Homefront (Gary Fleder, 2013)

de le 07/01/2014
 
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Illustré de façon totalement symbolique dans Expendables, le passage de témoin entre Sylvester Stallone et Jason Statham se poursuit encore avec Homefront, projet écrit par Sly et qu’il devait tout d’abord interpréter. Rien de bien nouveau sous le soleil de la série B d’action mais Homefront assure un spectacle efficace et gentiment énervé dans la plus pure et brute tradition du genre.

Les stathameries se suivent et ne se ressemblent pas. La première de l’année est plutôt un bon cru, clairement le meilleur depuis Safe de Boaz Yakin. Homefront est le fruit d’un étrange développement. Adapté d’un roman de la série consacrée à Phil Broker de Chuck Logan, le récit devait à l’origine servir de matrice à un cinquième opus de la saga Rambo. Rocky Balboa aura changé la donne entretemps, et Homefront a été proposé à Jason Statham, par Sylvester Stallone bien sur. L’anglais en manque de perruques, de chemise de bucheron et de casquette n’a pas vraiment hésité et voilà donc la première stathamerie de 2014, en attendant Heat et Expendables 3. La recette d’une série B d’action, et donc d’une stathamerie, n’est pas très compliquée. Il suffit d’un acteur star spécialiste du genre, un script qui va à l’essentiel, un ou des bad guys charismatiques, des personnages attachants et une grosse dose de testostérone. C’est précisément la recette appliquée par Gary Fleder, réalisateur perdu dans les limbes de la série TV avortée et des productions de bas étage, pourtant auteur il y a quelques années de l’excellent Dernières heures à Denver avec Andy Garcia. Et le résultat fleure bon les merveilles old school des 80’s, Jason Statham assurant autant pour ses fans que pour ceux de son mentor.

Homefront

Gary Fleder assure le boulot et, même s’il ne soigne pas vraiment ses scènes de baston, livre une série B très bien tenue qui permet à Jason Statham de développer un de ses personnages les plus attachants. Un père veuf, ex-agent infiltré, qui va un peu trop attirer l’attention sur lui et va devoir ressortir les poings et les flingues pour remettre un peu d’ordre. La structure narrative de Homefront s’apparente d’ailleurs autant à celle des actioners basiques des années 80 qu’à celle des westerns américains. Il s’agit ni plus ni moins que de l’éternel motif de l’étranger, éventuellement représentant discret de l’ordre, propulsé dans un environnement plus ou moins accueillant, et qui devra finir par révéler sa véritable nature pour faire respecter sa loi. Évidemment, autour de lui gravitent des personnages qui tiennent plus de la caricature que d’autre chose, mais qui alimentent joyeusement les festivités dans cette Louisiane au potentiel cinématographique toujours immense. En tête bien sur, un James Franco franchement cabotin et dans la peau d’un bad guy assez peu crédible, littéralement effacé à l’apparition de Frank Grillo, aussi effrayant quand il amorce un assaut que quand il ingurgite des écrevisses dans un petit restaurant de passage. Sans grande surprise, les rôles féminins, même s’ils bénéficient de la présence d’une Kate Bosworth déchainée et de Winona Ryder, sont survolés et n’apportent rien de plus que des motifs basiques et un brin ringards.

Homefront

Pourtant, malgré tout, Homefront est une pure série B dans ce que le genre a de plus noble, à savoir que le résultat correspond tout à fait aux attentes liées au genre. Ça se bastonne violemment, ça se toise entre sales gueules, les répliques badass fusent, les poses « burnes sur la table » également, et les flingues finissent par cracher sans retenue. C’est basique et ça va droit au but, de quoi faire oublier un scénario loin d’être rigoureux. Pas besoin d’en demander plus, un peu d’action à l’ancienne et un Jason Statham plus mature que d’accoutumée suffisent à assurer un show haut de gamme. Dommage toutefois que l’univers de la Louisiane ne soit exploité qu’en tant que décor cinématographique, pour sa lumière et ses autochtones en décor, et non en tant que matière au récit, tout comme le trafic de méthamphétamines. Ne pas s’attendre au sens du détail de Breaking Bad. Dommage également que les séquences d’action soient globalement gâchées par une mise en scène et un découpage pas très clairs, voire carrément illisibles. Mais le pouvoir de sympathie de Jason Statham, son statut aujourd’hui inébranlable d’action hero, son charisme, la noblesse et le code d’honneur de son personnage (la présence de sa fille jouant un rôle essentiel au niveau de l’empathie) et le côté très bas du front et rentre-dans-le-lard de l’ensemble font de Homefront une stathamerie classique mais qui se situe clairement dans le haut du panier.

FICHE FILM
 
Synopsis

Ancien agent de la DEA (Brigade américaine des stupéfiants), Phil Broker (J. Statham) se retire dans un coin tranquille de la Louisiane avec sa fille pour fuir un lourd passé… Mais Broker ne tarde pas à découvrir qu'un dealer de méthamphétamines, Gator Bodine (J. Franco), sévit dans la petite ville et met en danger sa vie et celle de sa fille. Face à la menace et à la violence croissantes, Broker n'a d'autre choix que de reprendre les armes…