Horns (Alexandre Aja, 2013)

de le 23/10/2014
 
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Quatre ans après Piranha 3D, Alexandre Aja revient avec un nouveau film, tiré d’un roman de Joe Hill. Un projet particulier, qui permet au cinéaste de La colline à des yeux d’exprimer son talent en dehors des 3 remakes qu’il a précédemment réalisés. Le pari est-il réussi ? Oui, mais pas forcément là où on l’attendait. Explications.

HornsLa narration de Horns s’articule autour de deux timelines différentes. La première est consacrée à l’enquête que mène le jeune Ig Perrish (Daniel Radcliffe) sur l’assassinat de sa future fiancée Merrin Williams (Juno Temple). La seconde sur le passif des différents protagonistes, et les derniers jours préfigurant la tragédie. Un schéma classique que le cinéaste va tenter d‘unifier au travers de certaines transitions astucieuses (un panoramique dans une cabane, un briquet qui s’allume), et qui témoigne d’une volonté sincère de créer une romance touchante entre deux enfants. Le tout baignant dans une atmosphère nostalgique, qui permet de donner une consistance introspective une fois revenu au présent. L’apparition des cornes permet également de jouer sur l’humour noir (déjà présent dans Piranha 3D), en lui donnant un second degré de lecture plus dramatique qu’il n’y parait. Perrish se voyant suspecté d’assassinat, y compris par ses proches. Cela donne lieu à un échange particulièrement cruel entre Ig et son père Derrick (James Remar).

Horns

Dans un rôle initialement prévu pour Shia LaBoeuf, Daniel Radcliffe se révèle un choix intéressant. L’interprète d’Harry Potter joue sur un registre à contre-emploi, doublé d’une apparence de « monsieur, tout le monde » qui facilite l’identification du spectateur. Il est soutenu par de solides seconds rôles (Max Minghella, Kathleen Quinlan, David Morse) apportant une plus-value non négligeable aux différentes réparties verbales. Loin de se reposer sur son casting, le film bénéficie d’une « Production design » soignée d’Allan Cameron (Showgirls, Starship Troopers), y compris pour des lieux en apparence anodins, qui confère au long-métrage un visuel intemporel. À mi-chemin entre les productions de Lynch et Spielberg. Deux influences revendiquées par le cinéaste, et que vient souligner la présence d’Heather Graham. Cependant, Horns évite le piège du référentiel complice, privilégiant l’immersion à la distanciation, même lors d’une citation au Prince des Ténèbres de John Carpenter. Aidé du chef opérateur Frederick Elmes (ancien collaborateur de Lynch et Ang Lee), Aja opte pour une mise en scène académique qui refuse tout effet de mode (filtres désaturés, jump scares, shaky cam, ralenti/accéléré, mixage sonore agressif…), privilégiant l’atmosphère et les personnages. Un pari gagnant jusqu’au derniers tiers du long-métrage.

HornsUne fois passée la révélation de l’identité du tueur, le film s’enfonce dans un dernier acte qui révèle ses faiblesses d’écriture, jusqu’à sombrer dans un climax certes cohérent, mais dont la grossièreté visuelle tranche avec la sobriété exemplaire de tout ce qui précédait. Il en est de même pour la supervision musicale. Si le Heroes de David Bowie est utilisé de façon adéquate et astucieuse, on ne peut pas en dire autant des Pixies et de Marilyn Manson. S’inscrivant dans le cadre de la « Fantasy Urbaine », un sous-genre assez mal représenté au cinéma, Alexandre Aja, conscient des faiblesses du matériau de base, tente de tirer le tout vers le haut à travers son traitement cinématographique.

Horns

Une démarche d’humble artisan, qui quel que soit le projet, va tenter du mieux que possible de livrer un film honnête vis-à-vis de son public. Si le cinéaste ne pourra jamais transcender de trop grands défauts narratifs, ses films bénéficieront souvent d’une mise en image soignée et personnelle, aussi sobre soit-elle, d’une distribution judicieuse, et d’une attention au déroulement de l’histoire, dans les limites de son champ d’action. Une grande qualité, en comparaison des tendances actuelles. Horns évite ainsi d’être un « Twilight-like », et permet au réalisateur de Haute Tension d’exprimer certaines thématiques romantiques issues de Furia, son premier long-métrage.

S’il n’est pas le meilleur film de son auteur, Horns n’en demeure pas moins un long-métrage intéressant. Alexandre Aja y démontre un véritable talent d’artisan, soucieux de raconter une histoire, de la manière la plus humble. Une œuvre attachante, à défaut d’être excellente.

FICHE FILM
 
Synopsis

Soupçonné d’avoir assassiné sa fiancée, rejeté par tous ceux qu’il connaît, Ignatius a sombré dans le désespoir. Un matin, il se réveille avec des cornes sur la tête. Celles-ci lui donnent un étrange pouvoir, celui de faire avouer leurs plus noirs secrets aux gens qu’il croise. Ignatius se lance alors à la recherche du véritable meurtrier…