Hacker (Michael Mann, 2015)

de le 17/03/2015
 
FacebooktwitterFacebooktwitter

Michael Mann transpose en 2015 son jeu du gendarme et du voleur dans le monde abstrait, mais aux conséquences bien concrètes, de l’informatique. Hacker est un thriller frénétique et palpitant et confirme encore le talent d’un cinéaste cohérent qui entretient un regard perspicace et pragmatique sur le monde qui  nous entoure.

Hacker 5Six ans se sont écoulés depuis l’anachronique Public Enemies. Tout ce temps, son réalisateur s’était éloigné du grand écran. Cela n’était, en fin de compte, que pour mieux revenir en fanfare avec son nouveau Hacker qui débarque dans les salles en 2015. Comme bien d’autres avant lui, Michael Mann est connu comme un cinéaste du polar. Le Solitaire, Le Sixième sens, Heat, Collateral, Miami Vice, la quasi totalité de sa filmographie se résume en effet à ce seul genre, tout en lui faisant gravir à chaque fois une nouvelle étape dans la manière de le mettre en scène. Cette fois-ci, l’évolution est double. D’une part, il s’agit du passage à l’ère informatique où les agissements de cybercriminels sur la toile se répercutent dans le monde réel. D’autre part, le film se révèle également être une analyse pertinente des conséquences du 11 septembre 2001, faisant entrer les États-Unis dans la guerre moderne, face de puissantes entités dépassant les frontières et les alliances et qui souhaitent sa destruction.

Hacker 2

À 72 ans, Michael Mann est l’un des rares réalisateurs à avoir tout compris de la mise en scène de l’informatique (à l’opposé, on fera référence au laborieux Jack Ryan d’un Kenneth Branagh dépassé par la tâche). Le cinéaste évite les hypothèses farfelues sur les possibilités de ce domaine en partant notamment de l’histoire du virus Stuxnet, créé en 2010 par la NSA pour affecter le programme nucléaire de l’Iran. Cet univers parallèle que l’on appelle la toile et ses réseaux a souvent été une bête noire pour Hollywood afin de le rendre autant tangible que cinégénique. Dès les premières minutes, Mann construit son long-métrage comme un jeu d’échelles permanent. Quand la caméra délaisse la hauteur de ses personnages pour des plans larges de villes transformées en de grands réseaux lumineux tentaculaires, les minuscules touches des claviers cachent un monde gigantesque de câbles, de puces et de circuits imprimés parcourus par des signaux électriques. Cette plongée vertigineuse s’avère être un excellent procédé de vulgarisation de l’informatique. Le rendu visuel du piratage prend une toute autre dimension dans le cadre en Cinemascope qu’un simple plan sur écran d’ordinateur qui se brouille avant de s’éteindre. Passé cette efficace entrée en matière avec l’attaque informatique impliquant une centrale nucléaire de Chine, l’enquête commencera de Los Angeles pour traquer son responsable.

Hacker 3Après Ron Howard, Mann semble trouver que Chris Hemsworth peut devenir autre chose au cinéma qu’un super-héros faisant tournoyer un marteau. Avec ses lunettes de soleil, on lui trouverait presque un air de ressemblance avec le Val Kilmer de Heat, lorsque le hacker condamné Nick Hathaway est sorti de prison par le FBI pour les besoins de leur mission. Le film aura complètement assimilé la situation de l’informatique, nouvelle religion à laquelle le monde entier s’est converti sans condition, quelles que soient ses croyances ou ses origines. Les codeurs y sont les seuls maîtres des clés, dotés de pouvoirs presque surnaturels qui leur permettent de disparaître de la vue des utilisateurs lambda. Ils se retrouvent à commettre des actes considérés comme illégaux par les administrations officielles qui ne respectent pas non plus les règles les plus évidentes de transparence. Étendant sa trame en Asie du Sud-Est de Hong-Kong à Jakarta, Hacker ne cherche pas pour autant cette destination pour le seul exotisme des paysages qu’elle suscite dans l’inconscient collectif occidental. Il faut saluer la prise de risque d’inclure à ce point la Chine dans le récit. Sans doute, le premier acte sous-titrant des dialogues en chinois, aura trop effrayé le public américain et conduit le dernier long-métrage de Michael Mann à l’échec au box office mis en face du bulldozer American Sniper ou d’autres films plus grand public.

Hacker 4

Le cinéaste n’a pourtant rien perdu de sa puissance. La violence des scènes d’action est percutante, qu’il s’agisse des différentes fusillades ou d’une bagarre dans un petit restaurant asiatique de Los Angeles. Les dernières technologies de prise de vues offrent toujours plus de liberté à la mise en scène de Mann et les courses-poursuites qu’il nous offre n’ont rien à envier à la virtuosité d’un Paul Greengrass sur la saga Jason Bourne. Cela faisait de nombreuses années que le cinéaste ne s’était pas entouré d’un casting contenant aussi peu de stars. Avec Hemsworth, Viola Davis, Leehom Wang ou Yorick van Wageningen tiennent avec justesse leurs personnages. Si la musique en nappes électroniques est plutôt convenue (les compositions d’Harry Gregson-Williams s’étant retrouvé très minoritaires dans le mixage final) et certains éléments téléphonés, Hacker n’en est pas moins un thriller haletant qui ne laisse pas le rythme retomber. Au milieu de ces milliers de figurants recréant une large procession hindoue, le climax est particulièrement impressionnant. De même que dans le virtuel, les protagonistes progressent à contre-courant de ces vagues d’humains. Ces derniers, silencieux et anonymes, défilent en continu à l’image tels les flux de données informatiques qui courent sur la toile. Cette fameuse toile indicible aux nombreux fils entrelacés qui recouvrent la Terre entière de l’épais voile blanc qui ouvre le long-métrage, dont seuls les hackers ont le pouvoir d’y échapper.

FICHE FILM
 
Synopsis

À Hong Kong, la centrale nucléaire de Chai Wan a été hackée. Un logiciel malveillant, sous la forme d’un outil d’administration à distance ou RAT (Remote Access Tool), a ouvert la porte à un autre malware plus puissant qui a détruit le système de refroidissement de la centrale, provoquant la fissure d’un caisson de confinement et la fusion de son coeur. Aucune tentative d’extorsion de fonds ou de revendication politique n’a été faite. Ce qui a motivé cet acte criminel reste un mystère.
Un groupe de hauts gradés de l’APL (Armée populaire de libération chinoise) charge le capitaine Dawai Chen, spécialiste de la défense contre les cyberattaques, de retrouver et de neutraliser l’auteur de ce crime.
À Chicago, le Mercantile Trade Exchange (CME) est hacké, provoquant l’inflation soudaine des prix du soja.
Carol Barrett, une agente chevronnée du FBI, encourage ses supérieurs à associer leurs efforts à ceux de la Chine.
Mais le capitaine Chen est loin de l’idée qu’elle s’en était faite. Formé au MIT, avec une parfaite maîtrise de l’anglais, l’officier chinois insiste pour que ses homologues américains libèrent sur le champ un célèbre hacker détenu en prison : Nicholas Hathaway.