Hunt for the Wilderpeople (Taika Waititi, 2016)

de le 28/11/2016
 
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Il a fallu attendre son troisième long-métrage, Vampires en toute intimité co-réalisé avec Jemaine Clement, pour que le talent de Taika Waititi soit enfin reconnu par le grand public. A nouveau seul aux commandes pour Hunt for the Wilderpeople, il signe un magnifique film d’aventure, aussi drôle que stimulant.

hunt-for-the-wilderpeople-1Le gore en moins, il y a quelque chose du Peter Jackson des débuts dans Hunt for the Wilderpeople. Signe que les réalisateurs néo-zélandais possèdent un talent et un mode d’expression bien à eux. Après À chacun sa chacune, Boy, et le beau succès de Vampires en toute intimité, Taika Waititi s’est lancé dans une nouvelle aventure avec cette jolie fable qui ne paye pas nécessairement de mine au premier abord mais s’impose comme un des plus beaux récits sur l’enfance vus récemment. Sans brandir un pseudo-héritage en bandoulière pour se donner de la consistance, il retrouve tout naturellement un certain état d’esprit qui habitait les productions Amblin.

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Hunt for the Wilderpeople démarre comme une gentille comédie sociale, à l’humour acéré et aux personnages hauts en couleur. Un jeune garçon à problèmes, rebelle, baladé d’une famille d’accueil à une autre et un peu rondouillard. Un couple formé d’une femme qui ressemble à la gentillesse et à la sagesse incarnées, et d’un type bourru, pas bavard pour un sou et volontiers râleur. Une association improbable, sel des comédies les plus efficaces, qui va trouver son ciment dans un drame terrible. Un évènement que le réalisateur va traiter à distance, sans verser dans l’emphase, préférant s’appuyer sur la qualité de caractérisation des personnages qui précédait pour toucher directement le spectateur. Tout va finalement très vite pour poser les bases de ce que sera réellement Hunt for the Wilderpeople, à savoir un vrai film d’aventure. Une traque dans les paysages magiques de la Nouvelle-Zélande. Une sorte de road movie où la route aurait laissé place à la forêt et aux montagnes, mais qui se construit sur une succession de rencontres étonnantes. Taika Waititi n’a pas son pareil pour bâtir des personnages incroyablement riches, qu’ils parcourent la totalité de son film comme le duo principal, ou qu’ils n’apparaissent parfois que quelques minutes. Il peut ainsi apporter énormément de matière à un fil rouge finalement assez simple, qui peut aussi bien citer Rambo que La Route ou Là-haut.

hunt-for-the-wilderpeople-5Bien plus profond qu’il n’y parait, Hunt for the Wilderpeople pose un regard étonnant sur la population néo-zélandaise. Les services sociaux pour l’enfance, la police, les milices de chasseurs, les complotistes, le rapport de la population aux médias, le culte de l’image, l’héritage maori… autant de thématiques abordées avec justesse et simplicité, à travers une collection de caricatures souvent géniales, toujours très drôles et globalement touchantes par la justesse qui s’en dégage. Ainsi se dessine en arrière-plan un portrait assez complexe de ce pays si lointain. De quoi apporter toujours plus de substance à ce qui se joue au premier plan. A savoir une relation assez drôle mais finalement très touchante entre un vieux bonhomme et un jeune paumé, pères et fils de substitution poussés l’un vers l’autre par le destin.

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Cette relation fonctionne autant par le talent des interprètes, qu’il s’agisse d’un Sam Neill impérial ou du jeune Julian Dennison, que par la qualité d’écriture pour leur construire un véritable parcours initiatique. Ponctué de belles références comiques (le clin d’œil génial à Terminator), dopé par de vraies séquences d’action (dont une gigantesque course poursuite en pick-up en clou du spectacle), parcouru de séquences tout simplement hilarantes à l’image de la rencontre avec le complotiste, et surtout la fuite de chez cet individu, Hunt for the Wilderpeople multiplie les imageries (de l’indé typé Sundance au gros blockbuster avec des mouvements de caméra majestueux). Une grammaire cinématographique raffinée pour donner toujours plus de corps à son récit. Une histoire simple qui s’appuie sur de beaux personnages auxquels l’attachement est quasi immédiat, et dont les fondations extrêmement vastes contiennent un discours bien plus large sur la société dans laquelle s’inscrit le récit en question. Un beau tour de force qui ne cherche pas à en mettre plein la vue, au rythme ultra efficace et qui s’impose comme un vrai et puissant film d’auteur populaire. De quoi donner quelques espoirs quant à l’intégrité de Taika Waititi qui, rappelons-le, est à la barre du prochain gros projet Marvel : Thor Ragnarök. Mais de minces espoirs tout de même, sachant qu’il n’y est que metteur en scène.

FICHE FILM
 
Synopsis

Elevé dans une famille d'accueil un enfant difficile de la ville va vivre un nouveau départ dans la campagne Néo-Zélandaise. Il se retrouve chez une famille d'accueil aimante, quand une tragédie survient le jeune garçon et Hec, l'oncle de sa nouvelle famille, s'enfuient dans le Bush. Ces nouveaux hors-la-loi vont devoir faire équipe...