Honor Thy Father (Erik Matti, 2015)

de le 05/07/2016
 
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Erik Matti, réalisateur de Gagamboy et de Tiktik, est revenu en 2015 avec un film plus corrosif qu’à son habitude. Parfois un peu trop volubile, il tient sa mise en scène et s’avère force de propositions et accomplit avec Honor Thy Father un drame puissant et pesant sur plusieurs genres et réussit à plusieurs niveaux. Une très belle tentative venue des Philippines.

Honor thy father 1Dans le cinéma philippin, le réalisateur Erik Matti se situe plutôt dans une branche populaire. Signant aussi bien des films colorés de super-héros (Gagamboy en 2004) ou plus sombres de monstres (Tiktik en 2012 ou Kubot: The Aswang Chronicles 2 en 2014), celui-ci s’est donc lancé dans ce film plus personnel qu’est Honor Thy Father. Aussi bien scénariste dessus, Matti cherche à y bousculer les mœurs sociales des Philippines avec une histoire obscure d’argent détourné qui révèlera la véritable identité de citoyens se considérant honnêtes et au-dessus de tout soupçon. Car, c’est bien connu, c’est toujours dans les bonnes familles bienpensantes que se trouvent les mentalités les plus malsaines.

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Honor Thy Father s’ouvre donc dans une caste sociale assez aisée. Erik Matti pose son film dans cette petite bourgeoisie de banlieue, autour de la famille d’Edgar (John Lloyd Cruz), avec sa femme et sa fille, qui seront pris dans la tourmente suite au décès du beau-père d’Edgar. Ce dernier avait réussi à convaincre sa fille (donc la femme d’Edgar, si vous suivez bien) d’investir dans un projet financier qui se révèle être une arnaque. Déjà que les économies de la petite famille s’envolent, les problèmes sont démultipliés par l’implication de leurs amis, d’autres familles que le couple était parvenu à convaincre d’investir également. Le quotidien tranquille et monotone dépeint dans l’exposition vole en éclat avec une scène particulièrement traumatisante, où leurs “amis” cherchent par tous les moyens de se faire rembourser par la famille en deuil et ruinée. Erik Matti porte une attention particulière sur l’influence de l’argent (ou, à l’inverse, de la pauvreté) sur ces âmes troublées qui affichaient jusque là des liens d’amitié solides. Mais Honor Thy Father est d’autant plus scabreux que l’une de ses obsessions primaires est de démonter l’ordre du culte et de la religion.

Honor thy father 3Tandis qu’Edgar se tient à distance du jugement de Dieu et de Jésus, sa femme, quant à elle, est une fervente croyante. Elle s’implique beaucoup au sein de la communauté dont ils font partie et qui se déchire autour d’eux pour une question pécuniaire. Erik Matti n’ira pas avec le dos de la cuillère. Il savoure chacun des coups de pied au culte qu’il donne à chaque séquence concernée. Avec son micro de show man et ses chansons en Anglais sur la rédemption, le pasteur a plus l’allure d’un gourou dont le lavage de cerveau semble avoir fonctionné sur tous. Cette autorité du sacrée est systématiquement tournée en ridicule et presque même en véritable mafia. Il aura fallu malheureusement ce drame personnel à Edgar pour démontrer à sa femme toute l’hypocrisie qui régnait depuis autour d’eux. Car Edgar n’est pas l’un d’entre eux. Il vient d’une autre caste, loin des villes et de la richesse. C’est d’ailleurs vers elle qu’il finira par se recouvrer, lui et sa famille. Erik Matti donnera alors, tout aussi bien, matière à un volet social à Honor Thy Father. Si l’apparence et la richesse matérielle semblent être les seules vertus qui importent, la famille d’Edgar l’aura fait grandir avec des valeurs terre à terre, où l’honneur et le respect sont primordiaux.

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Cependant, il y a tout autant à dire au-delà du seul propos du long-métrage. Sans non plus égaler la maîtrise, la mise en scène Erik Matti lorgne par moments chez un certain David Fincher que cela n’en serait pas étonnant. Gone Girl nous revient à l’esprit lors de la découverte du corps inanimé du beau-père. Honor Thy Father trouve aussi sa force en passant aussi bien du drame sociétal au film de vigilante. On y croit lorsqu’Edgar est prêt à tout pour protéger sa famille et nous ne somme pas, pour autant, insensibles à quelques scènes d’intimité avec sa femme, sa fille ou sa famille. Le véritable point faible du long-métrage serait certainement son rythme trop ralenti dans se seconde partie, alourdi par des plans qui durent et des redondances que l’on pouvait omettre au montage sans toucher à l’intégrité du film. Néanmoins, Honor Thy Father d’Erik Matti est une proposition de cinéma autrement plus pertinente et formelle qu’un autre réalisateur philippin moins subtil et pourtant primé au Festival de Cannes cette année.

FICHE FILM
 
Synopsis

Issu d’un milieu modeste, Edgar tente d’offrir une vie meilleure à sa fille. Tout bascule lorsque sa femme se retrouve impliquée dans un scandale financier frauduleux. Alors que les attaques contre sa famille pleuvent, Edgar va tout faire pour rétablir un semblant d’équilibre.