Hunger Games: L’embrasement (Francis Lawrence, 2013)

de le 15/11/2013
 
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Après un premier film particulièrement raté, à tous les niveaux, difficile d’attendre quoi que ce soit de miraculeux d’un nouvel Hunger Games. Pourtant, l’arrivée à bord d’un technicien aussi solide que Francis Lawrence permet d’effacer quelques grosses tares pour aboutir sur une aventure d’un tout autre calibre. Pas de quoi crier au génie pour autant, car de trop nombreux problèmes subsistent, mais Hunger Games: L’embrasement vient clairement se positionner dans le haut du panier de cette grande vague de films pour adolescents (ou « jeunes adultes » puisque tel est le terme).

Le premier Hunger Games passait inlassablement à côté de son sujet, tout en souffrant d’une mise en scène audacieuse pour ce type de film (recherche de l’immersion par la caméra à l’épaule) mais qui échappait complètement à Gary Ross, aboutissant sur un objet de cinéma relativement informe et illisible. Il fallait donc pour la suite un réalisateur bien plus solide, ce qui est clairement le cas de Francis Lawrence, et ce même si le bonhomme est avant tout un habile faiseur dont la filmographie n’a pour l’instant rien de vraiment spectaculaire. Son apport sur Hunger Games: L’embrasement est indéniable. Ce second film est bien plus propre, maîtrisé, du solide travail d’artisan. Sauf que ce qu’il gagne en fluidité et en qualités purement cinématographiques, il le perd en identité. En effet, Hunger Games: L’embrasement aurait très bien pu être réalisé par n’importe quel yes-man, le résultat serait exactement le même tant sa mise en scène s’avère impersonnelle au possible, sans le moindre éclat de génie. Pas une séquence ne sort du lot, mis à part celles laissant toute la place au travail des techniciens des effets numériques qui ont cette fois assuré quelque chose de propre.

Hunger Games l'embrasement

Il y a donc un saut qualitatif évident en terme de cinéma, mais qui s’accompagne paradoxalement d’un violent recul au niveau de la personnalité de la saga. Concrètement, Hunger Games: L’embrasement n’a rien, sur le plan visuel, pour se démarquer d’autres blockbusters à 150 millions de dollars. Mais au moins, cette fois, le film est largement regardable sans risquer une vilaine migraine, ce qui représente tout de même une sacrée évolution. Le véritable problème de cette suite tient dans le fait que la narration fait étrangement du surplace. En effet, Simon Beaufoy et Michael Arndt (sous pseudo) ont beau signer un scénario là encore très « propre », il peine à se démarquer de ce que propose n’importe quel produit hollywoodien adressé à ces jeunes adultes, et quand il s’y essaye, il ne reprend finalement que des éléments qui étaient déjà traités dans le premier film. S’en dégage l’étrange sensation d’un film cherchant à reproduire le premier en gommant ce qui ne fonctionnait pas, afin de poser des bases plus solides pour les épisodes à venir. Car quelque part, tout ce qui s’y déroule ou presque reprend des éléments déjà connus, mais exposés de façon bien plus claire. Le propos politique, le triangle amoureux, les notions de sacrifice, l’allégorie des gladiateurs futuristes… il n’y a tout simplement rien de nouveau. Tout juste y trouvera-t-on un thème gentiment contestataire appuyant la notion selon laquelle toute rébellion n’est finalement qu’une illusion orchestrée par le pouvoir. Sauf que sur le sujet, Hunger Games: L’embrasement arrive après Snowpiercer et la comparaison fait de gros dégâts chez le premier. Dès lors, que reste-t-il ? Et bien le personnage de Katniss justifie à lui tout seul l’existence du film. Elle est au centre de toutes les attentions, quitte à traiter la plupart des personnages secondaires sans grande attention, mais elle est avant tout traitée en symbole et non plus en victime, ce qui rend la chose relativement intéressante. Même si là encore, le film n’apporte absolument rien de nouveau, si ce n’est une approche tout de même beaucoup plus adulte, voire intelligente, que tous les films du genre (le genre « young adult » donc, étant donné qu’il s’agirait d’un genre à part entière).

Hunger Games l'embrasement 2

Une approche qui se traduit tout d’abord par un vrai propos politique, bien que peu original, mais également par une volonté de filmer la sauvagerie et de ne pas se fondre dans le moule d’une violence complètement aseptisée. Il y a plusieurs séquences très violentes dans Hunger Games: L’embrasement, ce qui fait un bien fou. Mais globalement, il faut une fois encore attendre le tout dernier acte pour voir l’intrigue véritablement avancer, pile au moment où le film va prendre son envol tandis qu’apparait le générique de fin invitant à revenir l’année prochaine. Ceci semble symptomatique de la franchise, une absence de rythme générale qui donne lieu à un final tellement au-dessus de tout le reste. Car pour en arriver à la conclusion, il est nécessaire de passer par une exposition tout simplement interminable – un comble pour une suite – qui se contente de répéter les mêmes choses pendant au moins une heure, histoire de bien enfoncer dans le crâne du spectateur que Katniss vit très mal d’avoir eu à tuer des gens, que son cœur est tiraillé entre les deux hommes de sa vie, que son statut de vainqueur la transforme peu à peu en potiche et que la flamme de la révolution brûle en elle. C’est très bien, sauf que tout cela dure bien trop longtemps. D’autant plus que la seconde partie, bien plus intéressante sur le papier car replongeant dans l’arène, souffre également du symptôme de la répétition. Et bien que cette fois les jeux s’avèrent plutôt ludiques et cruels, un manque d’enjeux dramatiques se fait cruellement sentir, à tel point que les seules véritables menaces ne sont plus les comportements des candidats mais les idées des scénaristes assénées de façon métronomique. En résulte un spectacle loin d’être désagréable mais franchement désincarné et avançant dénué de toute émotion et de façon totalement programmatique, artificielle. Hunger Games: L’embrasement souhaiterait capter l’âme des révolutions en oubliant leur caractère imprévisible, l’inverse du développement méthodique illustré ici. Reste que Jennifer Lawrence et sa présence à l’écran écrasent tout le monde, et en particulier des personnages masculins transparents, que certaines séquences sont plutôt fortes même si elles n’apportent que trop rarement quelque chose de concret au niveau de la narration, que l’ensemble opère un évident bond en avant, qualitativement, qu’une véritable violence s’est invitée à la fête, mais reste surtout cette impression que la saga fait du surplace et peine à concrétiser par le récit et par l’image son ambition contestataire.

FICHE FILM
 
Synopsis

Katniss Everdeen est rentrée chez elle saine et sauve après avoir remporté la 74e édition des Hunger Games avec son partenaire Peeta Mellark.
Puisqu’ils ont gagné, ils sont obligés de laisser une fois de plus leur famille et leurs amis pour partir faire la Tournée de la victoire dans tous les districts. Au fil de son voyage, Katniss sent que la révolte gronde, mais le Capitole exerce toujours un contrôle absolu sur les districts tandis que le Président Snow prépare la 75e édition des Hunger Games, les Jeux de l’Expiation – une compétition qui pourrait changer Panem à jamais…