Haman (Tetsuya Okabe, 2015)

de le 26/11/2015
 
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Premier long métrage en compétition pour la 10ème édition du Festival Kinotayo, Haman est également le premier film du cinéaste Tetsuya Okabe qui signe une œuvre boiteuse qui aurait mérité d’avantage de soin dans sa narration pour toucher le spectateur. Explications.

HAMANAncien assistant de Takashi Miike et Nobuhiro Yamashita, Okabe a choisi pour ce 1er long métrage d’illustrer le parcours de Haruka (Nonoka Baba) une adolescente qui apprend à ses dépends que son vagin est doté de dents qui l’empêchent d’avoir des rapports sexuels sous peine de tuer son partenaire. Bien que similaire au long métrage Teeth de Mitchell Lichtenstein, le film cherche à se distinguer de son homologue américain à travers une approche radicalement différente. Mais c’est justement son approche qui l’empêche d’exister. Partant d’une idée datant d’une dizaine d’années, Okabe parvient à faire illusion durant les dix premières minutes qui suivent le 1er rapport sexuel de l’héroïne, en se focalisant sur le ressenti de sa protagoniste et la culpabilité induite par la mort accidentelle de son amant.

HAMAN

Le réalisateur utilise pleinement la dimension cinématographique de son sujet via le ressort, certes éculé, mais toujours efficace de l’ancienne victime venant hanter le quotidien de son « assassin ». D’autant que le cadre naturaliste du film permet de mieux surprendre le spectateur et d’accentuer la perte de repères d’Haruka entre fiction et réalité. Lorsque cette dernière attend de pouvoir emprunter un passage pour piétons, Okabe l’imagine assaillie par différents passants et en profite pour utiliser une teinte bleutée qui donne à l’ensemble un cachet surréaliste bienvenu. Hélas passée cette introduction, le film perd très rapidement de son intérêt, handicapé par une écriture peu soignée et une absence de rythme qui empêche toute implication émotionnelle. Alors qu’il aurait était intéressant de voir jusqu’où ce jeu de fiction et réalité peut mener Haruka, Okabe balaie rapidement le doute quant à la réelle nature de ces visions et ne les fait réapparaître que trop sporadiquement dans les rêves de l’héroïne. Idem pour les relations entre Haruka et les autres protagonistes peux développés et réduits à l’état de clichés. Sa famille est inexistante en dehors du running gag. À l’instar du camionneur qui kidnappe notre héroïne, on devine facilement ce qu’il adviendra de la prostituée que rencontre à diverses reprises Haruka. Des interactions extrêmement prévisibles du fait que le cinéaste ne fait jamais évoluer l’élément horrifique de son histoire. Le schéma répétitif de nombreuses scènes dessert totalement une narration alambiquée qui hésite en permanence entre différentes possibilités. Chacun des éléments pris indépendamment des autres ayant le potentiel pour être un long métrage à part entière. En donnant d’avantage d’épaisseur aux différents personnages qui gravitent autour de l’héroïne il aurait était possible au long métrage de sortir des sentiers battus. La répétition finit par handicaper Haman.

HAMANIl faudra attendre le dernier acte pour que le film parvienne à donner un semblant d’émotions. Lorsque Haruka finit par se retrouver seule avec celui qui l’a sauvée à plusieurs reprises (Yusuke Kojima) le long métrage finit enfin par aborder ce qui aurait du être sa profession de foi thématique. À savoir une histoire d’amour impossible où notre couple ne peut vivre pleinement leur passion charnelle sans risquer la mort. Ce que le cinéaste avait annoncé comme note d’intention principale de son récit, n’en constitue que l’épilogue. C’est donc dans l’indifférence générale que nous suivons le final très « éros et thanatos » qui n’aura été qu’une scène anodine à celles l’ayant précédé. Ce manque de concision dans l’écriture associé à un rythme bancal finit par donner l’impression qu’Haman est un court métrage qui aurait était étiré au format long. C’est d’autant plus dommage que le film s’est révélé être un vrai exploit technique pour son équipe. L’écriture et la préparation ayant duré à peine deux mois pour un tournage ne dépassant pas les 10 jours. Le tout produit en indépendant pour un budget d’1 millions de yens soit l’équivalent d’environ 7 685 euros. Le découpage extrêmement sobre du film ne trahit que rarement son maigre budget à l’exception du final.

Haman est un 1er long métrage boiteux qui aurait mérité d’avantage de réflexion au moment de son écriture afin de sortir du tout venant de la production contemporaine. Hésitant entre plusieurs directions le film n’arrive jamais à trouver sa singularité et tombe régulièrement dans des clichés embarrassant. On espère que les erreurs apprises par son cinéaste lui permettront de livrer un meilleur film dans un avenir proche.

FICHE FILM
 
Synopsis

La première fois d’une jeune fille est un moment inoubliable… Pour Haruka, il vire au cauchemar quand elle tue malencontreusement son petit ami au cours de leurs premiers ébats. La descente aux enfers ne fait que commencer… Une fable fantastique aux accents sombres sur la vie, le sexe, l’amour.