Imitation Game (Morten Tyldum, 2014)

de le 27/01/2015
 
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Le réalisateur norvégien Mortem Tyldum déçoit pour son premier film en langue anglaise. L’histoire aussi passionnante que tragique du mathématicien Alan Turing s’est transformée en un long-métrage fade et déjà vu. Imitation Game est un bon biopic, mais malheureusement trop conventionnel et balisé pour convaincre.

Imitation GameComment aborder avec un minimum d’objectivité un long-métrage accumulant une telle pluie de nominations ? Meilleur film, réalisateur, scénario, acteur, compositeur… Le palmarès actuel d’Imitation Game est déjà très impressionnant, mais que reste-t-il vraiment derrière la politique promotionnelle orchestrée par les frères Weinstein auprès des différentes académies américaines ? L’aventure du décryptage de la machine nazie Enigma par les britanniques est l’un des récits les plus intéressants de la Seconde Guerre mondiale. Son déroulement est d’autant plus incroyable et il était alors impossible, une fois les informations déclassifiées, qu’il ne soit pas adapté au cinéma. Puis, il y a ce héros complexe, incarné par Benedict Cumberbatch, dont l’homosexualité était encore réprimée pénalement au Royaume-Uni à cette époque ,qui ajoute encore plus d’épaisseur à cette histoire dans l’Histoire. Imitation Game est-il à la hauteur de sa promesse ?

Imitation Game

Le pari était osé. Sortant tout juste de Headhunters, une comédie norvégienne rocambolesque et complètement explosive, Morten Tyldum s’était vu confier pour quatrième film ce projet en tant que son premier long-métrage tourné en langue anglaise. Ce réalisateur scandinave foisonnant d’idées dans sa mise en scène succéda à David Yates et Ron Howard qui furent un temps considérés pour diriger cette adaptation d’une histoire vraie. Or, pour le spectateur qui cherchait un peu d’originalité dans la narration de la vie d’Alan Turing, la découverte d’Imitation Game ne sera qu’une lente désillusion. « Vous m’écoutez attentivement ? » commence la voix over de Cumberbatch en ouverture. Nous prenant par la main comme si l’on assistait à notre premier biopic, l’introduction nous ramène dans les premières années de la Seconde Guerre mondiale. Au cas où le contexte historique ne serait pas assez explicite, on nous ajoute quelques images d’archives en noir et blanc de l’avancée de l’armée nazie en Europe, avec un Hitler vociférant en fond sonore. Sur cette mise en bouche, Tyldum déçoit profondément sur ce coup.

Imitation GameDommage que la prise de risque artistique soit ici réduite à son minimum. Imitation Game n’est plus qu’un biopic plan-plan parmi tant d’autres, répondant à la mécanique usée jusqu’à la corde et qui ne peut plus surprendre personne. Chaque aller-retour entre les époques est téléphoné et cette dynamique rébarbative ne fait que desservir le propos du film. Pour son premier long-métrage en dehors de la Norvège, Tyldum aura su compiler de beaux noms à son casting. Déjà Benedict Cumberbatch, pour ne pas le nommer. L’acteur britannique que tout le monde semble s’arracher à Hollywood livre une interprétation très honnête du mathématicien, mais pas forcément transcendante (la faute à un film qui préfère rester dans les clous ?). Les seconds rôles sont également bien fournis avec Keira Knightley et Matthew Goode parmi l’équipe de Turing. Il est un peu regrettable que les personnages de Mark Strong et Charles Dance, inclus dans l’administration militaire du Royaume-Uni s’avèrent plus fonctionnels que reflétant une réelle personnalité.

IMITATION GAME

En cherchant le montage alterné sans saveur, Mortem Tyldum manque de donner assez de corps et d’émotion à ce double drame qui toucha celui qui perça le secret de l’enigma. Car si après 1945 son action dut rester secrète aux yeux de tous, c’est sa sexualité qui le rattrapera la décennie suivante. Considérée jusqu’en 1967 comme déviante et criminelle, son l’homosexualité sera condamnée par la justice britannique. En ne suivant que la partie enquête depuis le point de vue des policiers, Imitation Game peine à décrire la tragédie dans laquelle tombera Turing. Les sujets d’indignation ne manquaient pas : de la considération générale moyenâgeuse de la population envers les homosexuels aux conséquences inimaginables d’une condamnation. Le film n’arrive pas à équilibrer le drame mondial et le drame personnel de son héros et relègue, sans le vouloir, au second plan les dernières années du mathématicien. Avec des cartons explicatifs comme conclusion, Imitation Game aura tout compris des codes imposés par le biopic sans jamais en tirer quelque chose d’original.

FICHE FILM
 
Synopsis

1940 : Alan Turing, mathématicien, cryptologue, est chargé par le gouvernement Britannique de percer le secret
de la célèbre machine de cryptage allemande Enigma, réputée inviolable.
À la tête d’une équipe improbable de savants, linguistes, champions d’échecs et agents du renseignement, Turing s’attaque au chef-d’oeuvre de complexité dont la clef peut conduire à la victoire.
IMITATION GAME relate la façon dont Alan Turing, soumis à une intense pression, contribua à changer le cours de la Seconde Guerre mondiale et de l’Histoire. C’est aussi le portrait d’un homme qui se retrouva condamné
par la société de l’époque en raison de son homosexualité et en mourut.