Gunman (Pierre Morel, 2015)

de le 26/06/2015
 
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Pierre Morel, technicien formé à l’écurie Besson et propulsé à la réalisation sur Banlieue 13 puis sur le méga hit Taken, s’émancipe d’EuropaCorp pour Gunman, projet de thriller d’action porté par/à la gloire de Sean Penn. Et malheureusement, il ne parvient pas à réitérer la formule du premier Taken ayant depuis fait des émules. Il accouche d’un thriller excessivement mou dans lequel ne brille que la star, mais d’une toute petite lumière.

GunmanGunman est un film dans lequel tout gravite autour de Sean Penn. L’acteur y officie en tant que personnage principal mais également en tant que producteur, et que scénariste, aux côtés de Don MacPherson (l’adaptation ciné de Chapeau melon et bottes de cuir) et Pete Travis (le réalisateur de Dredd). Son omniprésence vampirique explique en partie ce qui ne fonctionne pas dans ce thriller. Il s’agit d’une lointaine adaptation du formidable roman La Position du tireur couché du regretté Jean-Patrick Manchette, déjà transposé au cinéma en 1982 à travers Le Choc de Robin Davis, un film déjà très oubliable malgré un casting en or massif composé d’Alain Delon, Catherine Deneuve et Philippe Léotard.

THE GUNMAN

En 2015, La Position du tireur couché devient donc Gunman à travers un récit complètement remanié, et pas vraiment pour le meilleur. Sean Penn, homme public engagé, y a sans doute vu l’opportunité de surfer sur la grande mode initiée par Taken (du thriller d’action bien bourrin avec des acteurs vieillissants ne correspondant pas nécessairement à l’image de l’action hero) tout en y déclamant un évident discours politique. L’intention est louable, bien plus que le résultat. Car niveau géopolitique, on se situe là dans la démonstration pour neuneus, du populisme au ras des pâquerettes se résumant à peu près à « les multinationales exploitent les ressources naturelles de l’Afrique, et manipulent les décisions politiques, et sont vraiment très méchants car ils font même assassiner des dirigeants ». Rien de bien intéressant à se mettre sous la dent de ce côté, Gunman se situant presque dans la caricature de la corruption congolaise. Côté histoire d’amour contrariée, là encore tout est traité sans réelle conviction ou finesse, notamment à travers un personnage féminin inconsistant au possible. Si la volonté d’approcher ce qu’avait réussi De Palma dans L’impasse est évidente, rien ne fonctionne de la sorte. La faute à un script qui se prend les pieds dans le tapis, quand il se décide à faire avancer les choses, ainsi qu’à des personnages excessivement mal écrits.

GunmanJavier Bardem, par exemple, hérite à nouveau d’un rôle débile qui lui permet de faire le show, en roue libre totale. Mais gâcher de la sorte l’immense talent de cet acteur hors normes fait mal au cœur. Aucune interaction ne fonctionne, de sorte qu’aucune scène à priori dramatique ne parvient à créer une étincelle d’émotion. Il n’y a bien que Sean Penn, dans le rôle du chasseur, puis de la proie et à nouveau du chasseur, qui s’en sort avec les honneurs. Mais sans véritable éclat, avec sa mine désabusée et ses muscles saillants que Pierre Morel va s’appliquer à filmer sous toutes les coutures. L’acteur est en forme, il faut le montrer, même si cela n’apporte strictement rien au récit. Un récit qui par ailleurs s’embourbe assez rapidement et manque cruellement de réelles péripéties. A tel point qu’il est possible de se demander si c’est bien le réalisateur de Taken qui est à la barre. Il ne se dégage de Gunman aucune énergie, rien, le néant absolu.

Gunman

Et ce n’est pas la poignée de fusillades du dernier acte, essentiellement, qui va changer quelque chose. Les deux heures sont très longues et ressemblent à du remplissage. Les quelques séquences d’action ne possèdent aucune identité, n’impressionnent jamais vraiment, et sont de toute façon trop brèves pour marquer les esprits. Pierre Morel les exécute sans panache mais avec un sérieux certain. Tout est propre, plutôt calibré, la photographie de assure le boulot, les éclairs de violence très graphique surprennent. Le problème majeur vient clairement d’un récit faiblard, aux enjeux plus que limités, et au déroulement qui patine sévère. On n’est clairement pas dans un thriller d’action, cette dernière n’étant qu’intermittente, mais face à un thriller asthmatique qui n’a pas grand chose à raconter et le fait mollement. La présence de Sean Penn ne peut malheureusement pas tout faire, et elle finit même par devenir légèrement encombrante, de par une vision absolument pas nuancée de la situation géopolitique africaine et par cette glorification constante de la star. Un échec à vite oublier pour Pierre Morel, capable de tellement plus efficace.

FICHE FILM
 
Synopsis

Inspiré du roman "La Position du tireur couché" de Jean-Patrick Manchette, le film retrace l'histoire de Martin Terrier, un ex-tueur à gages, rattrapé par son passé lorsque son ancien employeur tente de l'assassiner. Terrier se lance alors dans une lutte acharnée et explosive contre les organisations les plus puissantes du monde. Des jungles d'Afrique aux rues de Londres, en passant par Barcelone, son unique but est d'arrêter ceux qui veulent sa mort. Mais il se rend rapidement compte qu'il n'est pas leur seule cible... Il doit aussi protéger Anne, l'amour qu'il a laissé derrière lui des années plus tôt. Et qu'il va tout faire pour reconquérir...