Hwayi : a Monster Boy (Jang Joon-hwan, 2013)

de le 16/04/2014
 
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Cela fait déjà 10 ans que Jang Joon-hwan avait quelque peu disparu des radars, depuis l’échec cuisant récolté par le pourtant assez génial Save the Green Planet. Une sanction commerciale terrible pour un des meilleurs réalisateurs coréens apparus au début des années 2000. Après cette trop longue traversée du désert, le voici de retour avec Hwayi : a Monster Boy, 25ème du box office local sur l’année 2013 et thriller étonnant qui prouve que le réalisateur n’a rien perdu de sa maîtrise.

Hwayi a monster boy 1Aussi génial soit-il, Save the Green Planet fut un échec retentissant, mettant un brutal coup d’arrêt à la carrière on ne peut plus prometteuse de Jang Joon-hwan, peut-être le plus passionnant des réalisateurs sud-coréens de cette fameuse nouvelle vague. Son nom a complètement disparu pendant une dizaine d’années, avec à son actif à peine un segment du projet collectif Camellia (trois segments dont un réalisé par le japonais Isao Yukisada et un autre par le thaïlandais Wisit Sasanatieng). un retour par la petite porte le préparant à sa belle renaissance nommée Hwayi : a Monster Boy, proposition de cinéma certes moins folle que son premier film mais dont l’audace reste la principale caractéristique. Et comme une fois n’est pas coutume, le réalisateur s’amuse une nouvelle fois à faire plier les frontières entre les genres sans oublier de mettre à profit le caractère éminemment populaire de son récit pour glisser moult symboles et réflexions sur la société qui l’entoure.

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Il est tout à fait possible de ne voir en Hwayi : a Monster Boy qu’un brillant mélange entre un thriller typiquement coréen – très noir, presque sadique, avec de forts relents de mélodrame – et un film d’action dantesque, dans la lignée de The Murderer par exemple. Mais le cinéma de Jang Joon-hwan se caractérise par une certaine finesse qui fait souvent défaut à une industrie coréenne lui préférant généralement l’efficacité de l’impact, le choc. Hwayi : a Monster Boy bénéficie avant tout d’un formidable script lui permettant de voguer d’un genre à l’autre avec un naturel imparable. Mais plus encore que l’efficacité globale de ce scénario, c’est bien ce qu’il cherche à raconter, à travers un habile montage de motifs symboliques et de métaphores très marquées, qui passionne. Il s’agit, avant tout, en grattant tout ce qui pourrait parasiter la colonne vertébrale du récit et brouiller le regard, d’un film abordant la notion d’identité volée. Une identité qu’il faudra découvrir en s’affranchissant de ses tuteurs, qu’il faudra assimiler puis accepter. Symboliquement, il s’agit d’affronter le monstre et de grandir en tuant le père. Et quoi d’autre qu’un arc complet calqué sur le modèle d’un revenge movie brutal et sanglant pour illustrer cette idée ? Il n’est pas interdit de voir dans le parcours de Hwayi des éléments importants d’une Corée du Sud qui devrait s’affranchir de sa tutelle américaine pour retrouver sa véritable nature.

Hwayi a monster boy 3Cette force dans le propos, déguisé en un pur film de genre, pas si éloignée des travaux de Bong Joon-ho et Tsui Hark, s’avère redoutable et permet surtout de livrer un film indirectement très subversif, mais en apparence on ne peut plus classique. Un classicisme à relativiser tout de même tant Hwayi : a Monster Boy cherche constamment à se marginaliser des canons du thriller coréen. Cela passe autant par des ruptures de ton très surprenantes que par une redistribution totale des cartes. Ainsi, en premier lieu, la place des forces de l’ordre dans le film est complètement redéfinie. Quelque part entre des incapables dignes de figurer dans une production EuropaCorp et un superflic aux méthodes radicales et au destin qui le sera tout autant, l’enquête à proprement parler, pourtant essentielle pour faire progresser le récit dans son dernier quart, ne correspond en rien aux codes du genre. C’est car tout le film est articulé autour du personnage de Hwayi et de son parcours, à la fois extrêmement cruel et libérateur.

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Cet élément typique du thriller, même s’il est complètement réinventé, participe à construire une intrigue extrêmement riche, pour un film qui l’est tout autant. Hwayi : a Monster Boy déborde de sujets et de pistes de réflexions, et prouve que s’il s’est clairement assagi Jang Joon-hwan n’est pas pour autant rentré dans le rang. On ne sera donc pas vraiment surpris de voir surgir dans le film, au moment le plus inattendu, un monstre presque lovecraftien, projection perturbante du trauma du jeune Hwayi. Logique également est la présence essentielle de séquences d’action dantesques, qu’il s’agisse de courses poursuites bénéficiant d’une formidable dynamique ou de gunfights ultra violents. Ces séquences sont d’une efficacité redoutable car le réalisateur les construit toutes avec intelligence et savoir-faire, avec un soin tout particulier apporté à la logique de montage. La narration de Hwayi : a Monster Boy est un beau modèle du genre, tout comme ses quelques envolées lyriques et mélodramatiques disséminées avec parcimonie, sans jamais forcer le trait. Hwayi a monster boy 6Jang Joon-hwan est suffisamment conscient de la puissance du script et n’a pas besoin d’en faire des tonnes pour que ce qui vient éclabousser l’écran garde un impact considérable. Toute aussi géniale est la direction d’acteurs qui permet au duo principal formé par , définitivement à l’aise dans des rôles explosifs et borderlines, et de livrer des performances électriques. Tour à tour jubilatoire, bouleversant, extrêmement violent et cruel, brillamment écrit (le propos sur l’identité est excellent, mais celui sur l’adolescence est tout aussi juste) et tout aussi formidablement mis en scène, avec cette photographie délicate et complexe et une véritable intelligence dans la construction de ses cadres, Hwayi : a Monster Boy marque la renaissance d’un réalisateur majeur qui mérite une exposition au moins aussi importante que les plus doués de ses compatriotes, à savoir Bong Joon-ho, Park Chan-wook et Kim Ji-woon (le film bénéficiant d’ailleurs du monteur du second, et du compositeur et du directeur de la photo du troisième). Wild Side devrait sortir le film en France d’ici la fin de l’année.

FICHE FILM
 
Synopsis

Un adolescent nommé Hwayi a 5 pères criminels.
Seok-tae, le leader froid et charismatique, Ki-tae, un bègue spécialiste du pilotage, Jin-seong, expert en planification, Beom-soo, spécialiste des armes à feu et Dong-beom, un homme d'action ultra efficace.
Hwayi a été élevé d'une façon unique, apprenant de ses cinq pères plutôt que de l'école, et s'est adapté à cette vie sans connaître son passé.
Un jour, Seok-tae, qui souhaitait que Hwayi soit aussi fort que ses père, l'emmène lors d'une opération.
Un coup de feu est tiré ce jour-là.
Hwayi se retrouve face à la vérité si longtemps cachée et tout commence à changer autour de lui.