Infiltré (Ric Roman Waugh, 2013)

de le 03/05/2013
 
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The Rock s’efface progressivement derrière Dwayne Johnson, pour le meilleur et pour le pire. Avec Infiltré, l’acteur, ancien catcheur, sorte de figure de cartoon qui a devant lui une autoroute pour devenir le nouveau dieu du cinéma d’action, fait un mauvais choix. On ne peux pas lui en vouloir de chercher des rôles plus sérieux, de ne pas se cantonner à un seul type d’exercice, mais en travaillant avec Ric Roman Waugh, c’est comme si la dernière Ferrari se retrouvait aux mains d’un adolescent aveugle et effrayé par la vitesse. Et de cette erreur de casting monumentale découle un film qui ne tient jamais ses promesses, le cul entre deux chaises.

Infiltré (qui aurait très bien pu garder son titre original synonyme de « balance », plus évocateur) est un film qui navigue entre deux eaux et ne sait visiblement pas quel courant emprunter. Ric Roman Waugh, ancien responsable des cascades sur des films tels que  Total Recall, Le Derner des Mohicans, Last Action Hero ou Chasse à l’homme, réalisateur du prometteur Felon avec Stephen Dorff et Val Kilmer, est un type très sérieux. Trop sérieux sans doute, et pas assez doué pour donner du corps à ses tentatives. Avec Infiltré, alors que tout laissait penser à un film d’action badass avec Dwayne Johnson en mode énervé pour sauver son fils au milieu d’un cartel mexicain, on se retrouve avec un essai de drame social auquel il est bien difficile de croire tant les personnages et le récit souffrent d’une écriture faiblarde. Pourtant co-scénarisé par Justin Haythe, qui avait signé l’adaptation des Noces rebelles, Infiltré est une frustration de chaque instant, l’action étant d’une pauvreté extrême tandis que le drame hérite d’un développement qui fait plus que frôler le ridicule. Avec au milieu un Dwayne Johnson qui semble perdu dans un rôle purement dramatique, enfermé dans ce personnage que n’importe quel acteur aurait pu endosser mais qui ne lui sied absolument pas.

Infiltré 1

Toute la frustration du film, et son paradoxe, est symbolisée par cette courte séquence au cours de laquelle est opéré un travelling circulaire autour de Dwayne Johnson chez un armurier. L’acteur a besoin d’action pour s’exprimer, tout son être transpire le gunfight et le corps-à-corps, et il semble perdu devant ces dizaines d’armes sur les murs. Malheureusement pour lui, son personnage est éteint à ce niveau, si ce n’est lors d’une séquence de course-poursuite finale d’une mollesse affligeante, et il va essayer pendant presque deux heures de nous faire croire à une composition dramatique qu’il ne maîtrise jamais. La volonté de se sortir d’une image, même si cela arrive trop tôt, est tout à fait louable, mais ses capacités de pur acting restent à ce jour extrêmement limitées. Il a besoin d’un directeur d’acteurs solide pour exister autrement que comme pur action hero et colosse invincible, et Ric Roman Waugh n’est pas Richard Kelly. Ainsi, jamais il n’utilise les capacités physiques de son acteur, en tant que masse humaine à sculpter, mais ne détourne pas non plus son image. Au lieu de ça, c’est un personnage uniforme et fade, dont la quête à priori noble et émouvante ne suscite rien de très excitant ou bouleversant. Il faut dire que si l’empathie envers un type dont le fils se retrouve en prison pour un piège qui lui a été tendu est facile, il reste compliqué de s’accrocher à ce même type qui, en vue d’infiltrer un cartel, va se former en grand banditisme et trafic de drogue sur wikipédia. C’est dans ces moments que tout le sérieux de l’entreprise s’écroule, par ces détails grotesques qui sont tout simplement les restes de la bonne vieille série B d’action que le film aurait dû être avant de s’imaginer grand drame familial.

Infiltre 2

Au milieu d’une intrigue qui ne tient pas la route 10 minutes, avec des décisions prises ne suivant aucune logique, Dwayne Johnson trimballe sa grosse carcasse en essayant comme il peut de lui donner une âme. Sauf qu’il a beau multiplier les regards de cocker et bénéficier d’un capital sympathie gigantesque, ce rôle de type lambda n’est tellement pas taillé pour ses larges épaules. L’erreur de casting est embarrassante, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Ric Roman Waugh s’avère par ailleurs un piètre directeur d’acteur, provoquant au passage une des pires prestations de la pourtant si imposante Susan Sarandon, ici engoncée dans un personnage crétin comme cela devrait être interdit. Et sans grande surprise finalement, Infiltré se montre tout aussi gênant au niveau de sa mise en scène. Le réalisateur est à la peine pour capter une ambiance, imposer une quelconque signature, et tombe même dans le médiocre au moment de filmer de l’action. Le climax du film, une course poursuite entre le camion du héros, des gangsters et des agents de la DEA, est mis en scène et découpé de façon tellement maladroite que cela devient assez drôle, un tel bordel visuel s’imposant comme un franc paradoxe dans un film qui se veut si sérieux. D’ailleurs Ric Roman Waugh confond allègrement sérieux et ennuyeux, car il faut tout de même attendre 50 minutes avant qu’il se passe quelque chose de concret. Le problème d’Infiltré est que le film semble à tout prix vouloir éviter de devenir un thriller d’action alors que son script en aurait fait un parfait. Mal rythmé, mal écrit, mal mis en scène et avec un casting qui n’est pas à sa place, le film laisse une impression de gros gâchis avant tout, d’autant plus à cause de l’exploitation vulgaire et avortée de son point de départ qui était tout de même censé fustiger la démesure de certaines peines carcérales aux États-Unis…

FICHE FILM
 
Synopsis

John Matthews, un homme d’affaires, est dévasté lorsque son fils Jason, 18 ans, est condamné à dix ans de prison : il a été arrêté en possession d’un paquet de drogue envoyé par un de ses amis, mais il ignorait tout de son contenu.
John propose alors un marché au procureur : il va infiltrer le plus redoutable des cartels de la drogue afin d’en faire tomber les têtes en échange d’une réduction de peine. Au cœur de l’organisation, il va mettre la vie de beaucoup de monde en jeu, à commencer par la sienne…