l’une des inspirations du personnage de Yoko Tsuno crée par Roger Leloup.

invasion-planete-x-3Invasion planète X peut se rapprocher de deux productions sur lesquelles officia Ray Harryhausen. Les premiers hommes dans la lune (1964) du britannique Nathan Juran d’après une nouvelle d’H.G. Wells, sur une expédition lunaire au 19ème siècle. Le paysage lunaire y était traité avec le même émerveillement et soin plastique que le cinéaste japonais. Enfin Les soucoupes volantes attaquent (1956) de l’américain Fred F. Sears dont l’intrigue entretient de grandes similitudes avec le long-métrage de 1965. Notamment dans sa résolution finale que parodiera Tim Burton dans Mars Attacks ! Cependant, loin d’être un plagiat, Invasion planète X trouve sa singularité à travers la patte de son cinéaste, ses astuces scénaristiques et symboliques, ainsi que son équilibre narratif entre les différents genres abordés. Sa magie « pop » permet à Godzilla d’étendre son univers et d’offrir de nouvelles possibilités narratives et visuelles que la saga explorera pour le meilleur mais souvent pour le pire. Un tournant qui divisera les fans, mais qui dans le cas de ce très beau long-métrage, mérite d’être réévalué.

invasion planete x 4

Cependant la réussite artistique d’Invasion planète X cache une réalité bien plus tragique, pour son principal interprète. Proche ami d’Elvis Presley, et de James Dean avec qui il tourna La fureur de vivre et Géant, et rôle principal du feuilleton The Rebel entre 1959 et 1961, Nick Adams fut considéré comme un talent prometteur d’Hollywood, au point de décrocher une nomination à l’oscar du meilleur second rôle pour son interprétation dans Le motel du crime de Boris Sagal en 1963. Ce rendez vous manqué avec la reconnaissance professionnelle l’obligera à jouer dans des séries B, jusqu’à ce que la Toho et le producteur Henry G. Saperstein lui offrent l’un des premiers rôles de Frankenstein conquiert le monde. Cette variation « Kaiju Eiga » calamiteuse de la créature imaginée par Mary Shelley permet cependant au comédien de retrouver la joie de tourner au Japon. C’est sur le plateau de ce long-métrage qu’il fait la connaissance de Kumi Mizuno. Tombé sous le charme de l’actrice qu’il retrouvera dans Invasion planète X et The Killing Bottle en 1967, Adams entama des procédures de divorce à l’encontre de son épouse Carol Nugent. Mizuno, déjà fiancée refusa de le suivre. De retour aux USA, démoralisé, le comédien enchaîna encore quelques rôles. Le 7 février 1968, on retrouva son corps dans sa villa de Bervely Hills. Victime d’une overdose, on ne sut jamais les causes exactes (accident, suicide).

invasion-planete-x-5Malgré le temps qui passe, Invasion planète X conserve encore aujourd’hui un charme incroyable. La qualité artistique de sa réalisation et son attachant casting en font un objet hybride fascinant, représentant le meilleur de l’époque au cours de laquelle il fut tourné, les « 60’s ». Un épisode charnière de la saga, à réévaluer et redécouvrir, tant il représente un certain idéal de l’imaginaire au cinéma.

FICHE FILM
 
Synopsis

Les habitants de la planète X demandent les services de deux monstres, Godzilla et Rodan, pour tuer un autre monstre qui menace leur existence.