Hercule (Brett Ratner, 2014)

de le 22/08/2014
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Hercule 2014, deuxième. Après l’horreur signée Renny Harlin, voici venu la seconde version pour neuneus par le grand Brett Ratner, spécialiste dans l’enterrement des mythes populaires. Hormis son nom, le projet avait pourtant tout pour plaire, extrêmement bien vendu par une bande-annonce presque affolante. De la bonne grosse publicité mensongère tant cet Hercule là ne ressemble en rien à ce qui était attendu, mais ne constitue pas une bonne surprise pour autant.

HERCULEDwayne Johnson, Dante Spinotti, Jany Temime, Robert Cowper, Jason Knox-Johnston, Fernando Velázquez… Hercule alignait quelques noms qui pouvaient faire rêver, ou au moins attendre un grand et beau spectacle à la hauteur de la mythologie à laquelle fait appel le titre. D’autant plus qu’il s’agit d’une « adaptation » du comic book Hercules : The Thracian War du regretté Steve Moore qui, on l’a appris plus tard de la bouche de son ami Alan Moore, n’a même pas été consulté ou rémunéré en vue de cette adaptation cinématographique. Tout était réuni, avec un beau casting pour entourer le héros, et la longue promotion n’a fait qu’alimenter l’impatience de voir Dwayne Johnson dans la peau du mythe. Sauf que comme trop souvent, l’accumulation de money shots de la bande-annonce ne reflète en rien la réelle nature du film, qui n’est qu’une énième entreprise de démystification cynique comme il en pullule à Hollywood.

HERCULE

Autant ne pas s’attendre à une fresque barbare dopée aux plans iconiques et aux affrontement homériques avec cet Hercule, qui ne vaut pas mieux que La Légende d’Hercule sorti il y a quelques mois. L’hydre de Lerne, le sanglier d’Érymanthe et le lion de Némée, soit les séquences à priori les plus marquantes, sont expédiés dans un montage rapide situé dans les cinq premières minutes du film. On reverra le lion, mais il ne servira que de couvre-chef ridicule au héros. Même si « héros » n’est peut-être pas le terme adéquat. Chez Brett Ratner, Hercule, un des plus grands aventuriers de la mythologie grecque, devient un mercenaire simplet sur les bords, rongé par l’assassinat de sa famille. Soit encore un récit porté par un personnage plombé par le remord. Mais le plus ennuyeux vient du traitement du mythe Hercule, qui n’est tout simplement pas assumé. Le héros devient donc un mercenaire qui accepte des contrats avec des rois et chefs de guerre, et qui va passer toute la partie centrale du film à former une armée. Hercule cherche à complètement démystifier cette figure mythologique pour lui donner un aspect humain proprement ridicule. Logiquement, dans cette démarche, toute notion de fantastique est quasiment immédiatement réfutée dans une approche « réaliste ».

HERCULESi l’idée n’est peut-être pas la meilleure pour aborder un tel mythe, elle pourrait être intéressante si le traitement suivait. Mais ce n’est pas le cas. Hercule souffre de personnages écrits de manière à en faire une assemblée de débiles profonds qui semblent ne jamais réfléchir à leurs actes. Une astuce pour justifier un récit improbable, à mettre à l’actif d’un des deux scénaristes spécialisé dans les suites de classiques Disney destinés au marché vidéo (La Petite sirène 3, La fée Clochette et la Pierre de Lune… de bonnes bases pour écrire ensuite un péplum mythologique). Et tout cela pour se retrouver avec un retournement de situation final qui va encore appuyer le caractère on ne peut plus crétin de ce héros de pacotille.

HERCULE

A ce niveau, le choix de Dwayne Johnson pour interpréter Hercule est surement la meilleure idée du film. Tout en muscles saillants, l’acteur sort son plus beau regard bovin et s’efforce de ne pas véhiculer la moindre émotion. On sentirait presque la frustration dans ses yeux, le pauvre ne pouvant faire étal de sa puissance brute qu’en de très rares occasions, comme dans un final qui ressemble à une prise de conscience trop tardive du type « Oh mince, c’est vrai qu’on a fait un film dont le titre est Hercule, il serait temps de le montrer ». Le film a également pour lui de ne durer qu’1h30, de quoi faire avaler tous ces longs tunnels de dialogues insipides, ponctués d’une poignée de séquences d’action jamais inspirées. Hercule est un péplum, mais un péplum fade et sans identité. Au rayon des approches réalistes, autant revoir L’aigle de la neuvième légion, ou Gladiator, qui reste la principale source d’inspiration de cette série B à 100 millions de dollars. Un budget qui se voit à l’écran, et c’est peut-être le seul véritable atout de ce produit bien trop calibré. La photographie de est magnifique, les décors et costumes (avec des techniciens ayant travaillé sur 47 Ronin, Kingdom of Heaven, Agora ou Centurion) ne font pas fake et l’ensemble se tient techniquement. Seule ombre au tableau, et de taille, la mise en scène de Brett Ratner est tout simplement transparente, fonctionnelle au possible, jamais inspirée.

HERCULEIl est tout de même ennuyeux, à l’heure où Hollywood a les moyens financiers et technologiques de faire prendre vie, par l’image, à tous ces récits mythologiques, de voir des produits comme Hercule tout faire pour s’en éloigner et les démystifier. Parfois cela fonctionne, comme dans Le Roi Arthur d’Antoine Fuqua, parfois cela ne prend pas, comme c’est le cas ici. Autant revoir Le Choc des titans, qui avec tout ce qu’il est possible de lui reprocher, assumait complètement son statut d’aventure mythologique et ne tombait pas dans ce cynisme post-moderne qui consiste à réinventer les mythes pour les rendre plus humains. Car sans merveilleux, sans fantastique, ces récits ne fonctionnent plus. C’est un peu triste pour Dwayne Johnson qui s’était tant investi, au moins physiquement, dans le rôle.

FICHE FILM
 
Synopsis

Mi-homme mi-légende, Hercule prend la tête d’un groupe de mercenaires pour mettre un terme à la sanglante guerre civile qui sévit au royaume de Thrace et replacer le roi légitime sur le trône. Âme tourmentée depuis la naissance, Hercule a la force d’un dieu mais ressent aussi les peines et les souffrances d’un mortel.
Sa puissance légendaire sera mise à l’épreuve par des forces obscures.